Le Père Chevrier, prêtre selon l’Evangile (français-malagasy)

Antoine Chevrier, Prêtre selon l’Evangile, 1826-1879
Pierre Berthelon
bilingue français / malagasy

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Table des matières

Présentation. 4

Fanolorana. 4

1  Appel et conversion. 4

1  Antso sy fibebahana. 4

2 Préparations. 15

2 Fiomanana. 15

3  Discernement 28

3 Fandinihan-tena. 28

4  Fondation. 39

4 Fanorenana. 39

5  A l’Œuvre. 46

5 Eo amin'ny asa soa. 46

6  Persévérer 68

6. Maharitra. 68

7  Accomplir 92

7 Manatanteraka. 92

Le Tableau de Saint Fons. 107

Ny “Tabilaon’i Saint-Fons”. 107

 

Antoine Chevrier
prêtre selon l’Evangile
1826-1879
Pierre Berthelon

Antoine Chevrier
Pretra arakan’ny Evanjely
1826-1879
Pierre Berthelon

Trésors du christianisme – Cerf – Paris 2010

 

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Pejy faha-006

Sigles et références :

 

– VD, Le Véritable Disciple, édition de 1968, Le chiffre qui suit indique la page.

– VD, Ny Mpianatra Marina. Ny tarehy marika izay manondro ny pejy.

– L. Lettres. Édition polycopiée de 1974. A la suite du numéro de la page on trouvera le numéro de la lettre. On peut ainsi se rapporter à la précédente édition polycopiée. On trouvera aussi la référence à la dernière édition. Dans l’édition numérique on a mis la référence complète de la lettre telle qu’elle est indiquée dans l’édition des lettres du Père Chevrier de 1987.

– L. Taratasy nadika maromaro miendrika polycopies tamin’ny taona 1974. Hita manaraka ny laharan’ny Taratasy ny laharana maneho ny pejy. Azo atao ny mijery ny taratasy miiendrika polycopies. Hita koa ny voatonta farany. Nambara ao amin’ny edisiona ara-tsolosaina ny fanondroana feno momba ilay taratasy araka ny voasoratra ao amin’ireo taratasin’i Mompera Chevrier tamin’ny 1987.

– P. I, P. II, P. III, P. IV. Recueil des témoignages en vue du procès de béatification. Quatre volumes polycopiés. Le numéro qui suit, en chiffre arabe, indique la page.

– P. I, II, III, IV. Fandraisana ny fijoroana vavolombelona mba ho entina eo amin'ny fitsaran’ny fampiakarana ho olo-masina. Boky efatra natao dika mitovy. Ny nomerao izay manaraka amin'ny tarehy marika arabo, manoro ny pejy.

– Six, Biographie par Jean-François Six, Un prêtre, Antoine Chevrier, fondateur du Prado, Paris, Seuil, 1965.

– Six, Tantaram-piaina nataon’i Jean-François Six, Un prêtre, Antoine Chevrier, fondateur du Prado, Paris, Seuil, 1965.

– Ms, Quelques références aux copies manuscrites des écrits d'Antoine Chevrier déposées à Limonest (13 volumes, I à XIII).

– Ms, Fitanisana asa soratra vitsivitsy ao amin’ny asa soratr’i Mompera Antoine Chevrier napetraka ao Limonest (13 volumes, I à XIII).

– R. Le volume X des écrits déposés à Limonest, polycopié sous le titre « Règlements-Sacerdoce ». Le numéro indique la page.

– R. Ny boky X, asa soratr’i Mompera Chevrier napetraka tao Limonest, natao dika mitovy tamin'ny lohateny hoe : « Règlements-Sacerdoce ». Ny nomerao no milaza ny pejy.

– Dans les nombreux textes cités on a mis entre crochets […] la traduction de quelques mots latins ou des mots ajoutés pour rendre le texte plus clair. Quand une expression latine n'est pas suivie d'une traduction spéciale c'est que le texte du P. Chevrier donne lui-même cette traduction.

– Ao anatin’ny lahatsoratra voatanisa anaty […] ny fandikana teny latina vitsivitsy na ny teny nampiana mba hahatonga ny lahatsoratra ho tena mazava. Rehefa misy fomba fiteny latina iray no tsy arahin’ny fandikana manokana, dia izay lahatsoratr’i P. Chevrier izay ihany no nanome ity dikany ity.

Ce fichier numérique est fait pour aider le travail et son utilisation suppose l’achat du livre. Il est aussi mis à disposition des prêtres à Madagascar et dans d’autres pays que la France qui n’ont pas accès au livre.

Ce fichier numérique est fait pour aider le travail et son utilisation suppose l’achat du livre. Il est aussi mis à disposition des prêtres à Madagascar et dans d’autres pays que la France qui n’ont pas accès au livre.

Tous droits réservés. La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions, une utilisation collective. Toute représentation ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur et de l'éditeur, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.

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Imprimé en France

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© Les Éditions du Cerf; 2010

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pour la présente édition

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www.éditionsducerf.fr

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(29, boulevard La Tour-Maubourg

(29, boulevard La Tour-Maubourg

75340 Paris Cedex 07)

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ISBN : 978-2-204-09179-4

ISBN : 978-2-204-09179-4

ISSN : 1633-4426

ISSN : 1633-4426

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Présentation

Fanolorana

Cette vie du bienheureux Antoine Chevrier est volontairement brève. Quand on veut dire en quelques pages les traits essentiels d'une vie, on doit choisir ces traits selon l'idée qu'on se fait de la personne, de son message, de sa mission. J'ai donc choisi à mon idée.

Ity fiainan’i Antoine Chevrier olon-tsambatra ity dia fanahy iniana natao fohy. Raha tiana ho lazaina ao anaty pejy vitsivitsy ny toetra tena ilaina ao amin'ny fiainana iray, tokony ho fidina ireo toetra ireo arakaraka ny hevitra, iheverana ilay olona, ny hafatra omeny, ny iraka ataony. Noho izany dia nifidy araka ny hevitro aho.

Le livre que nous présentons est destiné à faire percevoir qu'Antoine Chevrier, personnalité qui n'attire pas spontanément les regards, gagne à être connu de celles et ceux qui veulent chercher et trouver ; chercher le Christ pour être trouvé en lui ; avec le Christ chercher les autres, surtout les pauvres, pour les trouver en lui comme des frères.

Ny boky izay atolotray dia natokana ahatsapana fa i Antoine Chevrier, dia olona manana ny maha izy azy, ary tsy nanintona ny maso avy hatrany, fa azo fantarin’ireo izay te-hitady sy te-hahita. Mitady an’i Kristy mba ho hita ao aminy ; miaraka amin’i Kristy mitady ny hafa, indrindra fa ny mahantra mba hahita azy ireo tahaka ny rahalahy ao aminy.

On verra que les écrits du père Chevrier sont assez souvent cités, en particulier son livre Le Véritable Disciple. Cette référence constante est utile pour celles et ceux qui veulent mieux pénétrer la pensée de l'auteur. Celle qui la première a compris ce que voulait

Ho hitantsika fa ny lahatsoratr’i Mompera Chevrier dia matetika voalaza, indrindra ny boky nosoratany dia ilay hoe « Ny Mpianatra Marina ». Ity soratra fanovozan-kevitra tsy niova ity dia ilain’ireo izay te-hiditra bebe kokoa ao amin'ny eritreritry ny mpanoratra. Ny voalohany izay nahazo izay ilain’

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ce prêtre, soeur Marie Boisson, disait : « Le Père Chevrier s'est peint lui-même dans son Véritable Disciple de Jésus Christ. »

ity pretra ity dia ny Masera Marie Boisson izay niteny hoe : « Mampiseho ny tenany i Mompera Chevrier ao anatin’ny bokiny : ‘Ny tena Mpianatra marin’i Jesoa Kristy’.

Le livre commente la vie de son auteur et cette vie éclaire le livre. Ainsi pouvons-nous mieux comprendre la grâce faite à ce prêtre et, par conséquent, la grâce offerte aux personnes qui sont appelées à suivre la même voie.

Manambarambara ny mpanoratra azy ity boky ity ary izany fiainany izany no manazava ny boky. Araka izany dia afaka mahazo tsaratsara kokoa ny fahasoavana azon’ity pretra ity isika, ary vokatr’izany ny fahasoavana omena ny olona izay voaantso hanaraka izany lalana izany.

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Appel et conversion

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Antso sy fibebahana

En 1850, sur la rive gauche du Rhône, face à Lyon situé sur la rive droite, se trouvait la commune de la Guillotière. Cette commune était l'un des faubourgs populaires de Lyon. Elle fut intégrée à la ville de Lyon en 1852.

Ny kominin’ny Guillotière dia miorina ao amin'ny morony havian’ny reniranon’ny Rhône ampitan’i Lyon izay any amin'ny morony havanana. Ity kominina ity dia iray amin'ny tanàna be olona any Lyon. Nakambana tamin'ny tanàn-dehiben’i Lyon izy tamin'ny taona 1852.

Nous sommes alors en plein développement de la première industrialisation en France et la région Lyon-Saint-Étienne est en ce temps la première région industrielle de France. Village de 7 000 habitants en 1815, le faubourg de la Guillotière compte 40 000 habitants vers 1850. En 1856 ce nombre aura doublé. Ces chiffres suffisent à nous prouver que dans ce faubourg nous sommes au cœur des problèmes économiques, sociaux et politiques posés par l'expansion industrielle et la condition prolétarienne à cette époque.

Ao anatin’ny firoboroboan’ny indostria voalohany tany Frantsa isika ary ny faritanin’ i Lyon – Saint Etienne no faritra voalohany nisy indostria tany Frantsa. Tanàna kely nisy mponina 7 000 tamin'ny 1815, nisy mponina 40 000 ny tanànan’ny Guillotière tamin'ny 1850 teo ho eo. Tamin'ny 1856 dia lasa avo roa heny io isa io. Ireo isa ireo dia ampy hanaporofo amintsika fa ao anatin’ny olana ara-toekarena isika, olana ara-piaraha-monina sy ara plolitika apetraky ny fitatry ny indostria sy ny fiainan’ny sarambabem-bahoaka tamin’io vanimpotoana io.

Le 28 mai 1850, un jeune prêtre du diocèse de Lyon ordonné depuis trois jours, Antoine Chevrier, était

Tamin’ny 28 mey 1850, dia nisy pretra nohamasinina vao telo andro dia, Antoine Chevrier,

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nommé vicaire à la paroisse Saint-André de la Guillotière. Cette paroisse avait été récemment fondée à cause de l'augmentation rapide du nombre d'habitants.

dia natao vikeran’ny paroasy Masindahy André ao Guillotière. Ity paroasy ity dia nanorina tsy ela izay noho ny hafaingan’ny fitomboan’ny isan’ny mponina.

A Noël 1856, vraisemblablement dans la nuit du 24 au 25 décembre, se produisit pour Antoine Chevrier un événement décisif qui allait jeter cet homme hors des sentiers battus. Nous connaissons cet événement tout intérieur par ce qu'a dit l'intéressé car il en a parlé, sobrement et discrètement. Nous connaissons aussi cet événement par l'orientation ferme et précise de la vie d'Antoine Chevrier à dater de ce moment-là. Lui-même affirmait que cet événement était cause du changement de direction qui était intervenu dans sa vie.

Tamin'ny Noely 1856, marimarina kokoa ny alin’ny 24 mifoha 25 desambra, dia niseho tamin’i Antoine Chevrier, fisehoan-javatra hafa kely izay toa nanipy ity lehilahy ity tany ivelan’ny lalan-kely mahazatra. Fantantsika izany fisehoan-javatra izany tamin'ny nolazain’ ilay voakasik’izany satria noresahiny izany tamim-pahatsorana sy tamim-pahamaotinana. Fantantsika koa ity fisehoan-javatra ity tamin'ny ny fiovana hentitra sy mazava teo amin'ny fiainan’i Antoine Chevrier nanomboka tamin'ny datin’io fotoana io. Izy tenany rahateo nanamafy fa io fisehoan-javatra io no anton’ny fiovan-dalana aleha teo amin'ny fiainany.

Quelque chose est né ce 25 décembre 1856. Il aurait dit lui-même :

Nisy zavatra teraka tamin’io 25 desambra 1856 io.

C'est à Saint-André qu'est né le Prado … » (P. II, 7). Un de ceux qui ont reçu directement sa confidence, Jean-Marie Laffay, rapporte :

Ny tenany mihitsy no niteny hoe : « Tao Saint-André no nahaterahan’ny Prado… » (P. II, 7). Ny iray tamin’ireo izay nandray mivantana ny tsiambaratelony, Jean-Marie Laffay, dia nitatitra hoe :

« C'est en méditant sur l'Incarnation devant la Crèche de l'Enfant Jésus qu'il s'est décidé de se donner à Dieu. Je me disais, continua-t-il : le Fils de Dieu est descendu sur la terre pour sauver les hommes et convertir les pécheurs. Et cependant, que voyons-nous? que de pécheurs il y a dans le monde! Les hommes continuent à se damner. Alors je me suis décidé à suivre Notre-Seigneur Jésus Christ de plus près, pour me rendre plus capable de travailler efficacement au salut des âmes et mon désir est que vous-mêmes vous suiviez aussi Notre-Seigneur de près » (P. II 98).

« Teo am-pieritreretana lalina ny amin'ny Fahatongavana ho nofo teo anoloan’ny tranon’ombin’ i Jesoa Kristy zazakely no nanapahany hevitra ho an’Andriamanitra. « Hoy aho anankampò : ny Zanak’Andriamanitra mihitsy no efa nidina tety ambonin’ny tany, mba hamonjy ny olombelona sy hampibebaka ny mpanota. Kanefa inona moa ny zava-misy hitantsika ankehitriny ? Mbola maro tsy tambo isaina ny mpanota manerana an’izao tontolo izao ! Ary tsy mitsahatra mankany amin’ny fahaverezana ny olombelona ! Ka noho izany dia nanapa-kevitra aho fa hanara-dia akaikikaiky kokoa an’i Jesoa Kristy Tompontsika, mba afahako mahomby kokoa amin’ny asa famonjena fanahy ; ny fanirìko dia ny hahita anareo manara-dia akaiky ny Tompontsika ihany koa » (P 2, p. 98).

D'une manière plus précise disons que quelque chose a été conçu en cette nuit de Noël et qu'on placerait

Raha ny tena marina dia ho lazaintsika fa nisy zavatra tonga tamin’ity Alina Noely ity

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plutôt la naissance, la venue au jour, à la fin de l'année 1860 comme nous le verrons plus loin (cf. ch. 4).

ary atao kokoa hoe fahaterahana ny fahatongavan’ny andro tamin'ny faran’ny taona 1860 tahaka izay hahitantsika azy atsy ho atsy (jereo toko faha-4).

