La nouvelle ratio et les appels pour nous, famille du Prado (Père Bruno Cadart – Revue des prêtres du Prado – Avril 2017

 

La nouvelle « ratio » et les appels pour nous, famille du Prado

Bruno Cadart, responsable du séminaire du Prado à Limonest, nous présente la nouvelle ratio qui oriente la formation des prêtres et est un encouragement fort pour le travail dans le séminaire du Prado à l’école du Père Chevrier, si proche des orientations de l’exhortation apostolique "La joie de l'Evangile". Il nous propose ensuite des questions qui pourraient être reprises aussi bien dans les équipes de prêtres que dans toute la famille du Prado.

Une nouvelle ratio vient d’être promulguée le 8 décembre 2016. La ratio est un texte d’orientation pour les séminaires du monde entier. Chaque conférence épiscopale doit ensuite élaborer une « Ratio nationalis », puis chaque séminaire doit élaborer une charte.

La précédente « Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis » avait été promulguée il y a 30 ans par la congrégation pour l’éducation catholique en 1985 pour intégrer le nouveau code de droit canonique (1983). Elle avait été suivie par l’exhortation apostolique post-synodale « Pastores Dabo Vobis » (1992) qui insistait sur les 4 pilliers de la formation des séminaristes : formation humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale. La charte du séminaire du Prado a été rédigée en mai 2007.

Benoit XVI a confié la responsabilité de la formation des prêtres à la congrégation pour le clergé qui a préparé cette nouvelle ratio dont l’élaboration a été suivie par le Pape François. Cette nouvelle ratio s’inscrit dans la continuité de la précédente et de Pastores Dabo Vobis mais avec des insistances nouvelles qu’il est intéressant de connaître.

Le titre, « Le don de la vocation presbytérale », avec le choix du mot « presbytéral » plutôt que « sacerdotal », n’est sans doute pas anodin.

1. Une formation unique, intégrale, communautaire et missionnaire, sous la mouvance de l’Esprit Saint

Dès l’introduction[1], on affirme qu’il s’agit de former des « disciples missionnaires » et on précise que « le cheminement que constitue la formation des prêtres, depuis les années du séminaire, est décrit dans la présente Ratio Fundamentalis à partir de quatre notes caractéristiques : elle est unique, intégrale, communautaire et missionnaire. »

Unique, parce que la formation a commencé avant l’arrivée au séminaire, dans la famille, dans les communautés humaines et ecclésiales dans lesquelles le séminariste a grandi, et que le disciple missionnaire ne pourra jamais se considérer comme arrivé, configuré au Christ, qu’il aura à se former, se convertir, toute sa vie.

Intégrale[2] : elle doit prendre en compte les 4 dimensions proposées par Pastores Dabo Vobis et permettre un don de tout soi-même à l’Église sans qu’aucune de ces dimensions ne soit oubliée ou survalorisée ; elle doit être une continuelle configuration progressive et harmonieuse du « sujet intégral » au Christ et permettre de se préparer à affronter les défis de notre temps.

Communautaire : tout au long de l’exhortation, il y a une insistance très forte[3] sur la dimension communautaire, que doit avoir, non seulement la formation au séminaire, mais la vie des prêtres ensuite, à l’image de celle donnée par Jésus à ses disciples. On encourage une implication de chacun dans la « fraternité sacramentelle » (86 à 88)[4] et aussi la participation à des associations sacerdotales (71, 88).

Missionnaire : il s’agit de former des "disciples-missionnaires"[5] pour une Église appelée à être « en sortie ».

On n’est pas étonné de trouver une grande insistance sur le fait qu’il s’agit d’aider des séminaristes à se laisser conduire par l’Esprit Saint[6] et un appel à ce que les formateurs eux-mêmes se laissent conduire par lui.

2. Les étapes de la formation initiale sans oublier la formation permanente

Il faut noter plusieurs changements significatifs :

  • L’étape de la propédeutique qui n’existait pas dans la ratio précédente devient obligatoire
  • On ne parle plus de cycle de philosophie, mais de l’étape de la formation du disciple qui dure 2 ans.
  • On ne parle plus de cycle de théologie mais d’étape de la configuration au Christ Tête, Pasteur, Serviteur et Époux. On insiste pour dire que cette étape dure 4 ans. Actuellement, cette étape se réduit souvent à 3 ans ce qui fait un surinvestissement sur le pillier intellectuel quand il faut valider une licence en un temps réduit.
  • L’année diaconale est appelée étape pastorale ou de synthèse vocationnelle.