Donc à Noël 1856 quelque chose a commencé. Ce jour-là Antoine Chevrier a conçu le projet de vivre en prêtre selon l'Évangile pour répondre aux immenses besoins apostoliques qu'il voyait autour de lui. Il a employé le reste de sa vie à réaliser cette pensée.

Noho izany dia nisy zavatra nanomboka tamin'ny Noely 1856. Tamin’io andro io no namorona tetik’asa hiaina amin'ny maha pretra araka ny Evanjely i Antoine Chevrier mba hamaliana ny filàna apôstôlika midadasika izay hitany manodidina azy. Nampiasa ny androm-piainany sisa hanatanterahany izany eritreritra izany.

Antoine Chevrier a conçu un projet qui lui est bien personnel mais il attribue ce projet beaucoup plus à Dieu qu'à lui-même. Il dira que le Prado est l'œuvre de Dieu ;

Namorona tetikasa izay azy manokana i Antoine Chevrier nefa natokany bebe kokoa ho an’ Andriamanitra noho ny an’ny tenany. Ho lazainy fa asan’ Andriamanitra ny Prado.

« Si Dieu a fait le Prado, ce n'est certainement pas pour me donner une propriété de cent mille francs, qu'ai-je à en faire? J'ai tout donné à Dieu et je ne lui ai demandé que la Sainte Pauvreté pour héritage, il y a donc quelque autre chose. Eh bien! aidez-moi à faire ce que le bon Dieu demande, surtout cette œuvre de Prêtres pauvres pour les paroisses » (Lettre n° 295 (277) [5] à Madame Franchet [1865]).

« Raha nanao an'i Prado Andriamanitra dia tsy ny hanomezana ahy fananana mitentina 100.000 francs mihitsy akory izany ; ataoko izany fa nomeko an'Andriamanitra daholo ny zava-drehetra ary tsy nangataka taminy afa-tsy ny fahantrana masina ho lova aho, koa misy zavatra hafa àry izany. Koa ampio àry aho hanao izay angatahan'Andriamanitra, indrindra ny amin'ity asan'ny pretra mahantra ho an'ny paroasy ity » (Taratasy faha-295 (277) [5] Ho an’i Ramatoa Franchet [1865]).

Une telle déclaration est à la fois humble et hardie. Humble, parce qu'en disant cela Antoine Chevrier s'efface devant Dieu en reconnaissant que sa capacité propre n'était pas en mesure de faire ce qu'il a fait. Déclaration hardie aussi parce qu'il prétend discerner, identifier la présence et l'action particulières de Dieu. Cette humilité et cette hardiesse sont à l'image de l'humilité et de la hardiesse de saint Paul :

Izany fanambarana izany dia sady feno fanetre-tena tena no feno fasahiana. Manetry satria teo ampitenenana izany Antoine Chevrier dia niondrika teo alohan’ Andriamanitra teo am-pahalalana fa ny tena fahaizany manokana dia tsy ahafahany manao izay nataony. Fanambarana feno fahasahiana koa satria mihevitra ny handanjalanja, hanamarina ny fametrahan’ Andriamanitra sy ny asa manokan’ Andriamanitra izy. Ity fanetretena sy fahasahiana ity dia sarin’ny fanetre-tena sy ny fahasahian’i Masindahy Paoly.

« Je suis le plus petit des apôtres, moi qui ne suis pas digne d'être appelé apôtre parce que j'ai persécuté l'Église de Dieu, Mais ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu et sa grâce à mon égard n'a pas été vaine. Au contraire, j'ai travaillé plus qu'eux tous; non pas moi,

« Fa ambany indrindra amin'ny apôstôly aho, ary tsy mendrika antsoina hoe apôstôly akory aza, satria nanenjika ny Fiangonan’ Andriamanitra aho ; saingy ny fahasoavan’ Andriamanitra no naha-toy izao ahy. Tsy foana tao amiko anefa ny fahasoavana, fa niasa bebe kokoa noho izy rehetra aho ; na tsy izaho,

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mais la grâce de Dieu qui est avec moi » (1 Co 15, 9-10).

fa ny fahasoavan’ Andriamanitra niaraka tamiko. » (1 Kôr 15, 9-10)

Revenons à l'événement intérieur de 1856. Si on en croit l'intéressé lui-même, cet événement consiste en ceci : Antoine Chevrier, par grâce spéciale, est introduit plus avant dans la connaissance de Jésus Christ.

Andao hiverenantsika ilay fisehoan-javatra anatiny tamin'ny 1856. Raha ny finoana ilay voakasika ity fisehoan-javatra ity dia mifototra amin’ity hoe : Antoine Chevrier ity, dia efa tafiditra taloha lavitra teo amin'ny fahalalana an’i Jesoa Kristy noho ny fahasoavana manokana.

Divers témoins rapportent ce qu'ils ont recueilli à ce sujet. Ils disent la chose telle qu'ils l'ont interprétée et leurs interprétations personnelles provoquent des divergences ou des dissonances entre les témoignages. Nous pouvons reconnaître que certains témoignages sont plus vrais que les autres.

Maro ny vavolombelona izay nitatitra izay hitany tamin’ity zavatra ity. Miresaka an’ilay zavatra araka ny andraisany azy ireo, ary ny fandraisan’ izy ireo manokana dia miteraka fahasamihafan-kevitra sy fifandisoana teo amin'ny fijoroana vavolombelona. Afaka mahalala isika fa misy fijoroana vavolombelona sasantsasany tena marina noho ny hafa.

Retenons d'abord le témoignage de Marie Boisson, Soeur Marie. Simple, mesuré, plein de bon sens, il contraste avec le genre littéraire adopté par d'autres témoins qui racontent une sorte de « légende dorée » :

Andao ho tazonintsika aloha ny fijoroana ho vavolombelon’i Marie Boisson, Masera Marie. Tsotra, voalanjalanja, feno fahendrena, mifanohitra amin’ireny karazana literatiora raisin’ ireny vavolombelona sasany ireny izay mitantara karazana angano mivolom-bolamena ireny.

« Quant aux grâces et aux dons extraordinaires du P. Chevrier, 1) je ne lui en ai jamais entendu parler; 2) il m'a recommandé de ne pas désirer les grâces extraordinaires et de ne pas les demander au bon Dieu; mais j'ai entendu pourtant dire beaucoup de choses à certaines personnes, par exemple que, dans la nuit de Noël en 1856, il avait eu des lumières toutes particulières sur le Mystère de l'Incarnation et il datait lui-même sa conversion de ce moment-là » (P. I, 152).

« Raha ny fahasoavana sy ny fanomezana hafakely an’i Mompera Chevrier dia, 1) mbola tsy reko mihitsy niteny an’ izany ; 2) nafatrafarany aho tsy haniry ny fahasoavana hafa ary tsy hangataka an’ izany amin’ ilay Andriamanitra tsara, nefa nandre zavatra maro nolazain’ ny olona maromaro aho, ohatra, fa tamin'ny alin’ny Noely 1856, dia nisy hazavana tena manokana teo amin'ny Misterin’ny Fahatongana ho nofo ary nohamarinin’ ny tenany mihitsy ny fibebahany tamin’ izay fotoana izay » (P. I, 152).

Nous avons aussi le témoignage de prêtres qui ont été les disciples immédiats du P. Chevrier. Comme il s'agit de ceux auxquels il voulait communiquer son projet, son intuition, dans toute sa force, nous sommes sûrs qu'il a voulu s'expliquer largement avec eux sur ce

Manana ny porofona pretra izay tena mpianatr’i Mompera Chevrier mivantana izahay. Toa ireo tiany ampitàna ny fikasany, ny tsindrimandriny amin'ny heriny rehetra izy ireo, azontsika antoka fa te-hanazava malalaka amin’ izy ireo ny momba io teboka izy.

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point. Jean-Marie Laffay qui rapporte les paroles déjà citées (p. 10) ajoute honnêtement :

Jean-Marie Laffay izay mitatitra ny teniny efa voalaza (p. 10) dia nanohy am-pahamendrehana hoe :

« Ce n'est pas le texte exact de cet entretien que je regrette de n'avoir pas copié sur l'heure, mais je certifie la substance et la pensée[1] » (P. II, 98).

« Tsy ny lahatsoratra marin’ity resaka nifanaovana ity no ialako tsiny fa tsy voadikako tamin’ izay ora izay fa hamariniko ny vontoatiny sy ny hevitra[2] » (P. II, 98).

Mais nous avons mieux encore que ces témoignages. Nous avons les écrits d'Antoine Chevrier, principalement Le Véritable Disciple. Avec ce livre, en effet, il n'a pas voulu autre chose que ceci : faire communier ses jeunes disciples à la grâce initiale qu'il avait reçue et montrer quel genre de vie apostolique était fruit de cette grâce.

Fa mbola manana tsaratsara kokoa noho ireo porofo ireo izahay. Manana ny asa soratr’i Antoine Chevrier izahay, indrindra ny « Mpianatra Marina ». Satria ao amin’io boky io dia tsy nila zavatra hafa afa tsy ity izy : hampandray kômonio ireo mpianany tanora arak ny fahasoavana noraisiny tany am-boalohany ary hampiseho karazana fiainana apôstôlika toa inona no vokatr’ity fahasoavana ity.

En vérité nous pourrions recourir à d'autres écrits antérieurs au Véritable Disciple. Le premier est un règlement de vie écrit en décembre 1857 (R. 4). Ce texte traite avant tout de l'imitation de Jésus Christ notre modèle. On peut penser que ce règlement est fortement influencé par la prédication d'un capucin contemporain qui s'appliquait à montrer dans la vie de Jésus le modèle du ministère sacerdotal (cf. Six, 154-155). Quand il s'exprimera d'une façon plus personnelle, Antoine Chevrier n'abandonnera pas cette idée d'imitation de Jésus Christ, il la trouvait chez saint Paul (cf. 1 Co 11, 1), mais il préférera mettre au premier plan l'expression suivre Jésus Christ, Il est donc légitime de recourir au Véritable Disciple pour avoir une meilleure intelligence de ce qui s'est passé à Saint-André le jour de Noël 1856.

Raha ny marina dia afaka mijery asa soratra hafa taloha izahay ao amin'ny Mpianatra Marina. Ny voalohany dia fitsipi-piainana nosoratana tamin'ny desambra 1857 (R. 4). Io lahatsoratra io dia maneho ny fanahafana an’i Jesoa Kristy modelintsika alohan’ny zavatra rehetra azo eritreretina fa io fitsipika io dia tena voasintona tao amin'ny toritenin’ny « Capucin » iray niara-belona taminy izay niezaka haneho tao anatin’ny fiainan’i Jesoa ny modelin’ny asa fanompoana maha-pretra (Jereo Six, 154-155). Rehefa hiteny amin'ny fombany manokana, Antoine Chevrier dia tsy hiala amin’ ity hevitra fanahafana an’i Jesoa Kristy ity, hitany tao amin'ny Masindahy Paoly izany (Jereo 1 Kôr 11, 1), fa aleony kokoa mametraka ho lohalaharana ny resaka manaraka an’i Jesoa Kristy. Noho izany dia rariny ny mijery ao amin'ny « Mpianatra Marina » mba hanana fahalalana tena tsara ny amin’ izay niseho tany Saint-André tamin'ny andron’ny Noely 1856.

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Il y a traditionnellement deux points de vue principaux pour considérer le mystère du Christ.

Misy fomba fijery roa lehibe mahazatra raha hihevitra ny misterin’i Kristy.

Les uns regarderont surtout ce qu'on peut appeler la condescendance de Dieu et l'humilité du Christ. Ils seront particulièrement attentifs aux abaissements volontaires du Verbe de Dieu. Dans cette ligne, au temps de Noël c'est surtout la crèche qui sera l'objet de leur réflexion, la crèche c'est-à-dire la pauvreté humaine dans laquelle naît le Fils de Dieu, l'état d'enfance où il a voulu se réduire, etc.

Ny sasany hijery indrindra ny atao hoe fahambonian’ Andriamanitra sy ny fanetre-tenan’i Kristy. Hitandrina indrindra amin'ny fanambanian-tena an-tsitrapo ny Tenin' Andriamanitra. Amin’ity tsipika ity, amin'ny fotoanan’ny dia ny tranon’omby indrindra no fototry ny fieritreretany, ny tranon’ omby izany hoe ny fahantran’ olombelona izay to no nahaterahan’ny Zanak' Andriamanitra, ny toetry ny fahazazana izay tiany hietrena, sns.

Les autres par contre regarderont davantage la magnificence de Dieu et la gloire du Christ. Dans le Christ, Dieu avec nous, ils voient la gloire de Dieu qui fait irruption dans notre monde et la communion à la nature divine qui est offerte aux hommes.

Ny sasany kosa indray dia hijery bebe kokoa ny hakanton’ Andriamanitra sy ny voninahitr’i Kristy. Miaraka amintsika Andriamanitra ao amin’i Kristy, mahita ny voninahitr’Andriamanitra izy ireo izay mipoitra eto amin’ity izao tontolo izaontsika izao ity ary ny fiombonana amin’ Andriamanitra izay omena ny olombelona.

Il est clair que les deux points de vue sont inséparables et, suivant les personnes, les groupes, les périodes de l'histoire, les moments de la vie de chacun on insiste davantage sur l'un ou l'autre point de vue. De même, les textes du Nouveau Testament insistent tantôt sur un point de vue et tantôt sur l'autre.

Mazava fa tsy azo sarahina ireo fomba fijery roa ireo ary araka ny olona, ny fikambanana, ny fotoanan’ny tantara, ny fotoanan’ny fiainan’ny tsirairay dia azo atao ny manamafy ny fomba fijery iray na ny iray hafa. Toy izany, ny lahatsoratry ny Testamenta Vaovao dia manindry indraindray ny fomba fijery iray indraindray ny iray hafa.

Nous sommes logiquement portés à penser qu'à Noël 1856 Antoine Chevrier méditait avant tout les abaissements du Verbe de Dieu. D'une part, en effet, il y était porté par le climat de la piété populaire occidentale qui s'attarde sur ces abaissements dans les cantiques et les représentations de la Nativité. Et d'autre part, nous voyons, à la suite de cette fête de Noël, le vicaire de Saint-André décidé à imiter plus parfaitement l'exemple de pauvreté donné par l'Enfant de la Crèche. Pourtant il n'en fut peut-être pas ainsi.

Voatarika hieritreritra ho azy ny tamin'ny Noely 1856 isika. Antoine Chevrier dia nandinika lalina talohan’ny fidinan’ny Tenin' Andriamanitra. Teo amin'ny lafiny iray satria voasariky ny fitiavam-bavaky ny vahoaka tandrefana izay mijanona amin’ izany fanambaniana tena ao anatin’ny fihirana izany izy ary koa ny fampisehoana ny Nahaterahan’i Jesoa Kristy. Ao amin’ny lafiny iray hitantsika manaraka ity fetin’ity Noely ity, ny Vikeran’ny Saint André dia nanapa-kevitra hanahaka lafadafatra kokoa ny ohatry ny fahantrana nomen’ny zazakelin’ny Tranon’omby. Nefa angamba tsy izay no niseho.

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Introduit par la grâce de Dieu à une connaissance plus profonde du mystère du Christ, le cœur touché par ce beau mystère de l'Incarnation (cf. Lettre n°52 (49) [1] à Monsieur l'Abbé Gourdon, [1865]), il concentre son attention sur la divinité de Jésus Christ (VD. 65-82), sur le fait que le Christ est le Verbe de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu.

Voatariky ny fahasoavan’ Andriamanitra tamin'ny fahalalana lalina ny misterin’i Kristy, ary ny fo voatohin’ ity mistery tsaran’ny Fahatongavana ho Nofo ity (Jereo taratasy faha-52 (49) [1] ho an’i Mompera Gourdon, [1865]), dia nampifantoka ny eritreriny tamin'ny maha-Andriamanitra an’i Jesoa Kristy izy (VD. 65-82), teo amin'ny hevitra fa Kristy dia ny Tenin' Andriamanitra, Andriamanitra marina avy amin’ Andriamanitra marina.

Dans la partie du Véritable Disciple consacré à la connaissance de jésus Christ la chose est claire. Un seul passage donne largement place à la méditation des abaissements du Fils de Dieu, le passage intitulé Il est notre Roi (VD. 93-95). Or quelques indices portent à penser que ce passage avait été rédigé à part et introduit ensuite tel quel parmi les commentaires des titres de Jésus Christ. Reconnaissons d'ailleurs que c'est le P. Chevrier lui-même qui l'a mis à cette place, mais quoi qu'il en soit de ce cas particulier, il est certain que pendant cinquante pages, sous une forme ou sous une autre, notre attention est ramenée à la divinité de Jésus Christ, à l'Incarnation comme manifestation, révélation de Dieu pour nous.

Ao amin'ny andininy ao amin'ny « Mpianatra Marina » izay natokana amin'ny fahalalana an’i Jesoa Kristy, dia mazava ny zavatra. Andininy iray dia manome toerana malalaka ny amin'ny fandinihana lalina ny amin'ny fanetre-tenan’ ny Zanak' Andriamanitra, ny andininy mitondra ny lohateny hoe : Mpanjakantsika Izy (VD. 93-95). Nefa, ny andininy vitsivitsy dia misarika hihevitra fa io andininy io dia nosoratana manokana, ary nampidirina arak’ izany ho isan’ny fanadihadiana ny amin'ny anarana entin’i Jesoa Kristy. Andao ho ekentsika rahateo fa i Mompera Chevrier izy mihitsy no nametraka izany tamin’io toerana io, fa na inona na inona io toe-javatra manokana io, azo antoka fa tao anatin’ny dimampolo pejy, na toy inona na toy inona endriny, ny saintsika dia voasarika teo amin'ny fahamasinan’i Jesoa Kristy, teo amin'ny fisehoan’ny Fahatongavana ho Nofo ary ny fisehoan’ Andriamanitra ho antsika.

Voici comment est introduit le chapitre sur la Divinité de Jésus Christ :

Toy izao no nampidirana ny toko mikasika ny Maha-Andriamanitra an’i Jesoa Kristy :

« Tout en lui nous prouve qu'il est ce Verbe éternel qui vient sur la terre pour nous manifester les pensées et les volontés de Dieu » (VD. 69).

« Izay rehetra ao aminy dia manaporofo amintsika fa izy no ilay Teny mandrakizay tonga ety an-tany ho antsika haneho ny eritreritra sy ny sitrapon’ Andriamanitra » (VD. 69).

Et voici comment se conclut le commentaire des titres de Jésus Christ :

Ary toy izao ny fiafaran’ny fanadihadihana ny anarana entin’i Jesoa Kristy :

« Ô Verbe! Ô Christ!

« O ry Teny ! O ry Kristy ! »

« Que vous êtes beau! que vous êtes grand! » (VD. 108),

« Tsara tokoa Ianao ! Lehibe tokoa ianao ! » (VD. 108)

Antoine Chevrier n'invente aucun mot, aucune expression pour parler de Jésus Christ. Il emploie

Tsy namorona teny iray mihitsy i Antoine Chevrier, tsy misy fiteny na iray aza hilazana an’i Jesoa Kristy. Saika

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presque exclusivement les mots de l'Écriture qu'il se plaît à recueillir comme un collectionneur passionné pour sa recherche. Pour lui, ces mots sont ceux qui ont provoqué l'expérience intérieure qui a changé sa vie et ils sont aussi ceux qui évoquent le mieux cette expérience qui est en grande partie indicible :

ny tenin’ny Soratra Masina fotsiny no nampiasainy izay nahafinaritra azy ny manovo ao tahaka ny mpanangona hosodoko iray izay tia ny fikarohana ataony. Ho azy, ireny teny ireny dia ireo izay miteraka traik’efa anaty ka mampiova ny fiainany ary ireny koa dia izay mamohafoha ho tsaratsara ny traik’efa izy tsy hay lazaina ny ampahany lehibe.

« Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous.

« Ary ny Teny dia tonga nofo, ka nonina tatý amintsika.

« Ô ineffable mystère! Dieu est avec nous… » (VD. 62).

« O ry mistery lehibe ! Andriamanitra eo amintsika !… (VD. 62).

Nous parlons d'événement intérieur, d'expérience intérieure, de méditation, il faut même parler de contemplation. Ne croyons pas cependant que cela se présente nécessairement comme un « seul à seul » avec Dieu. Je n'ai pas l'intention de dénigrer cette expérience spirituelle du « seul à seul ». Elle a sa fonction et sa signification dans le dessein de Dieu, elle est capable d'animer de vrais hommes de Dieu. Qu'on pense à Newman. Mais ici les choses se présentent autrement. L'expérience de Noël 1856 est celle d'un homme lié à un peuple, d'un pasteur qui éprouve un besoin vital d'entrer en dialogue avec le peuple. Et il pense que Dieu est comme lui, que Dieu a besoin de communiquer avec son peuple, de se faire entendre et qu'il prend les moyens de le faire.

Hiresaka momba ny zava-miseho ao anaty isika, ny traik’efa ao anaty, ny fandinihan-tena, tsy maintsy ho resahina koa ny fibanjinana. Aza mino isika anefa fa izany dia miseho ho azy tahaka ny tsy misy mpanatrika ao amin’ Andriamanitra. Tsy manana faniriana hanivaiva ity traik’efa ara-panahin’ny tsy misy mpanatrika ity aho. Manana ny asany sy ny dikany ao anatin’ny fikasan’ Andriamanitra izany, afaka manentana ny tena olon’ Andriamanitra izy. Aoka hieritreritra an’i Newman. Eto anefa hafa ny fisehoan-javatra. Ny traik’efa tamin'ny Noely 1856 dia an’ny olona iray miraiki-po amin'ny vahoaka, mpitandrina iray izay mahatsapa ny filàna mihatra aman’aina hiditra hiresaka amin'ny vahoaka. Ary heveriny fa tahaka azy Andriamanitra, fa Andriamanitra dia mila hifanerasera amin'ny vahoakany, hohenoina ary mitady ny fomba rehetra hanaovana an’izany.

« Il est à remarquer que la manifestation de notre pensée est une nécessité pour nous, que nous ne pouvons vivre sans nous manifester nos pensées. C'est un besoin pour nous, les muets eux-mêmes trouvent moyen de manifester leurs pensées intérieures.

« Tsara ho marihana fa ny fanehoana ny hevitsika dia zavatra tena ilaina, ary tsy afa-miaina isika raha tsy maneho ny hevitsika. Filàna ao amintsika io, ka na ny moana aza dia mitady fomba hanehoany ny hevitra ao anatiny ao.

« La pensée ne peut rester captive et enchaînée, autrement

« Tsy azo gadraina na fatorana ny hevitra, sady

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nos pensées nous seraient inutiles à nous-mêmes et aux autres.

tsy mahasoa antsika na ny hafa izy raha izany.

« Or ce besoin que nous avons de manifester nos pensées, nos désirs, nos volontés, nos sentiments aux autres, qui nous le donne sinon Dieu?

« Io filantsika maneho ny hevintsika, ny fikasantsika, ny sitrapontsika, ny fientanam-pontsika amin’ny hafa io anefa, iza no manome azy ho antsika, tsy Andriamanitra ve ?

« Si Dieu nous a donné ce besoin, qui est bon, pourquoi Dieu n'aurait-il pas ce besoin de se communiquer à nous qui sommes ses créatures, ses créatures intelligentes, ses créatures qu'il a formées à son image et à sa ressemblance? Pourquoi nous aurait-il créés à son image et à sa ressemblance et nous aurait-il donné une fin surnaturelle s'il n'avait rien eu à nous dire et à nous enseigner? Dieu n'a pu nous créer intelligents et nous former à son image et ressemblance sans rien dire à sa créature et lui donner un signe de sa volonté sur elle.

« Raha Andriamanitra àry no manome antsika io filàna hita fa tsara io, dia manana io filàna hifandray amintsika voaary koa Izy, isika izay zava-boaary manan-tsaina, nataony mitovy tarehy sy endrika aminy. Maninona no nataony mitovy tarehy sy endrika aminy ka nomeny fiafarana soperinatoraly isika raha tsy manan-kolazaina sy hampianarina antsika izy ? Tsy nataon’Andriamanitra mitovy tarehy sy endrika aminy ka nomeny fahazavan-tsaina isika raha tsy manan-javatra ho lazaina amin’ny zava-boaary Izy mba hanomezana famantarana ny sitrapony eo aminy.

« Que dirait-on d'un père qui met des enfants au monde et les laisse tranquilles sans leur manifester aucunement sa volonté et leurs devoirs? Cela serait indigne d'un père et vaudrait mieux le néant que pareille situation.

« Mba inona ary no holazain’ny raim-pianakaviana iray izay niteraka maro kanefa namela ny zanany hipetra-potsiny fa tsy hanambara amin’izy ireo ny sitrapony sy ny adidin’izy ireo ? Tsy mendrika ny ho ray izany olona izany, aleo aza izy tsy nisy toy izay manao toy izany.

« Dieu a dû parler aux hommes et il leur a parlé certainement.

« Tsy maintsy niteny tamin’ny olombelona Andriamanitra, ary dia tena niteny taminy marina tokoa.

« Et il leur a parlé par son Verbe parce que le Verbe est sa pensée, sa sagesse » (VD. 61-62).

« Ny Teniny no nentiny niresahana tamin’ny olombelona satria ny Teniny dia heviny, fahendreny. » (VD. 61-62).

Dieu a donc pris le temps de nous parler; mais sera-t-il entendu? A l'action de grâce émerveillée du prêtre de la Guillotière se mêle une angoisse.

Araka izany, dia naka fotoana iresahana tamintsika Andriamanitra, nefa va nohenoina izy ? Mifangaro ao amin'ny pretran’ny Guillotière ny asam-pahasoavana sy ny tebiteby.

Il y a d'abord la foule de ceux auxquels ne parvient pas la parole évangélique. Ceux qui sont au-delà des mers sans doute, mais aussi à deux pas de l'église Saint-

Eo aloha misy ireo vahoaka izay tsy tongan’ny tenin’ny Evanjely. Ireo izay any ambadiky ny ranomasina, tsy isalasalana izany, nefa koa indroa mandingana ny eglizy Saint André

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André une masse d'hommes qui vivent pratiquement dans l'ignorance de Jésus Christ.

dia misy vondron’olona izay miaina tanteraka ao anatin’ny tsy fahalalana an’i Jesoa Kristy.

« S'il nous était permis à nous d'aller dans les maisons, c'est-à-dire d'établir des salles ou des lieux d'instruction chez les fidèles, et là réunir les gens pour les instruire, faire des conférences religieuses; les gens ne viennent pas, il faut aller les chercher » (VD. 450).

« Raha avela hitety trano isika, izany hoe, manokana efitrano fampianarana any amin'ny kristianina any, ka mamory ny olona ao mba hampianarana azy ireo, na hanomezana famelabelaran-kevitra, fandalinam-pinoana : tsy tonga aty amintsika manko ny olona ka tsy maintsy tadiavina any aminy » (VD. 450).

Il y a aussi ceux qui ne veulent pas entendre ou ne veulent pas comprendre (cf. Mt 13, 14). Et parmi ceux-ci, combien d'habitués de l'église, prêtres ou laïcs?

Misy koa ireo izay tsy te-handre na tsy te hahalala (Jereo Mt 13, 14). Ary amin’ iiey ireny, firy moa ny zatra mandeha am-piangonana na pretra na laika ?

« La parole de Dieu est si élevée, si pure, si céleste, si au-dessus de nous que, lorsque nous l'entendons, nos mille petites passions se soulèvent et se révoltent contre elle, parce qu'elles se trouvent en opposition directe avec cette même parole qui les condamne et les détruit.

Avo dia avo, madio dia madio, avy any an-danitra tokoa manko ny tenin’ Andriamanitra ary tsy takatry ny saintsika, hany ka raha maheno azy isika, dia mikorontana mikomy hanohitra azy ireo fitongilanan-dratsy tsy hita isa ao anatintsika ao satria mifanandrina aminy mivantana ilay teny manameloka sy mandrava azy.

« Notre cœur et notre esprit crient.

« Manandram-peo ny fo amam-panahintsika.

« Notre paresse, notre avarice, notre négligence, l'amour du bien-être, de ses aises, l'orgueil, la recherche de soi, de ses satisfactions, tout cela se soulève en même temps contre cette divine parole et la traite d'exagérée, d'impossible, que l'Évangile est une folie et qu'il n'est pas possible de le pratiquer.