Le souci est de souligner le caractère « intégral » de la formation dans laquelle le pôle intellectuel est pris très au sérieux (116-118) mais ne trouve sa place que par rapport au but : former un "disciple-missionnaire" configuré au Christ Tête, Pasteur, Serviteur et Époux.

La formation doit être permanente. Il s’agit continuellement d’alimenter la flamme pour se former comme disciple se configurant au Christ, Pasteur et Serviteur (80).

La ratio appelle à une attention particulière à l’accompagnement des premières années de ministère (83) puis aux défis des années suivantes qu’elle énumère ainsi : l’expérience de la faiblesse personnelle, le risque de se sentir fonctionnaire du sacré, le défi de la culture contemporaine, l’attraction du pouvoir et de la richesse, le défi du célibat, le risque de ne plus chercher un dévouement total au ministère (84).

3. Une insistance sur les conseils évangéliques et sur une formation pour une Église dans la ligne de l’exhortation apostolique "La joie de l'Evangile"

Nous retrouvons toutes les insistances chères au Pape François dans l’exhortation apostolique "La joie de l'Evangile" et qui rejoignent si fort le chemin proposé par le Père Chevrier.

Sous la mouvance de l’Esprit Saint, il s’agit de se laisser configurer au Christ, pas seulement au séminaire mais pendant toute sa vie, en passant du temps à contempler la personne de Jésus-Christ dans sa parole (41, 42, 68, 103) et dans le peuple (68, 115), notamment par la révision de vie (88, 90)

Bien qu’il s’agisse d’une formation au ministère de prêtre diocésain, on trouve une insistance sur le choix clair des conseils évangéliques, et dans lesquels on cherchera particulièrement à entrer au cours de « l’étape de la formation du disciple » mais qui est un chemin pour toute la vie et pour tout prêtre (41, 62, 69, 110). La chasteté dans le célibat est mise en valeur (21, 110) et on insiste de manière forte sur le choix de la pauvreté évangélique (21, 111) qualifiée aussi d’esprit de pauvreté sacerdotale (138) et l’appel à un engagement spécial auprès des plus pauvres aussi (52, 111, 119, 124) en sachant y découvrir la grâce à l’œuvre chez eux (115, 179) et sachant se former aux valeurs de la justice et de la paix, et à un travail social d’aide et d’accompagnement des plus pauvres.

4. Quelle figure de prêtre former ?

On veut aider à se laisser former par l’Esprit Saint à l’intériorité et à la communion.

On appelle à ce que les séminaristes deviennent des hommes matures, formés, libres, ayant l’esprit évangélique, attachés au Christ et partageant ses sentiments et attitudes, équilibrés dans leurs relations, ne s’en tenant pas à un simple vernis vertueux, ayant dépassé toute tentation de faire cavalier seul, capables d’être des hommes de la communion, de la mission et du dialogue grâce à la contemplation du Seigneur (41)[7]. Il faudra veiller à ce que des visions réductrices ou erronées du presbytérat ne s’introduisent dans l’iter de formation (92).

Le séminariste puis le prêtre doivent avoir une vie spirituelle centrée sur la communion, nourrie par la prière personnelle et la méditation de la Parole de Dieu, vivant la communion fraternelle pour se défaire de la mondanité spirituelle comme : le culte du paraître, une « sécurité » doctrinale ou disciplinaire présomptueuse, le narcissisme et l’autoritarisme, la prétention à vouloir s’imposer, le soin purement extérieur et ostentatoire de l’action liturgique, la vaine gloire, l’individualisme, l’incapacité à écouter les autres et toute forme de carriérisme (42). Il faut former les futurs prêtres de façon à prévenir qu’ils ne tombent dans le « cléricalisme » ni ne cèdent à la tentation de chercher sans cesse l’approbation des fidèles (33).

La formation au sein de la fraternité presbytérale est vue comme une œuvre de transformation spirituelle pour apprendre à discerner la volonté de Dieu dans une connaissance de soi-même et de sa pauvreté (43). Dans les moyens de formation à garder toute sa vie : l’accompagnement spirituel (48), la vie fraternelle pour se conformer au Christ au point qu’elle devienne un choix conscient (50-52)

Il y a une insistance pour une formation humaine solide utilisant les sciences humaines et faisant appel à des professionnels (122, 147). On alerte pour qu’il n’y ait pas de passage à l’étape suivante si la personnalité n’est pas équilibrée et loyale (63). Il faut promouvoir une croissance intégrale de la personne physique, psychologique, morale, sociale (94), conduire à une maturité dans les relations avec les hommes et les femmes, de tous âges et de conditions sociales diverses (95), à une liberté intérieure née d’une conscience de sa faiblesse et d’une capacité à traverser les crises (96), se former dans un accès au numérique mais être conscients des risques du numériques et ne pas oublier que notre rayonnement ne provient pas de trucages ou d’effets spéciaux, mais de notre capacité de nous faire proches, avec amour et tendresse, de toute personne blessée que nous rencontrons le long de la route (97-100).