« Ny hakamoantsika, ny fahihirantsika, ny fanaovantsika ankambo, ny fitiavam-batana sy ny fanaranam-po, ny fiavonavonana, ny fitiavan-tena sy ny fahafinaretan’ny nofo, ireo rehetra ireo dia miara-mientana daholo manohitra ilay Teny avy amin’Andriamanitra ka milaza fa tafahoatra loatra hono, tsy azo tanterahina, hadalàna ny Evanjely, ary tsy misy afa-mampihatra azy eo amin’ny fiainany.

« Alors, on dit qu'on ne veut pas être exagéré, qu'il y a une prudence à avoir, que l'Évangile n'est bon que pour un très petit nombre, que pour les saints, qu'il est trop difficile d'y arriver.

« Dia lazaina amin’izay fa tsy te-hiavaka loatra amin’ny sasany, hono, mba mila fahamalinana, hono, amin’izay atao ; ny Evanjely, hono, tsy natao ho an’ny sarambaben’olona fa ho an’ny vitsy an’isa ihany, ho an’ny olomasina ihany, ary sarotra loatra ny miaina azy.

« Alors, on écoute avec précaution et réserve et, sous prétexte de prudence, on laisse l'Évangile pour suivre sa petite raison » (VD, 124).

« Dia io àry fa resy lahatra ho azy eo, dia apetrapetraka any an-jorombala ny Evanjely fa ny fitongilanan-dratsy no henoina sy omen-toerana moramora » (VD, 124).

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Nous avons dit que l'événement de Noël 1856 est une expérience intérieure. Faut-il entendre qu'il s'agit d'une expérience cantonnée à l'imagination, à la sensibilité et aux idées? Non, cette expérience comprend un engagement de la volonté, une décision.

Nolazaintsika fa ny vanim-potoanan’ny Noely 1856 dia traik’efa tao anaty. Moa va tsy maintsy raisina ho toy ny traik’efa mijanona fotsiny ao amin'ny eritreritra, ao amin'ny fihetseham-po sy ara-kevitra izy ? Tsia, ao anatin’ny traik’efa ity dia misy fanekena sitrapo sy fanapahan-kevitra iray.

« La connaissance de Jésus Christ produit nécessairement l'amour et plus nous connaissons Jésus Christ, sa beauté, sa grandeur, ses richesses, plus notre amour grandit pour lui et plus nous cherchons à lui plaire et plus nous rejetons loin de nous tout ce qui ne va pas à Jésus Christ » (VD. 115).

« Manokatra fitiavana mandrakariva ny fahalalana an’i Jesoa Kristy, koa arakaraka ny fitomboan’ny fahalalantsika an’i Jesoa Kristy, ny hatsarany, ny fiamboniany, ny hareny no hitomboan’ny fitiavantsika Azy ka hitadiavantsika izay mahafa-po azy ary hanilihantsika lavitra antsika izay tsy mitondra antsika mankany amin’i Jesoa Kristy » (VD. 115).

Voilà les conséquences pratiques de la nuit de Noël 1856. Nous sommes alors ramenés à considérer les abaissements du Verbe de Dieu qui, « de riche qu'il était s'est fait pauvre, afin de nous enrichir par sa pauvreté » (2 Co 8, 9). Antoine Chevrier se sent porté dans cette voie à suivre Jésus Christ de plus près, à devenir prêtre selon l'Évangile, à se faire véritable disciple. Autant d'expressions équivalentes. Il appelle aussi cela sa conversion.

Ireny no vokatry ny fampiharana ny alin’ny Noely 1856. Mahatonga antsika hihevitra ny fidinan’ny Tenin' Andriamanitra izany izay « na dia mpanankarena aza Izy, dia tonga mahantra noho ny aminareo, mba hampanan-karena anareo amin'ny fahantrany (2 Kôr 8, 9). Mahatsapa voatarik’ity lalana hanaraka akaiky an’i Jesoa Kristy ity i Antoine Chevrier, ho tonga pretra araka ny Evanjely, hanao ny tenany ho Mpianatra Marina. Izany no teny mifanandrify aminy. Nantsoiny ho fibebahana koa izany.

« Il nous racontait que sa conversion, comme il aimait à dire, datait d'une nuit de Noël passée auprès de la pauvre crèche, dans l'église de Saint-André. C'est là qu'il puisa son amour de la pauvreté » (P IV, 52).

« Nitantara taminay izy fa ny fiovam-pony, tahaka izay tiany ho lazaina, dia fanomezana alin’ny Noely iray izay nolaniana teo akaikin’ny tranom’omby mahantra, tao amin'ny fiangonan’ny Masindahy André. Tao no nanovozany ny fahantrana » (P IV, 52).

Il fait la comparaison avec saint Paul :

Manao ny fampitahana miaraka amin'ny Masindahy Paoly izy :

« Celui qui a trouvé jésus Christ a trouvé le plus grand trésor.

« Izay nahita an’i Jesoa dia nahita ny tahirin-drakitra lehibe indrindra.

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« Il n'estime rien au-dessus de Jésus Christ.

« Tsy misy ankasitrahany ho ambonimbonin’i Jesoa Kristy.

« Parce que Jésus Christ est tout pour lui.

« Satria i Jesoa Kristy dia mahafeno izay tadiaviny rehetra.

« Saint Paul l'exprime très bien : ce qui pouvait alors, avant ma conversion, m'être un gain, je l'ai considéré pour Jésus Christ comme désavantage » (VD. 114).

« Henoy ange ny filazan’i Md. Paoly azy : Ireny toa tombony ho ahy ireny anefa, talohan’ny nibebahako, dia nataoko ho faty antoka noho ny amin’i Kristy » (VD. 114).

Parler de conversion, n'est-ce pas exagéré? Non. Certes la conversion d'Antoine Chevrier n'a pas le tour dramatique de la conversion de Saul, persécuteur des chrétiens. Mais de même que l'accès à la foi provoque chez Saul un retournement radical, ainsi la connaissance de Jésus Christ produit chez Antoine Chevrier un profond changement de vie.

Miteny fiovam-po ! Tsy tafahoatra ve ? Tsia. Marina fa ny fiovampon’i Antoine Chevrier tsy hoe fihodinana lozaben’ny fiovan’i Saoly, mpanenjika ny kristianina. Fa ny fanakaikezana ny finoana dia mahatonga fivadihana tanteraka teo amin’i Paoly, ary koa ny fahalalana an’i Jesoa Kristy teo amin’i Antoine Chevrier dia miteraka fiovana lalina eo amin'ny fiainana.

Jusqu'ici cet homme était un bon prêtre, même un très bon prêtre. Il semblait en passe de devenir un « saint prêtre », comme on dit.

Hatreto aloha dia pretra tsara fanahy ity olona ity, eny tena pretra tsara fanahy aza. Toa tsy hitahita ny nahatonga azy ho « pretra masina » araka ny resaka mandeha.

Il faut accueillir avec prudence les récits de ceux qui nous ont parlé du vicaire de Saint-André. Ce sont souvent des témoignages indirects et on sait que de tels souvenirs sont presque toujours embellis, Cependant ceux qui parlent de son dévouement sans limite n'inventent pas. Les registres paroissiaux sont là : en 1854, par exemple, le curé fait un enterrement, l'autre vicaire en fait 33 et l'abbé Chevrier 125. On trouve des chiffres analogues pour les baptêmes et les mariages. Antoine Chevrier est donc un prêtre extrêmement dévoué à son ministère, Il manifeste aussi les qualités qu'on lui connaîtra plus tard : il est bon, doux, accueillant, actif, il a du bon sens et de la piété, il est généreux et désintéressé.

Tokony ho raisina am-pahamalinana ny tantaran’ireo izay niresaka taminay ny momba an’i Paroasy Masindahy André. Matetika dia fijoroana vavolombelona tsy mivantana, fantatra fa ireny fahatsiarovana ireny dia niniana natsaraina. Na izany ireo izay miteny ny fanolorantenany tsy misy fetra dia tsy foronina. Ny anaran’ireo mpivavaka dia : ohatra tamin'ny 1854, nanao fandevenana iray ny « curé », ny « vicaire » iray hafa nanao 33 ary ny Abbé Chevrier 125. Mahita tarehy marika mitovitovy amin’izany ho an’ny batemy sy ny mariazy. Tena pretra mahafoy tena mihitsy i Antoine Chevrier araka izany tao amin'ny fiangonana. Nampiseho ny toetra tsara hahafantarana azy taty aoriana ko izy : olona tsara izy, malemy paika, mandray alona, mavitrika, tsara fanahy sy tia vavaka izy, malala-tanana sy tsy tia kely.

Mais tout cela ne suffit pas, Dieu attend de lui autre chose et après Noël 1856 ce bon prêtre sait qu'il doit

Nefa tsy ampy izany rehetra izany, zavatra hafa no andrasan’ Andriamanitra aminy, ka taorian’ny Noely 1856, dia fantatr’ity pretra tsara ity fa

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changer de vie. Grâce à un amour transformé du peuple auquel il est envoyé c'est le début d'un retournement dans sa manière d'être pasteur, dans la manière d'exercer le dévouement apostolique. C'est bien une conversion.

tokony hiova fiainana izy. Noho ny fitiavan’ny vahoaka izay nandefasana azy, dia izany no fiantombohan’ny fiovana tao amin'ny fomba maha-mpiandry azy, tao amin'ny fomba fanehoana ny fahafoizan-tena apôstôlika. Tena fibebahana izany.

Que va-t-il faire concrètement? Il ne sait pas encore. Une décision est prise malgré tout. Sa démarche reste encore intérieure mais il sent bien qu'un seuil irréversible est franchi :

Inona ary ny zavatra mivaingana ataony ? Tsy mbola fantany. Na izany aza anefa noraisina ny fanapahan-kevitra iray. Ny fizotran’ny hevitra dia mbola mijanona ao anaty fa tsapany tsara fa voadingana ny tokonam-baravarana tsy azo iverenana iray :

« Parlez, Seigneur, votre serviteur écoute.

« Mitenena Tompo ô fa mihaino ny mpanomponao.

« Seigneur, à qui irai-je? vous avez les paroles de la vie éternelle.

« Handeha any amin’iza indray moa aho ? Ianao no manana ny Tenin’ny fiainana mandrakizay.

« Vous êtes ma lumière, vous êtes ma voie, ma vie, ma sagesse et mon amour.

« Ianao no fahazavako, Ianao no làlako, fiainako, fahendreko, fitiavako.

« Je vous suivrai, Seigneur, partout où vous irez.

« Hanaraka Anao aho Tompoko na aiza na aiza halehanao

« Je suis prêt à mourir avec vous, je donnerai ma vie pour vous, j'irai en prison, à la mort.

« Vonona aho hiara-maty Aminao, homeko Anao ny fiainako manontolo, ho any an-tranomaizina aho, ho faty noho Ianao irery ihany.

« Vous êtes mon roi, mon chef et mon maître.

« Ianao no Mpanjakako, Filohako sy Mpampianatro.

« Seigneur, si vous avez besoin d'un pauvre, me voici!

« Tompo ô, raha mila olo-mahantra Ianao, inty aho !

« Si vous avez besoin d'un fou, me voici!

« Raha mila olona adala Ianao, inty aho !

« Me voici, ô Jésus, pour faire votre volonté : je suis à vous » (VD. 122).

« Jesoa ô, inty aho hanao ny sitraponao : Anao aho ! » (VD. 122).

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Préparations

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Fiomanana

La Sagesse de Dieu a soin de préparer les événements même les plus imprévisibles pour nous.

Ny fahendren’ Andriamanitra dia manana fitandremana hanomanana ny vanim-pahotana eny fa na dia izay tsy fantatsika indrindra aza.

Il y a une préparation intérieure pour une grâce comme celle de Noël 1856. Antoine Chevrier le sait (cf. p. 119, VD. 119).

Misy fiomanana anaty iray ho an’ny fahasoavana tahaka ny tamin'ny Noely 1856. Fantatr’i Antoine Chevrier izany (jereo p. 119, vD. 119).

Mais il y a une autre préparation. Elle se fait par l'influence des circonstances extérieures. La mentalité actuelle nous porte à donner beaucoup d'importance à ces données extérieures, milieu social et familial, courants d'idées, événements politiques, climat religieux, etc.

Fa misy fanomanana iray hafa avy amin'ny hery mitarika, avy amin-javatra miseho ivelany izany. Ny toe-tsaina ankehitriny dia mitarika antsika hanome lanja betsaka amin’ ireny zavatra ivelany ireny, ny fiaraha-monina, sy ny fiainam-pianakaviana, ny hevitra miseho, sy zava-miseho ara-politika, ny toe-javatra ara-pinoana, sns.

Antoine Chevrier n'a pas pris soin de méditer sur une préparation de cet ordre. Il ne la niait pas mais ce n'est pas cela qui retenait son attention. Il pensait surtout aux ruptures nécessaires pour aller plus loin, ruptures à l'égard de ce qui l'avait porté, formé, inspiré jusque-là.

Antoine Chevrier tsy dia nandinika lalina ny fanomanana ity zava-miseho ity. Tsy nolaviny izany kanefa tsy nihazona azy loatra izany. Nieritreritra indrindra ny fisarahana amin’ireny izy mba hirosoana lavidavitra, fisarahana amin’izay nitarika, nanofana azy sy nanintona azy hatramin’izay.

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« Nous voyons clairement que, pour devenir son véritable disciple, il faut d'abord

« Hitantsika mazava tsara fa mba hanjary tena mpianatra dia tsy maintsy ho izao aloha

« renoncer à la famille et au monde,

« mandà ny fianakaviana sy izao tontolo izao

« renoncer à soi-même,

« mandà ny tena,

« renoncer aux biens de la terre.

« mandà ny zavatra rehetra eto an-tany

« Puis quand on a renoncé à toutes ces choses, il faut ensuite prendre sa croix et le suivre dans toutes les vertus évangéliques » (VD. 134).

« Ary rahefa vita ireo, dia mandray ny hazofijaliany ary manaraka azy amin’ny fampiharana ny hatsaram-panahy atoron’ny Evanjely » (VD. 134).

Pourtant ces lignes ne doivent pas nous tromper. Il ne voulait pas s'opposer par principe à tout ce qu'il avait reçu. Il ne rejetait pas tout ce qu'il avait pensé et fait. Il voulait être libre de répondre à l'appel de Dieu en toute simplicité. Or, justement, une opposition de principe au passé aurait été une entrave de plus à la liberté. Il était simplement décidé par avance á rompre tout lien qui l'empêcherait de répondre à l'appel entendu. Il ne voulait pas étouffer cet appel en faisant le raisonneur.