Comme cela a été souligné dès le début, il y a une insistance sur la formation spirituelle dont le coeur est l’union personnelle avec le Christ qui naît et s’alimente de façon particulière dans l’oraison silencieuse et prolongée, l’écoute de le Parole, la liturgie, les sacrements (101-108).

Une formation intellectuelle unifiée, intégrale, plus sérieuse que jamais, pour annoncer l’Évangile dans le monde aujourd'hui et être apte au discernement critique est nécessaire (153).

On insiste sur la dimension pastorale de la formation. Il s’agit de former les séminaristes à être capables d’éprouver la compassion du Christ, de voir son action dans le cœur des hommes, de collaborer avec laïcs et diacres, religieux et religieuses, de devenir experts en discernement pastoral conduits par les attitudes évangéliques, sortant des certitudes préconçues et des normes à appliquer, faisant de leur vie un « lieu » d’accueil et d’écoute de Dieu et de leurs frères, devenant un signe de miséricorde et de compassion, un témoin du visage maternel de l’Église, devenant des pasteurs pour tous et pas seulement pour les catholiques pratiquants, sachant trouver une grande aide et un puissant stimulant dans l’exemple des prêtres des générations précédentes (119-123).

5. Un appel à cultiver les vocations ecclésiales

La ratio attire l’attention sur la responsabilité de toute l’Église de cultiver les vocations ecclésiales dans leur ensemble, elles qui sont la manifestation de l’insondable richesse du Christ, de cultiver en particulier « celle au sacerdoce ministériel ». Elle souligne l’importance des familles, des communautés chrétiennes, des paroisses et mouvements, dans la genèse des vocations de ceux qui se présentent au ministère (11-22).

Elle appelle à cultiver l’ouverture à l’appel de Dieu dès le plus jeune âge dans les paroisses, les mouvements, et encourage les petits séminaires là où ils existent (16-23).

Elle appelle à un accompagnement des vocations à l’âge adulte et à un discernement avant d’entrer au séminaire, en particulier pour les nouveaux convertis, à une attention aux vocations chez les migrants (24) en distinguant ceux qui répondent à une vocation alors qu'ils ont déjà migré, et ceux qui quittent leur pays pour trouver un séminaire qui les accueille (26, 27).

6. Quels appels pour nous, famille du Prado 150 ans après l’acte fondateur du séminaire du Prado ? Proposition de révision de vie

L’appel et la formation de prêtres pauvres pour les pauvres, plus largement d’apôtres pauvres pour les pauvres, laïcs, laïcs et laïques consacrés, religieuses, diacres, est au cœur du charisme que nous a transmis le Père Chevrier. C’est une responsabilité de toute la famille du Prado à porter toujours plus ensemble.

A Lourdes, je soulignais que, dès le début, le Prado naissait d’une « co-fondation », le Père Chevrier étant soutenu, stimulé, poussé par des laïcs, hommes et femmes, certains dans une vie quasi consacrée, d’autres ayant une vie familiale. Que l’on pense à Sœur Marie et celles qui ont fondé avec elle, à Pierre Louat, aux demoiselles Mercier et Bonnard, à Mme Franchet, Mlle Grivet, etc.

Dès le début, avec peu de moyens, on voit le Père Chevrier « s’obstiner » à appeler, former, des prêtres, des sœurs, à permettre aux jeunes de la série à devenir eux-mêmes apôtres, à travers notamment la « persévérance ».

Nous connaissons ces paroles du Père Chevrier

« Voilà en résumé le but de notre maison : Préparer à la première communion les jeunes gens ou jeunes filles qui ne peuvent la faire dans les paroisses. A cette œuvre, la Providence en a ajouté une autre, celle de préparer au sacerdoce quelques jeunes gens qui ne peuvent aller au séminaire, en faire des prêtres pauvres, crucifiés, selon Notre Seigneur et les appliquer à des œuvres de zèle, et aussi, si le bon Dieu le permet et ce que je lui demande depuis longtemps, leur faire mener une vie religieuse dans l'exercice du ministère paroissial. Voilà notre but, et vous voyez que nous avons bien à faire et qu'un prêtre ne peut mieux employer sa vie que de former à l'Eglise de bons prêtres. »[8]

A un moment où la crise des vocations dans nos pays occidentaux, mais aussi les « affaires récurentes et douloureuses », ou encore notre vieillissement, peuvent nous décourager, je vous propose quelques questions qui peuvent être réfléchies personnellement ou en équipe, équipe de prêtres, mais aussi toute équipe de la famille pradosienne.

1.   En fonction de notre « statut » (prêtre, religieuse, diacre, consacré, laïc), où en sommes-nous dans la conscience d’avoir à nous former continuellement comme "disciple-missionnaire" et des moyens que nous prenons pour cela, pour trouver la joie de l’Évangile pour nous-mêmes et permettre à d’autres d’y aspirer, de la trouver ? Si nous ne ressentons plus cette joie, quel pas sommes-nous prêts à faire pour être aidés à la retrouver ?[9]

2.   Comment nous engageons-nous pour aider des jeunes, des adultes, à entendre l’appel à une vie avec le Christ, à recevoir les sacrements (baptême, confirmation, mariage), mais aussi à une vocation à la vie consacrée ou dans le ministère de prêtre ? Osons partager aussi sur ce qui rend difficile pour nous le fait d’interpeller à la vie consacrée, au ministère.

      Comment relayons-nous les initiatives paroissiales, diocésaines, du Prado ? Savons-nous nous arrêter pour regarder concrètement à qui passer telle ou telle proposition ?

      Osons-nous prendre des initiatives locales en famille pradosienne en direction des jeunes ? Comment savons-nous proposer des lieux d’Etude d'Evangile à la manière du Prado qui peuvent permettre d’entendre cet appel à suivre Jésus-Christ au milieu des pauvres ?

3.   Comment mettons-nous à disposition la grâce du Prado de manière large ? Il n’y a pas d’âge pour ça. Tel séminariste a découvert le Prado en visitant des personnes âgées et en y rencontrant un prêtre du Prado qui a témoigné et lui a passé les Constitutions des prêtres du Prado. Vous pouvez toujours suggérer dans vos diocèses que tel ou tel permanent du Prado vienne prêcher la retraite diocésaine. Plusieurs l’ont fait et je reste disponible pour cela car c’est l’occasion de rendre visible la grâce du Prado et l’existence du séminaire du Prado.

4.   Qui sont les séminaristes ou jeunes prêtres que nous connaissons autour de nous ? Comment savons-nous les accueillir, les écouter, au-delà de leur « apparence » différente de nous notamment par le vêtement, leur manière de s’exprimer ? Comment savons-nous entendre et accompagner cet appel que le Christ met en eux ? Comment entendre que, sous une apparence différente, ils peuvent porter le même attachement au Christ et à l’annonce de l’Évangile au milieu des pauvres ?

Bruno Cadart

 

 


[1]      Cf. 3ème Paragraphe 3 de l’introduction.

 

[2]      Le mot apparaît 25 fois

 

[3]      Le mot communauté, communautaire, apparaît de très nombreuses fois dans le texte. Il apparaît au moins 27 fois pour souligner la dimension communautaire entre séminaristes puis au sein du presbiterium, soit de la formation soit de l’exercice du ministère presbytéral. Il est aussi question de vie fraternelle, de fraternité presbytérale.

 

[4]      Les chiffres entre parenthèses renvoient aux numéros des paragraphes de la ratio.

 

[5]      Expression chère au Pape François et qui est au cœur du Document d'Aparecida puis de l’exhortation apostolique "La joie de l'Evangile".

 

[6]      Il est mentionné 26 fois en référence au séminariste qui doit apprendre à se laisser conduire. Ce n’est pas sans résonnance avec ce que nous dit le Père Chevrier.

 

[7]      Il ne s’agit pas de citations complètes mais de contraction de texte. On gagnera à aller lire ces numéros. Vous pouvez demander à recevoir le fichier word de cette ratio dans une version sous-titrée facilitant l’accès au contenu. Ecrire à cadartbruno@gmail.com

 

[8]      Lettre n°75 (55) [1] A Monsieur l’Abbé Dutel, [Octobre 1869]

 

[9]      Reprise d’un accompagnement spirituel, d’une pratique de l’Etude d'Evangile, d’une vie d’équipe, participation à un mois pradosien, année de reprise, etc.

 

mai 15, 2017

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