Nefa ireo lalana ireo dia tsy tokony hamitaka antsika. Tsy te-hanohitra ny zavatra noraisiny rehetra araka ny hevitra ijoroany izy. Tsy te-hiala amin’ izay no eritreretiny sy nataony izy. Te-halalaka izy hamaliany ny antson’ Andriamanitra ao anatin’ ny fahatsarana tanteraka. Nefa fanoherana foto-kevitra ijoroana teo amin'ny lasa dia sakana iray ambonin’ny fanapahana. Fotsiny aloha ny fatotra rehetra manakana ny hamaliana ny antso izay re. Tsy te-hanampina ity antso ity eo am-panaovana mpamalivaly izy.

« Que de raisonnements auraient pu faire tous les saints qui ont suivi la voie évangélique, pour les empêcher d'entrer dans une voie si élevée, si parfaite, si difficile à la nature et s'ils s'étaient laissé prendre par tous ces raisonnements, ils ne seraient jamais devenus des saints.

« Fandresen-dahatra manao ahoana re no azon’ireo olomasina rehetra nanaraka ny torolàlan’ny Evanjely ireo natao mba hisakanana ny fidirana amin’io làlana avo dia avo, lavorary indrindra, tena sarotra dia sarotra ho an’ny natiora io ; ary raha sanatria ka voan’ny velam-pandrika tao izy ireo dia tsy nanana olomasina mihitsy isika na dia iray monja aza !

« Notre Seigneur avait donc grandement raison de dire : Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. Ça veut dire : Si vous vous conduisez par les raisonnements humains, si vous consultez vos raisonnements, le monde, vos idées, vos passions, vous n'écouterez jamais ma parole et ne

« Marina tokoa ny Tenin’ny Tompontsika hoe : Raha tsy tonga tahaka ireny zazakely ireny ianareo, dia tsy hiditra amin’ny fanjakan’Andriamanitra akory. Ny tiany holazaina dia izao : raha ny toe-tsain’ny olombelona fotsiny no hitondranareo tena, raha ny fifandresen-dahatrareo sy izao tontolo izao fotsiny no mameno anareo, na hevitrareo manokana, ny fitongilanan-dratsinareo, dia tsy haheno ny Teniko na oviana na oviana ianareo ;

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la mettrez jamais en pratique, parce que ma parole vient d'en haut, et que vos raisonnements viennent d'en bas. « Je suis d'en haut, vous êtes d'en bas, disait-il.

tsy ho afa-mampihatra sy manatanteraka ary mitandrina Azy, satria ny Teniko dia avy any Ambony fa ny fandresen-dahatrareo kosa avy aty ambany. Izaho avy any Ambony fa ianareo kosa avy aty ambany, hoy Izy.

« Si donc il est d'en haut, laissez-vous conduire simplement et ne cherchez pas à vous mettre au niveau de lui, puisqu'il est au-dessus de nous et de rabaisser sa doctrine par nos petits raisonnements.

« Raha avy any Ambony tokoa àry Izy, dia avelao hitantana ny anareo am-pahatsorana fa aza miady hitovy soroka Aminy satria ambony lavitra noho isika Izy, ary fadio dia fadio ny manambany ny foto-pampianarany noho isika be tohika amin’ny hamafisam-pontsika.

« C'est le raisonnement qui tue l'Évangile et qui ôte à l'âme cet élan qui nous porterait à suivre Jésus Christ et à l'imiter dans sa beauté évangélique.

« Mamono ny Evanjely ny toe-tsaina be tohika, manaketraka ny fanahy amin’ny vahana efa nalainy hanarahana an’i Jesoa Kristy sy hanahafana Azy amin’ny hakanton’ny Evanjely.

« Les saints ne raisonnaient pas tant.

« Tsy nieritreritra be loatra ny olomasina.

« Et c'est parce qu'il y a tant de raisonneurs qu'il y a si peu de saints!

« Fa noho ny hamaroan’ny be tohika no mahavitsy kely ny olomasina.

« N'ayons pas peur, nolite timere [n’ayez pas peur], c'est moi.

« Aoka tsy hatahotra isika, nolite timere [aza matahotra], Izaho ihany ity.

« Et quand il faudrait marcher sur la mer comme Pierre, ne faudrait-il pas aller à Jésus, s'il nous disait comme à Pierre : VIENS » (VD. 126-127).

« Ary raha te-hitety ranomasina tahaka an’i Piera ihany ve tsy aleo mankeny amin’i Jesoa Kristy raha mba antsoiny isika tahaka an’i Piera hoe : AVIA àry ê ! » (VD. 126-127).

Il est utile de jeter un regard sur le passé du P. Chevrier pour y découvrir soit les préparations providentielles, soit les ruptures qui étaient nécessaires.

Ilaina ny manopy maso ny amin'ny lasan’i Mompera Chevrier mba hahitana na ny fiomanana ho irak’ Andriamanitra na ny fisarahana izay nilaina.

Antoine Chevrier est né à Lyon le 16 avril 1826. Il a été baptisé le surlendemain dans l'église paroissiale Saint François de Sales.

Teraka tany Lyon tamin'ny 16 avrily 1826 i Antoine Chevrier. Natao batemy ny ampitson’iny tao amin'ny Paroasy Masindahy François de Sales.

On peut assez facilement situer la famille Chevrier dans la société de l'époque. Le père, Claude Chevrier, comme la mère, Marguerite Fréchet ?, appartiennent au milieu des artisans en soierie. Des gens qui restent assez populaires par la culture, ce sont des travailleurs manuels, mais ce ne sont plus des ouvriers et ils veulent

Azo atao mora foana ny mametraka ny fianakaviana Chevrier ao anatin’ny fiaraha-monina tamin’izay fotoana izay. Ny rainy Claude Chevrier, tahaka ny reniny Marguerite Fréchet dia tao amin'ny fiaraha-monin’ny mpiasa tenona fanaovana lasoa. Olona izay fanta-bahoaka ihany amin'ny alalan’ny kolotsainy, mpiasa tananá izy ireo, fa tsy mpiasa intsony ary te-hanatona

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se rapprocher de la bourgeoisie. Il faut savoir aussi que les ouvriers dans l'industrie de la soie sont mieux considérés que ceux des industries nouvelles qui forment le prolétariat naissant de la Guillotière.

ny tambonivohitra. Ary tokony ho fantatra koa fa ny mpiasa tao amin'ny fanaovana lasoa dia voahajahaja kokoa noho ireo ao amin'ny orinasa vaovao izay manofana ny mpiasam-bahoaka avy ao amin'ny La Guillotière.

Il est moins facile de savoir quelle était la vie religieuse de cette famille. Une seule donnée alerte notre attention : Antoine Chevrier est né le 16 avril, jour de Pâques, et le mariage de ses parents est enregistré à la date du 13 janvier précédent. Cela pourrait signifier une certaine indifférence envers l'acte religieux du mariage, mais rien ne vient soutenir cette supposition. Nous ne pouvons rien conclure.

Mora ny mahalala ny fiainana ara-panahin’ity fianakaviana ity. Zavatra iray no misintona maika ny saintsika : teraka ny 16 avrily, andron’ny Paka i Antoine Chevrier ary ny fanambadian’ny ray aman-dreniny dia voarakitra an-tsoratra ny 13 janvie talohan’io. Izany ny mety hidika ny tsy maha-zavadehibe ny taratasy ara-pivavahana sy ny taratasim-panambadiana fa tsy misy na inona na inona manohana ity fiheverana ity. Tsy afaka milaza na inona na inona isika.

Tous les indices font penser que Claude Chevrier laissait à sa femme la direction du ménage y compris l'éducation de leur unique enfant. Il est vrai que cet homme bon et doux mourut en 1866 tandis que la mère survécut même à son fils jusqu'en 1886. Il n'est donc pas étonnant qu'on ait parlé d'elle davantage.

Ny pitsopitson-javatra rehetra dia mampieritreritra fa navelan’i Claude Chevrier tamin'ny vadiny ny fitondrana ny tokan-trano, ao anatin’izany ny fanabeazana ny zanany tokana. Marina fa maty tamin'ny 1866 ity lehilahy mora be sy tsara fanahy ity fa ny reniny dia miara-belona tamin-janany hatramin’ny 1866. Noho izany dia tsy mahagaga raha noresahina bebe kokoa izy.

Marguerite, « la mère Chevrier » comme l'appellent certains témoins, était certainement chrétienne. Mais plus que sa foi ou sa piété, on montre son courage au travail, son sens de l'économie. Femme autoritaire, mère dominatrice, elle éleva son fils avec sévérité. D'où venait cette sévérité? D'une tradition familiale? D'un certain remords pour le passé? Tout simplement de son caractère propre? Laissons cela de côté. Remarquons simplement que l'éducation d'Antoine Chevrier fut marquée de rigorisme moral.

Marguerite, « ny reny Chevrier » [la mère Chevrier], fa izany no fiantsoan’ireo vavolombelona maro, dia tena kristianina. Fa ambonin’ny finoany na ny fitiavany vavaka dia naseho ny herimpony amin'ny asa, ny fahaizany manao tahiry. Vehivavy jadona, reny mpanjakazaka, notezainy tamin'ny fomba hentitra ny zanany. Avy aiza moa ity fomba hentitra ity ? Ary amin'ny fomba nolovam-pianakaviana ? Avy amin'ny nenin’ny lasa ? Avy amin'ny toetra fotsiny izao ? Andao avelantsika ho any izany. Fa andao ho marinintsika fotsiny fa ny fanabeazana an’i Antoine Chevrier dia nahitana fifikirana ara-moraly.

Antoine Chevrier fit ses premières études chez les Frères de la Doctrine Chrétienne de son quartier jusqu'à l'âge de quatorze ans. C'est alors qu'un vicaire de

Tao amindry Frères de la Doctrine Chrétienne tao amin'ny fokontaniny no nianatra voalohany i Antoine Chevrier hatramin’ny fahefatra ambin’ny folo taona. Tamin’ izany no nanaovan’ny vikera

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Saint-François lui aurait proposé de devenir prêtre et le jeune garçon ayant accepté volontiers il fréquenta l'école cléricale de la paroisse de 1840 à 1843.

I Masindahy François no nanoso-kevitra azy ho tonga pretra ary neken’ity tovolahy ity an-tsitrapo izany, nandeha tany amin'ny sekolim-piangonana izy ny 1840 ka hatramin’ny 1843.

Marguerite Chevrier fut peut-être déçue de la nouvelle orientation de son fils. Elle consentit tout de même et, après les trois années passées comme externe à l'école cléricale, Antoine devint interne au séminaire diocésain de l'Argentière situé à la campagne dans les Monts du Lyonnais.

Angamba diso fanantenana tamin'ny fihodinam-piainana vaovaon-janany i Marguerite. Nekeny ihany anefa, ary taorian’ny telo taona nolaniana ho kilasy mody tao amin'ny sekolim-piangonana, dia nanjary kilasy mandry tao amin'ny seminera diosezianan’i « l’Argentière » tany ambanivohitra « les Monts du Lyonnais » izy.

Rien de saillant à recueillir sur ce temps d'études secondaires. Les aptitudes intellectuelles du jeune Chevrier étaient jugées suffisantes mais il ne fut pas brillant élève. Il était nettement mieux doué pour les sciences mathématiques et physiques que pour les lettres.

Tsy misy na inona na inona nisongadina noraisina tamin’io fotoana fianarana tao amin'ny ambaratonga faharoa io. Hita hoe manana fahaizana ampy i Chevrier kanefa tsy tena mpianatra namiratra izy. Tena mahay izy tamin'ny kajy sy ny fizika noho ny taranja literera.

Après le séminaire de l'Argentière, vint le passage au Grand Séminaire de Théologie à Lyon de 1846 à 1850. Durant cette période Antoine songea à entrer dans la Société des Missions Étrangères de Paris. On s'intéressait beaucoup aux missions à cette époque. La mère s'opposa vivement au projet de son fils. Renonça-t-il à cette idée à cause de l'opposition maternelle ou suivit-il simplement les conseils de ses supérieurs? On ne saurait dire. Mais cette première escarmouche entre la mère et le fils sera suivie de beaucoup d'autres. Marguerite Chevrier n'accepta jamais l'orientation de vie évangélique que prit son fils à partir de 1856 et elle s'efforça de le contrarier au moins par ses accès de mauvaise humeur. Il parlait d'expérience lorsqu'il commentait la parole évangélique : « Celui qui vient à moi et ne hait pas son père et sa mère,.. ne peut être mon disciple » (Lc 14, 26).

Tao aorian’ny seminera « l’Argentière », dia nifindra tany amin'ny Seminera Zokiny manofana Teolojia izy tany Lyon ny 1846 ka hatramin’ny 1850. Nandritra io fotoana io dia naniry hiditra tao amin'ny « Société des Missions Etrangères de Paris » izy. Nahaliana be ny Misiona tamin’izay fotoana izay. Nandà mafy ny fikasan-janany ny reniny. Hamela ity hevitra ity ve izy noho ny fanoheran-dreniny sa hanaraka fotsiny ny torohevitry ireo mpanabe ? Tsy hay izay ho lazaina. Fa ity fifampihantsiana voalohany teo amin'ny reny sy ny zanaka ity dia narahin-javatra betsaka. Tsy nanaiky mihitsy ity fihodinam-piainana ara-panahy ity izay norasin-janany nanomboka tamin'ny 1856 ity Marguerite Chevrier ary niezaka ny hanohitra azy izy, fara faharatsiny tamin'ny faharatsian-toetra. Mitantara traik’efa izy rehefa manazava ny Evanjely : « Izay manatona Ahy ka tsy mankahala ny rainy sy ny reniny… dia tsy afaka ho mpianatro » (Lk 14, 26).

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« Les parents croient toujours conserver des droits sur leurs enfants quand ils sont prêtres.

« Misy ray aman-dreny mino fa mbola ananany ny zo rehetra amin’ny zanany rehefa lasa pretra izy.

« Et parce qu'ils ne sont pas cloîtrés, qu'ils sont prêtres dans le monde, ils pensent qu'ils peuvent toujours les conseiller, les conduire, les avoir avec eux, leur donner des conseils et comme leurs conseils sont tout terrestres, que c'est toujours de ne pas trop se fatiguer, pour avoir soin d'eux, ne pas tant se donner de peine, ces conseils sont toujours nuisibles au bien des âmes et à leurs propres enfants, en leur inspirant la négligence » (VD.152).

« Ary satria tsy mihiboka izy ireo, fa Pretra miaina eo anivon’izao tontolo izao, dia heveriny fa tsy maintsy manolo-tsaina azy izy, mitantana azy, manana azy eo anivony, manoso-kevitra azy, fa saingy noho ny sosokevitra omeny, mazana mirefarefa amin’ny tany, ka matetika hoe : aza mandrera-tena loatra, karakarainay ianao mba tsy hijaly loatra, aza mampijaly tena loatra, sy ny sisa toa izany, dia azo fa manimba ny fanahy maha-pretra ny pretra zanany ireny, satria mandrisika azy hanao tsirambina ny adidiny » (VD.152).

« Nous devons haïr nos père et mère, c'est-à-dire ne pas craindre de leur faire de la peine dans certaines circonstances, en allant directement contre leurs idées, quand il s'agit de la gloire de Dieu et du salut des âmes.

« Tsy maintsy afointsika ny rainintsika sy renintsika, izany hoe : tsy tokony hatahorantsika mihitsy ny hampisy alahelo azy ireo, raha ohatra ka ny zava-kendrena ara-panahy no voatohitohina, noho ny hevitra na ny fisainana ary ny hetaheta tsy mitovy tantana no jerena, ka hanoherantsika azy mivantana sy anambarantsika ny tena hevitr’Andriamanitra amin’izany, mba hanomezam-boninahitra an’Andriamanitra sy ho famonjena ny fanahy maro.

« Ce qui nous retient souvent dans nos déterminations, c'est la crainte de leur faire de la peine, l'ennui que notre conduite leur occasionnera : si je fais telle chose, quel chagrin pour eux ils vont dire : il ne m'aime plus, il ne tient plus à moi, il m'abandonne; c'est un ingrat.

« Ny mampisalasala antsika matetika dia ny fieritreretana fa hampijaly sy hampahory azy ireo isika, raha misaraka aminy tokoa : inona no fiheverany ahy raha tsy manaraka ny lazainy aho ? Tsy hihevitra ve izy ireo fa tsy tia azy intsony aho ? Tsy rarahiny intsony ? Tsy karakarainy ? Niambohoany tanteraka ? Tsy mahay mankasitraka ?

« C'est précisément l'occasion d'accomplir la parole du divin Maître et de se conduire vis-à-vis d'eux comme si on ne les aimait pas, comme si on les abandonnait, quoiqu'au fond on les aime bien sincèrement.

« Eo indrindra anefa no anararaotana ny fiainana ny Tenin’ny Mpampianatra, ka hitondrana ny tena toy ny olona tsy mahalala azy ireo, na nandao azy tsy mahatsiaro mihitsy, na dia fantatra mazava dia mazava aza, any am-po tsy miloaka any fa tsy maty na oviana na oviana ny fitiavana azy ireo marina.

« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi.

« Izay tia ny rainy na ny reniny mihoatra noho izaho, dia tsy mendrika ahy.

« C'est dans ces circonstances qu'il faut paraître cruel et lutter contre les sentiments de la nature et mettre à exécution les paroles du Maître : haïr son père et sa mère.

« Amin’ireny zava-mitranga ireny indrindra no tsy maintsy isehoana ho mpampijaly olona sy iadiana amin’ny fientanam-po natoraly ka hiainana ny tenin’ny Mpampianatra hoe : Ialao ny rainao, ialao ny reninao.

« Nous devons nous tenir toujours dans une grande

« Tsy maintsy manana fahafahana miasa malalaka

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liberté d'action en tout ce qui regarde le service de Dieu et le salut des âmes » (VD. 153-154).

dia malalaka mihitsy isika eo am-pamitana ny fanompoana an’Andriamanitra sy ny famonjena ny fanahin’ny olona. » (VD. 153-154)

Pour apprécier les choses à leur juste mesure, n'oublions pas que l'auteur de ces réflexions prit sa mère avec lui au Prado quand elle fut veuve.

Mba hitiavana ny zavatra amin'ny tokony hitiavana azy, dia aoka tsy ho adinointsika fa ny tompon’ireny eritreritra ireny dia nandray ny reniny niaraka taminy tao amin'ny Prado rehefa nananon-tena izy.

La ville de Lyon et sa région ont été le théâtre des luttes ouvrières de l'époque, luttes armées et sanglantes comme en 1831 et 1834. Antoine Chevrier est encore très jeune. Mais en 1848, lorsqu’éclate une nouvelle révolution, c'est un jeune homme de vingt-deux ans qui assiste aux événements.

Foiben’ny tolon’ny mpiasa tamin’izay fotoana izay ny tanànan’i Lyon sy ny faritaniny, ady miaramila sy nandatsa-drà tahaka ny tamin'ny 1831 sy 1834. Tena mbola tanora be i Antoine Chevrier. Fa tamin'ny 1848, rehefa nipoaka ny revolisiona vaovao, dia tovolahy roa ambiropolo taona no nanatrika ny zava-niseho.

Le roi Louis-Philippe est contraint d'abdiquer et de s'enfuir le 25 février. La République est proclamée et, selon la tradition de la Grande Révolution, des clubs populaires s'organisent. L'un de ceux-ci, à Lyon, s'installe dans les locaux du Grand Séminaire. Les élèves ont ainsi l'occasion de voir d'un peu près les ouvriers du voisinage qui se rassemblent souvent dans une salle de la maison. Le jeune étudiant en théologie s'en souviendra plus tard.

Voatery nametra-pialana i Louis-Philippe mpanjaka ary nandositra tamin'ny 25 fevrie. Nambara ny Repoblika ary araka ny fomba amin'ny Revolisiona Lehibe, dia misy klioba miforona. Ny iray amin’ izy ireo tany Lyon, dia napetraka tao amin’ny tranon’ny Grand Séminaire. Arak’ izany dia afaka nahita akaikikaiky ny mpiasan’ny mpifanolo izay mivory matetika ao amin'ny efitrano iray ao an-trano ny mpianatra. Tsaroan’ny mpianatra teolojia mbola tanora izany taty aoriana.

« Le P. Chevrier nous parlait quelquefois des hommes de notre temps, des ouvriers des villes : il en parlait avec affection et estime. Il disait que les gens du peuple n'étaient pas méchants, qu'ils étaient simplement trompés et qu'on en fait ce qu'on veut si on sait les aimer. Il nous citait l'exemple des hommes de 1848 qui, au milieu d'une révolution, bien loin d'être hostiles à l'Église, gardaient un respect marqué pour les choses de la religion et demandaient aux prêtres de bénir les arbres de la Liberté. Cet événement dont il avait été

« Niresaka tsindraindray momba ny olona tamin'ny andronay i Mompera Chevrier, ny mpiasa tao an-tanàna, noresahiny tamim-pitiavana sy tamim-panajana izany. Nolazainy fa tsy ratsy ny vahoaka, voafitaka fotsiny izy ireo ary natao tamin’izay nilana azy raha hay ny mitia azy ireo. Notanisainy taminay ny ohatra ny olona tamin'ny 1848 izay, na dia tao anatin’ny revolisiona, lavitry ny fankahalana fiangonana, ary nanana fanajana tamin’ireo zavatra momba ny fivavahana, ary nangataka tamin'ny pretra hanome tsodrano ny hazon’ny Fahafahana. Izany vanim-potoana

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témoin pendant son grand séminaire lui avait plutôt laissé une impression favorable » (P. II, 138).

naha-vavolombelona azy nandritra ny naha tao amin'ny Grand Séminaire azy dia namela fahatsarovana tsara ho azy aza. » (P. II, 138)

En effet Antoine Chevrier manifestera désormais par son attitude comme par ses paroles qu'il n'a pas peur du peuple, même du peuple en colère, ainsi plus de vingt ans après lors du soulèvement de la Commune (cf. Lettre n°42 (39) [17] A Monsieur l'Abbé Bernerd, [Octobre 1870]).

Araka izany hatramin’izao dia hampiseho amin'ny alalan’ny fiihetsiny tahaka ny amin'ny teniny fa tsy matahotra ny vahoaka izy, eny fa na dia vahoaka tezitra aza, ary koa roapolo taona taty aoriana hatramin’ny fihetsem-bahoaka tao amin'ny kômonio (jereo taratasy faha-42 (39) [17] Ho an’i Mompera Bernerd, [Ôkôtôbra 1870])

Sur ce point, il est bien différent de l'ensemble du clergé de son temps trop souvent dominé, semble-t-il, par la peur qui reste tenace depuis la Grande Révolution de 1789. Non seulement il n'a pas peur mais il ose même trouver des avantages aux spoliations opérées par les révolutionnaires :

Teo dia tsy nitovy hevitra loatra tamin'ny pretra tamin'ny fotoany izy izay hoatrany voageja loatra matetika amin'ny tahotra izay mafy hatramin’ny Revolisiona Lehibe tamin'ny 1789. Tsy vitan’ny hoe tsy natahotra izy fa sahy nitady ny tombontsoan’ny fitsentsefana nataon’ny revolisionera aza izy :

« C'est la première chose que font les révolutionnaires : nous dépouiller, nous rendre pauvres. Ne dirait-on pas que le bon Dieu veut nous punir de notre attachement aux biens de la terre et nous forcer par là à pratiquer la pauvreté, puisque nous ne voulons pas la pratiquer volontairement?

« Ny voalohan-draharahan’ny mpikomy dia ny manendaka antsika mba hampahantra antsika. Tsy azo heverina ve fa faizin’Andriamanitra ny firaiketam-pontsika amin’ny zavatry ny tany, ka tereny hiaina ny fahantrana isika satria minia tsy manatanteraka izany an-tsitrapo ?

« Et c'est quelquefois bien heureux que cela arrive parce que nous nous endormirions dans les richesses et le bien-être et nous ne nous occuperions plus des choses de Dieu » (VD. 316-317).

« Soa ihany aza fa misy an’ireny hamoha antsika amin’ny torimaso ao anatin’ny harem-be, ny figalabonana, sy ny tsy firaharahantsika ny zavatr’Andriamanitra intsony. » (VD. 316-317)

Les historiens nous renseignent sur la formation donnée au clergé en cette première moitié du xixe siècle. On mentionne la médiocrité, voire l'insuffisance, des études philosophiques et théologiques. On dénonce aussi les déformations d'un clergé « concordataire » qui reste en général aveugle devant le fait dominant de cette période : la constitution et la croissance d'un prolétariat ouvrier en marge de la société et de l'Église.

Mampianatra antsika ny fanofanana omena ny pretra ny mpanao tantara amin’ity tapany voalohany ny taon-jato faha-sivy ambin’ny folo ity. Lazaina ny tsy fahombiazana, ny tsy fahampian’ny fianarana filozofia sy teolojia aza. Ambara koa ny fiovana ao amin'ny pretra « concordataire » iray izay amin'ny ankapobeny jamba manoloana ity joe-javatra mibahana be ity tamin’io fotoana io ny fiforonan’ny fitomboan’ny mpiasa mitrongy vao homana eo anivon’ny fiaraha-monina sy ny Eglizy.

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Nous souffrons encore des conséquences de cet aveuglement mais justement parce que nous portons ce poids, nous avons tendance á faire un portrait caricatural et inexact du prêtre de cette époque. Nous oublions que, même dans un diocèse fortement urbanisé comme était déjà le diocèse de Lyon, il y avait de nombreux curés de campagne qui pouvaient vivre assez proches de leurs paroissiens.

Mbola mijaly noho ny vokatr’ izany fahajambana izany isika satria mitondra izany vesatra indrindra izany, dia alaim-panahy hanao fijery faobe sy tsy marina ny pretra tamin’io fotoana io. Adinontsika fa na dia tao amin'ny diosezy iray tena moderna aza tahaka ny diosezin’i Lyon, dia nisy pretra avy any ambanivohitra maro izay afaka miaina akaikikaiky kokoa ny mpivavaka ao aminy.

Nous oublions aussi que devant la misère ouvrière des voix s'élevaient pour protester « contre cette exploitation de l'homme par l'homme, qui spécule sur son semblable comme un vil bétail ou comme sur un agent et un pur instrument de production; qui calcule froidement jusqu'à quelles limites on peut ajouter à sa tâche sans qu'il tombe écrasé sous le poids; qui suppute goutte á goutte ce que des ruisseaux de sueur peuvent lui rapporter d'or… ». C'est l'archevêque de Cambrai, Mgr Giraud, qui parle ainsi en 1845[3]. L'archevêque voit dans son diocèse la manière dont se fait la croissance industrielle de la région du Nord.

Adinontsika koa fa teo anoloan’ny fahantran’ny mpiasa dia nisy feo niakatra mba hanoherana ity fitsentsefana olona ity, izay mivangongo amin'ny olona mitovy amin'ny tahaka ny amin'ny biby iray no tahaka ny amin'ny mpanompo iray na tahaka ny amin'ny fitaovam-pamokarana iray izay mikajy tsy misy indrafo hatraiza ny fetra ahazoana manampy ny asany mba tsy hahapotika azy izay manombana tsikelikely izay azon’ny hatsembohan’ny olona atao hanome volamena ho azy… » Ny arsevekan’i Cambrai Mgr Giraud no miteny toy izany tamin'ny 1845. [4] Hitan’ny arseveka ny fomba nitomboan’ny indostria tao amin'ny faritany avaratra.

L'archevêque de Lyon, le cardinal de Bonald, en février 1848 réclame en faveur des ouvriers « le règne de la justice sans jamais en faire fléchir les règles devant un sordide intérêt ». Cet évêque issu d'une famille monarchiste notoire ose attendre une amélioration de la condition ouvrière quand se met en place la Seconde République : « Il faut espérer qu'on montrera enfin un intérêt sincère et efficace à la classe laborieuse[5]. »

Nanambara ny fanjakan’ny fahamarinana ny arsevekan’i Lyon ny kardinaly De Bonald tamin'ny fevrie 1848 mba ho tombontsoan’ny mpiasa ary tsy hilefitra eo anoloan’ny tombontsoa marikoriko. Ity eveka izay nivoaka tamin'ny fianakaviana mpankasitraka fanjakan’olon-tokana malaza ity dia sahy nanantena ny fanatsarana ny fiainan’ny mpiasa raha apetraka ny Repoblika faharoa : « Tsy maintsy manantena fa haseho amin'ny farany ny tombontsoa marina sy mahomby ho an’ny mpiasa. »[6]

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Mais tout cela rend plus terrible le silence qui retombe après la tentative d'insurrection populaire aux journées de juin 1848.

Fa izany rehetra izany dia vao mainka nampanjary zava-doza ny fahanginana izay nipoitra taorian’ny fihetsem-bahoaka nandritra ny volana jiona 1848.

Nous ne savons pas ce qu'a pensé Antoine Chevrier de l'écrasement du mouvement ouvrier par la force armée mais nous savons qu'il restera porté à être ami du peuple (VD. 316) et non à craindre le peuple.

Tsy fantatray izay no eritreretin’i Antoine Chevrier ny tamin'ny fanapotehan’ny tafika ny fihetsehan’ny mpiasa fa ny fantatray dia nijanona niseho ho naman’ny vahoaka izy (VD. 316) ka tsy hatahotra ny vahoaka.

Au XIXème siècle l'Église de France a connu un renouveau de la catéchèse. On dit que le supérieur du Grand Séminaire de Lyon était soucieux de donner aux futurs prêtres le goût d'enseigner le catéchisme et dans ce but il les poussait à beaucoup fréquenter la Bible. Antoine Chevrier aurait donc reçu dès ce temps quelques orientations pastorales qui se maintiendront jusqu'au bout. Par la suite on ne l'entendra pas critiquer la formation doctrinale et pastorale qu'on lui avait donnée.

Tamin’ny taon-jato faha-XIX dia niatrika fanavaozana ny fandalinam-pinoana ny Eglizin’i Frantsa. Voalaza fa ny talen’ny Grand Semineran’i Lyon dia mieritreritra fatratra ny hanome ny pretra ho avy ny fitiavana hampianatra ny katesizy ary amin’izany tanjona izany dia hanosika azy ireo hifankazatra betsaka amin'ny Baiboly. Hatramin’io fotoana io dia nandray sori-dalana pastoraly vitsivitsy izay hohazonina hatramin’ny farany tamin'ny manaraka, dia tsy ho re izy hitsikera ny fanomanana ara-poto-kevitra sy ara-pastoraly nomena azy.

Mais il critique sans hésiter, quoique avec discrétion, l'influence du Séminaire quand il porte à une vie de bourgeois. Bien plus tard il écrit en parlant de ses séminaristes :

Fa notsikerainy tsy am-pihambahambana, fa kanefa tsy mitroatroatra ny lanjan’ny seminera izay zatra fiainan’ny mpanana. Taty aoriana dia nanoratra izy niresaka momba ny seminarista niadidiany :

« Comme on se fait vite à la vie de bourgeois, et comme il est difficile de revenir là-dessus, quand une fois on en a pris le goût, et qu'on y est entré. Je sens aujourd'hui combien il sera difficile de détruire ce qui est déjà établi dans les esprits de nos jeunes abbés et de nos enfants » (Lettre 148 (83) [7] à Jean Claude Jaricot [Rome, fin avril 1877]).

« Mora manaraka ny fiainan'ny mpanana isika, tena sarotra tokoa ny miala amin'izany, raha vantany vao nahazo ny tsirony sy raha vantany vao tafiditra ao anatin'izany fiainana izany isika. Tsapako ankehitriny fa tena sarotra ny mandrava izay efa nampidirina sy nafantoka ao an-tsain'ireo pretra tanora sy ankizintsika ireo. » (Taratasy faha-148 (83) [7] Ho an’i Jean Claude Jaricot [Roma, faran’ny volana avrily 1877]).

Vivre comme des bourgeois ne consiste pas seulement à avoir :

Ny miaina tahaka ny mpanana dia tsy midika fotsiny hoe hanana

« bonne table, beau salon, beaux ameublements, rouler voiture, avoir de beaux habits » (VD. 321, n° 1).

« hanim-py, efitrano mirenty, fanaka mahasondriana, tsy mandeha raha tsy ambony fiara, fitafiana mangasohaso tsy kasihin-dalitra, » (VD. 321, n° 1).

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C'est aussi un comportement, un souci de dignité mal comprise qui tient éloigné du peuple :

Izany koa dia fihetsika iray, fiahiana fahamendrehana tsy mazava izay manalavitra ny vahoaka :

« Évitons ces appareils, ces cérémonies en usage chez les riches et les bourgeois, mangeons comme des voyageurs et des pauvres » (VD. 188).

« alaviro ireny fitaovana tsy ilaina ireny, ireny sakafo be filatrony ireny, ny mpanankarena manefoefo no mila ireny fa isika ndeha hihinana tsotra toy ny mahantra sy mpivahiny » (VD. 188).

Dans un entretien familier avec les séminaristes du Prado en vacances il déclara :

Ao anatin’ny dinidinika mahazatra miaraka amin'ny seminaristan’ny Prado izay manao fialan-tsasatra dia izao no nambarany :

« Au séminaire, on vous a recommandé la dignité ecclésiastique, et avec raison. Le prêtre doit être digne. Mais il y a deux sortes de dignités. Il serait contraire à la dignité de vous amuser sur la place comme les enfants, mais il n'est pas contraire à la dignité de rendre service aux pauvres gens, dans la rue, par exemple de pousser une charrette » (P. II, 166).

« Ao amin'ny seminera, dia nafatrafarana anareo ny fahamendrehana masina ary amin'ny rariny izany. Tokony ho mendrika ny pretra. Fa misy karazana fahamendrehana roa. Mifanohitra amin’ilay fahamendrehana rehefa milalao eny an-kianja tahaka ny zaza fa tsy mifanohitra amin’ilay fahamendrehana hanompo ny olona mahantra kosa izany, eny an-dalana ohatra hanosika sarety » (P. II, 166).

Antoine Chevrier séminariste avait-il perçu que son passage au séminaire risquait de lui faire quitter le genre de vie, les manières du monde populaire auquel appartenait sa famille? Ne s'en est-il aperçu qu'après, quand il voulut plonger à nouveau dans ce monde? Nous ne savons. Ce qui est sûr c'est qu'il a souffert en constatant que pour former de bons prêtres on se croyait obligé de donner des manières et une mentalité bourgeoises à des jeunes gens d'origine populaire.

Nahatsikaritra ve i Antoine Chevrier seminarista fa ny fandalovany tao amin’ny seminera dia saika nampiala azy amin'ny karazam-piainana, amin’ny fombam-piainam-bahoaka izay nisy ny fianakaviany ? Tsy hitany va izany raha tsy taty aoriana rehefa te-hiroboka indray amin’izao tontolo izao izy ? Tsy haintsika. Ny azo antoka dia nijaly izy teo am-pahatsapana fa raha hanomana pretra tsara dia tsy maintsy hanome fomba sy toe-tsaina mpanana ny tanora miainga avy amin'ny vahoaka.

Le 25 mai 1850 Antoine Chevrier est ordonné prêtre par le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon. Il ne nous a pas dit ce qu'il éprouvait alors, Nous avons à notre disposition une lettre écrite pendant la retraite préparatoire à l'ordination afin de remercier une cousine qui vient de lui faire un cadeau. Le ton de cette lettre est très conventionnel. Nous avons aussi des notes prises pendant la retraite. Ce sont peut-être des pensées

Ny 25 mey 1850 dia nohamasinin’ny kardinaly De Bonald, arsevekan’i Lyon ho pretra i Antoine Chevrier. Tsy nolazainy antsika izay tsapany tamin’izay. Manana taratasy iray isika eo am-pelantananantsika, taratasy nosoratana nandritra ny fisintahana fiomanana ho amin'ny fanamasinana, hisaorana ny zanak’vavy olomirahalahiny iray izay te-hanome fanomezana azy. Tena ara-pomba ny firesaka tao amin’ity taratasy ity. Manana naoty noraisina nandritra ny fisintahana koa isika. Angamba eritreritra

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personnelles, mais elles peuvent aussi bien reproduire des paroles prononcées par un prédicateur.

manokana ireny, nefa koa angamba mamerina ny teny nambaran’ny mpanao toriteny iray.

Si nous cherchons dans Le Véritable Disciple nous ne trouvons aucun écho de ce que fut pour lui la liturgie d'ordination. Et nous sommes surpris : voilà un livre de cinq cents pages sur le sacerdoce et l'auteur ne dit aucun mot de l'ordination ni de la grâce qu'elle apporte. Le renouveau liturgique ne s'est pas encore produit. Il est à peine en germe à l'intérieur des monastères à cette époque.

Raha mitady ao anatin’ny Mpianatra Marina isika, tsy mahita mihitsy izay litorjian’ny fanamasinana ho azy akory. Ary dia gaga isika : inty misy boky misy dimanjato pejy momba ny maha-pretra ary tsy miteny na dia teny iray momba ny fanamasinana na ny fahasoavana entiny. Mbola tsy nipoitra ny fanavaozana ara-litorjia. Zara raha mitsimoka tao amin’ny monastera izany tamin’izay fotoana izay.

Cependant Antoine Chevrier croyait simplement avec tous ses confrères séminaristes qu'en recevant l'ordination une grâce particulière serait déposée en lui pour le service des hommes et il a cru ainsi jusqu'au bout. Mais s'il est réellement prêtre à partir de son ordination, il lui reste encore un chemin à parcourir pour devenir prêtre selon l'Évangile.

Nefa nino fotsiny i Antoine Chevrier niaraka tamin’ireo rahalahiny seminarista fa rehefa mahazo ny fanamasinana dia hisy fahasoavana manokana hipetraka ao aminy ho amin'ny fanompoana ny olona, ary toy ny finoany hatramin’ny farany. Fa rehefa tena pretra marina tokoa izy manomboka tamin'ny fahamasinana azy, dia kely sisa ny lalana izorany mba hanjary pretra araka ny Evanjely.

A peine ordonné, Antoine Chevrier est nommé vicaire à la paroisse Saint-André de la Guillotière. On a vu plus haut ce qu'était la commune de la Guillotière. Nous ne nous étendrons pas sur la description de sa population. Nous allons seulement relever les données les plus caractéristiques pour l'histoire qui nous occupe.

Raha vao nohamasinina kely i Antoine Chevrier dia voatendry ho vikera tao amin'ny paroasin’ny « Saint André de la Guillotière ». Hita ho tena ambony ny ao amin'ny Guillotière. Tsy hivalampatra amin'ny filazalazana ny mponina ao aminy isika. Fa ho sintonintsika fotsiny ireo filazalazana manokana izay mahakasika antsika.

Le jeune vicaire se met tout de suite à l'ouvrage en se donnant sans compter et cela semble convenir très bien à ses compagnons, son curé et l'autre vicaire. Il a une orientation très apostolique. Les sermons qu'il rédige à cette époque en font foi. Il tente d'organiser un groupement pour les jeunes gens. Il est généreux pour les pauvres et dévoué envers les malades.

Ny vikera tanora iray dia miasa avy hatrany amin'ny fanoloran-tena tsy mikajikajy ary tena mifanaraka tsara amin'ny namany izany dia ny curé ao aminy sy ilay vikera iray hafa. Tena manana antso apôstôlika izy. Manamarina izany ny toriteny izay nosoratany tamin’izany fotoana izany. Nanandrana nanangana fikambanana ho an’ny tanora izy. Tsara fanahy tamin'ny mahantra sy nanana fandavan-tena tamin'ny olona marary.

Il découvre surtout que la plus grande partie de la

Hitany tokoa ny ankamaroan’ny mponina

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population vit très loin de l'Église, coupée de la communauté de ceux qui fréquentent la paroisse. Pourtant beaucoup de ces gens ont conservé quelques traditions religieuses et le prêtre les rencontre à l'occasion de baptêmes, de mariages, de funérailles. Ces rencontres occasionnelles sont difficiles. Antoine Chevrier sait l'ignorance religieuse de ceux qui viennent si rarement à l'église mais il ne semble pas se poser beaucoup de questions sur la valeur chrétienne de ces demandes de baptême ou de mariage. Les demandeurs ont-ils vraiment la foi? Quel sens donnent-ils au geste qu'ils veulent faire? Ce ne sont pas d'abord ces questions qui préoccupent le vicaire de Saint-André. Il voit surtout les questions d'argent qui sont toujours mêlées à ces rencontres, car il entend les critiques du peuple, et il en souffre.

miaina lavitra ny Eglizy, ary tsy mifandray amin’ireo izay mandeha am-piangonana. Nefa maro tamin’ireny olona ireny no mitana ny fomban’ny Eglizy vitsivitsy, ary hitan’ny pretra izy ireny rehefa misy batemy, fanambadiana, fahafatesana. Ireny fifanenana tampoka ireny dia sarotra. Fantatr’i Antoine Chevrier ny tsy fahalalana fivavahana amin’ireny izay mandeha tsindraindray am-piangonana ireny fa toa tsy mametra-panontaniana be loatra ny amin'ny lanjany ara-panahy an’ireny fangatahana hanao batemy na fanambadiana ireny izy. Manam-pinoana marina ve ny mpangataka ? Inona moa ny anton’ny fihetsika tiany hatao ? Tsy izany aloha ny fanontaniana manahirana ny vikeran’ny paroasy Saint André. Mijery ny resa-bola indrindra izay mifamahofaho amin’ireny fihaonana ireny izy satria ireny no tsikeran’ny vahoaka ary mampijaly azy izany.

« Les fidèles qui ont la foi comprennent ce devoir [faire des offrandes] envers le prêtre et donnent facilement aux prêtres qui ont rempli une fonction sainte.

« Ny kristianina manam-pinoana tsy hisalasala mihitsy hanome zavatra ny pretra nahavita tsara ny adidy masiny.

« Mais que voulez-vous demander à des impies, à des gens qui méprisent déjà le prêtre, qui regardent le prêtre comme un avare et un homme de bonne chère, à des gens qui ne viennent que trois ou quatre fois à l'église durant leur vie : aux mariages, aux baptêmes et aux enterrements et qui, toutes les fois qu'ils viennent à l'église, entendent du prêtre ou du sacristain ces paroles : vous devez tant, et cela avec autorité et exigence.

« Hangataka inona amin’ny tsy mpivavaka moa ianareo ; hahazo inona amin’ny olona sady mankahala no manaratsy anareo ho toy ny kahihitra sy lian-kanina ; hanantena inona amin’olona tsy miditra am-piangonana afa-tsy in-telo na inefatra mandritra ny fiainany : fanambadiana, batemy, fandevenana, ary amin’izay indray mbola handre ny pretra na ny kristianina hilaza amim-peo hentitra sy feno fahefana manao bodongerona hoe : izao no tsy maintsy halohanareo ?

« Ces manières de faire ne font que détourner de l'église et ils s'en vont en jurant, en critiquant la religion

« Mampandositra ny olona ny fiangonana ireny fomba mamohehitra ireny, manompa mihitsy izy ary mitsikera

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et appelant la religion une religion d'argent. C'est un fait certain que très peu de gens donnent de bon cœur leur argent aux prêtres et on ne le quitte ordinairement qu'en disant quelques paroles injurieuses » (VD. 315).

lalina ny finoana sy ny fivavahana. Lazainy fa fivavaham-bola ny fivavahantsika. Azo itokisana marimarina anie fa tena vitsy ny olona manolotra vola ho an’ny pretra amin’ny fo madio e, matetika aza dia ompa mihitsy no isarahany aminy eo » (VD. 315).

Et l'abbé Chevrier compare la vie qu'il mène au presbytère et la vie de ceux auxquels on l'oblige à demander de l'argent.

Mampitaha ny fiainana iainana ao amin'ny presbitera sy ny fiainan’ireo izay anerena azy angatahana vola i Mompera Chevrier.

Au presbytère on mange bien, mieux que chez les travailleurs de la Guillotière :

Misakafo tsara noho ny any amin'ny mpiasan’ny Guillotière ny any amin'ny presbitera.

« Est-ce que nous ne devrions pas avoir honte d'être mieux traités, mieux nourris que les autres? d'avoir de bons et beaux morceaux sur notre table? des mets bien assaisonnés, bien préparés, bien dorés? tandis que les autres n'ont que le juste nécessaire » (VD. 189).

« Tsy mahamenatra antsika ve ny heverin’ny olona fa manan-katao kokoa noho izy ireo ? na mihinan-ko voky bebe kokoa raha miolotra amin’ny sarambaben’ny olona ? ka mitolona ny didin-kanim-be eo ambony latabatra ? mitsentsitra sy mankafy ny menafify, ny voahendy, ny voaravaka sy tsara taharo ? kanefa ny madinika etsy zara raha manan-katelina ? » (VD. 189)

Au presbytère on peut se permettre d'être oisif :

Afaka mitonatonana tsy manan-katao ao amin'ny presbitera.

« S'il y a un homme sur la terre qui passe pour ne rien faire, c'est le prêtre!

« Indrisy anefa, raha mbola misy koa olona eto an-tany heverin’olona fa mitoe-poana tsy manan-katao, dia ny pretra izay !

« Il est bien vrai que son ouvrage est tout spirituel et qu'on ne le voit pas toujours, mais il est bien vrai aussi que l'on voit souvent le prêtre inoccupé et passer son temps inutilement.

« Ekena, tsy azo lavina satria marina loatra, fa asa ara-panahy no ataony, ary tsy hita maso ny vokany ; fa marina tsy azo lavina ary hita mibaribary koa fa mipetra-potsiny manary andro ny pretra !

« Cela est si vrai que si l'on sort dehors pour quelque raison sérieuse, on trouve des gens qui vous jettent le soufflet à la figure et vous disent : Bonjour, monsieur l'abbé. Vous allez vous promener, vous venez de vous promener. Comme si on ne faisait que se promener toute la journée. Voilà la réputation que nous avons

« Tena marina mihitsy anie izay, hany ka raha mba misy dianao tena ilaina mihitsy any ivelany any, dia adroadroin’ny olona ery ianao ataony hoe : Manahoana Mompera, handeha hitsangatsangana izany ? na avy nitsangatsangana angaha ? Tahaka ny tsy manan-katao afa-tsy ny fitsangatsanganana tontolo andro ny tena. Dia izany no lazantsika

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dans le monde, nous promener, perdre notre temps. Triste réputation! Hélas! si on nous voyait moins souvent dans les rues et sur les places, moins souvent à dîner chez les uns, chez les autres, moins souvent rendre des visites inutiles, plus occupés des pauvres, des malades, de bonnes œuvres, prêcher plus souvent et attirer le monde par notre foi et notre charité, on ne nous demanderait pas si souvent si nous allons nous promener.

eny amin’izao tontolo izao : mpitsangatsangana, mpandany andro. Mampalahelo kanefa mba laza, hono ! Indrisy ! raha mba mahalankalana kokoa mantsy ny fahitana antsika eny anaty arabe, na eny an-kalamanjana, na misakafo be any aman’olona ivelany any, na mamangy olona tsy misy antony akory, ka afaka mikarakara misimisy kokoa ny mahantra, ny marary, ny asa soa, na mitoriteny matetitetika, ka hahasintona olona maromaro noho ny finoana sy ny fitiavantsika namana, dia tsy hisy hanontany antsika intsony na handeha hitsangatsangana isika, na avy nitsangatsangana.

« Le prêtre, plus que personne, doit travailler toute la journée. Les maçons travaillent bien tout le jour, les charpentiers, les menuisiers, les cultivateurs, les tailleurs, etc. Tous ces gens-là travaillent tout le jour et même quelquefois la nuit, pour gagner leur vie et celle de leurs enfants et le prêtre aura donc un sort plus doux que les autres, lui qui a un emploi bien plus élevé que ceux-ci.

« Mihoatra noho ny olon-drehetra, dia tokony ho hita eo am-perin’asa ny pretra tontolo andro. Na ny mpanao trano na ny mpandrafitra, na ny mpamboly na ny mpanjaitra, na ny mpanao fanaka anie ka miasa tontolo andro ê ! Miasa tontolo andro izy ireo, ary matetika aza andro aman’alina, mba hamelomany ny tenany sy ny vady aman-janany ka ny pretra izany dia manana anjara moramora kokoa satria izy manana asa ambony lavitra noho ny hafa.

« N'est-ce pas parce que le prêtre n'a pas travaillé, ou mal travaillé, que le champ du père de famille est en si mauvais état? que l'ignorance a envahi nos pauvres ouvriers et qu'ils se soulèvent aujourd'hui contre nous? » (VD. 191).

« Angaha moa tsy noho ny pretra tsy manao tsara ny asany no maha-ratsy asa ny sahan’ny raim-pianakaviana ? no mahatonga ny mpiasa ho bado, ka mikomy amintsika ankehitriny ? » (VD. 191)

Au presbytère on est bien logé. Les gens du peuple qui y viennent en font la remarque. Antoine Chevrier voudrait « retrancher tout ce qui sent le bourgeois, le bien-être, la commodité; il ne faut pas qu'en entrant chez nous on puisse dire : il est bien; ce n'est pas mal; il faut qu'on puisse dire : il souffre » (VD. 291).

Tsara trano ny any amin'ny presbitera. Manao izany fanamarihana izany ny olona tonga any. Te-hanala izay rehetra mamofompofona mpanankarena i Antoine Chevrier, ny fetezan’ny fiainana, ny fiadanana, tsy tokony afaka hiteny hoe : « mijaly izy » (VD. 291)

En bref, le vicaire de Saint-André comprend qu'il est un « monsieur » et donc un étranger pour la plus grande partie des gens du quartier. Mais un événement exceptionnel

Raha fintinina, ny vikeran’ny paroasy Saint André dia mahatsapa fa rangahy iray izy noho izany dia vahiny ho an’ny ankamaroan’ny olona ao amin'ny fokontany. Fa vanim-potoana

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va le mettre étroitement et gratuitement au service de toute la population, ce sont les inondations de mai 1856.

iray naningana dia hametraka azy moramora sy maimaimpoana akaikikaiky hatrany ny vahoaka rehetra mba hanompo: ny tondra-drano tamin'ny volana mey 1856 izany.

De nos jours encore, sur les quais du Rhône, on voit des panneaux où est inscrite la cote maximum des principales inondations provoquées par le fleuve. La plus forte reste toujours celle de 1856. Ce fut une véritable catastrophe pour la Guillotière. Antoine Chevrier fut parmi les plus actifs des sauveteurs. On l'a vu affronter le danger. Une certaine célébrité populaire commence. Cela, c'est l'extérieur.

Amin’izao androntsika izao, mbola misy takela-bý eny amoron’ny renirano Rhône. Ahitana marika betsaky ny tondra-drano nafitsoky ny renirano. Ny tena mafy mitoetra dia ny tamin'ny 1856. Loza be ho an’ny La Guillotière izany. I Antoine Chevrier, dia anisan’ny mpamonjy voina mafana fo tokoa. Misy nahita azy nisedra ny loza. Nanomboka teo ny lazany teo amin'ny vahoaka. Izany ny zavatra ivelany.

Invisiblement, se passait quelque chose de plus important. La compassion fraternelle qui poussait Antoine Chevrier à l'action, le disposait aussi à recevoir une surabondance de charité apostolique. La compassion, écrira-t-il,

Tsy hita maso, ny fisian-javatra iray tena manan-danja. Ny fangorahana nasesiky ny firahalahiana dia nanosika an’i Antoine Chevrier hiasa, nanampy azy koa handray ny fitobahana ara-pitiavana apôstôlika. Hanoratra ny amin'ny fangorahana izy,

« est le fondement de la charité.

« io no fototry ny fitiavana.

« C'est le premier sentiment qui doit s'emparer de notre àme à la vue de qui que ce soit qui est dans le malheur. Celui qui reste froid, insensible à la vue des maux, est incapable de toute charité » (VD.419).

« Io no fientanam-po voalohany tsy maintsy mameno antsika raha vao mahita olona mijaly isika, na iza izy na iza. Izay tsy mihontsona amin'ny fahorian'ny sasany dia olona tsy afa-mitia mihitsy.

Quelques mois plus tard c'était la conversion de Noël 1856, il entrait dans une nouvelle voie.

Volana vitsivitsy taty aoriana dia nisy fibebahana tamin'ny Noely 1856, niditra tao amin'ny lalam-baovao iray izy.

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Discernement

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Fandinihan-tena

A partir de Noël 1856 Antoine Chevrier est donc persuadé que l'appel du Christ, « Viens, suis-moi », s'adresse à lui sous forme renouvelée. Il ne lui suffit pas de continuer ce qu'il a fait jusqu'ici.

Nanomboka tamin'ny Noely 1856, araka izany dia resy lahatra i Antoine Chevrier fa ny antson’i Kristy hoe : « Avia hanaraka ahy », dia miantefa aminy amin'ny endriny vaovao. Tsy ampy azy ny hanohy izay efa nataony hatreto.

Or jusqu'à maintenant il a simplement cherché à bien faire ce que faisaient tous ses confrères du diocèse, en vivant dans les mêmes conditions qu'eux. S'il faut faire autre chose, vivre autrement, il va falloir se singulariser. Le caractère d'Antoine Chevrier ne l'y pousse pas, au contraire.

Hatramin’izao anefa dia nitady fotsiny ny hanao tsara izay ataon’ny rahalahiny rehetra ao amin'ny diosezy izy, ao am-piainana mitovy amin'ny fomba fiainan’izy ireo. Raha tsy maintsy hanao zavatra hafa, hiaina amin'ny fomba hafa, dia tokony tsy maintsy mivavaka. Mifanohitra amin’izany ny toetran’i Antoine Chevrier dia tsy manosika azy amin’izany.

Il préfère « être dans un petit coin inconnu, ignoré » (Lettre n° 268 (253) [3] A Mesdemoiselles Mercier sy Bonnard), il n'aime pas les démonstrations tapageuses et il veut trouver un chemin sûr, car cet homme est prudent et réaliste.

Aleo « mitoetra any any amin’ny toerana miafina, tsy fantatr’olona »(Taratasy faha-268 (253) [3] Ho an-dRamatoakely isany Mercier sy Bonnard), tsy tiany ny fihetsiketsehana mitabataba, ary hahita lalana iray azo antoka izy satria lehilahy malina sy miaina amin'ny zava-misy ity lehilahy ity.

Il y aurait une solution très simple et qui pourrait satisfaire ce tempérament effacé et prudent : il suffirait d'entrer dans un ordre religieux. La Révolution française

Misy vahaolana tena tsotra ary mety hanome fahafaham-po io toetra tsy tia sehoseho sy malina io : miditra ao amin'ny fikambanan-drelijiozy dia ampy. Nopotehin’ny tolom-piavotana frantsay

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avait détruit les congrégations religieuses et le concordat de 1802 n'avait statué que pour le rétablissement du clergé séculier. Mais peu à peu des sociétés nouvelles sont apparues et des ordres anciens se sont reconstitués sous l'impulsion de fortes personnalités dont la plus typique est Lacordaire, restaurateur des dominicains en France.

ny fikambanan-drelijiozy ary ny fifandraisan’ny Papa sy ny fitondram-panjakana dia tsy napetraka raha tsy noho ny fiverenan’ny clergé séculier (ny pretra diosezanina). Fa nisy fikambanana vaovao niseho tsikelikely ary niforona indray ny fikambanan-drelijiozy taloha eo ambany tosiky ny manam-pahefana matanjaka, ka anisan’izany i Lacordaire izay niavaka tokoa, izy dia mpanorina indray ny Dominikana tany Frantsa.

Dominicains et capucins sont justement implantés dans le quartier des Brotteaux, à proximité de la paroisse Saint-André, et Antoine Chevrier a déjà choisi comme confesseur habituel un capucin de son âge, le P. Bruno.

Tafajoro indrindra tao amin'ny fokontanin’ny Brotteaux ny Dominikana sy ny Capucins teo akaikin’ny paroasin’i Saint André ary Antoine Chevrier dia efa nifidy Capucin iray mitovy taona taminy ho mpampikonfesy dia i Mompera Bruno.

Mais le peuple de la Guillotière a tenu trop de place dans sa vie et sa conversion. Il faut qu'il ait place aussi dans ses nouveaux projets. Il éprouve déjà profondément ce qu'il dira du Christ :

Fa nibahan-toerana loatra teo amin'ny fiainany sy ny fiovam-pon’ny mponin’ny La Guillotière. Tokony hanana toerana aminy koa ireo fikasany vaovao ireo. Efa tsapany lalina izay holazainy momba ny Kristy :

« Il souffre dans son cœur en voyant les brebis sans pasteur » (VD. 479).

« Ory ny fanahiny nahita ny reniondry tsy manam-piandry. » (VD. 479)

Il n'est donc pas question pour lui de quitter ce peuple des pauvres, au contraire il veut s'en rapprocher. Il pense que le prêtre, le simple prêtre comme on dit parfois, le prêtre diocésain comme on dit plus volontiers actuellement, « le prêtre est fait pour vivre au milieu des hommes » (VD. 121, n° 1) tandis que la vie des religieux, comme il la voit ou se la représente à son époque, ne correspond pas â sa requête. Il cherche un type de vie sacerdotale dont il donnera plus tard cette définition : « Prêtres pauvres pour les paroisses. »

Ho azy tsy mipetraka ny fanontaniana handao ity vahoaka mahantra ity, ny mifanohitra amin’ izany aza ny fitiavany hanatona azy ireny. Heveriny fa ny pretra, ny pretra tsotra araka ny fitenenana indraindray, ny pretra diosezanina araka ny fiteny fanahy iniana ankehitriny, « ny pretra dia natao hiaina eo anivon’ny olona » (VD. 121, n° 1) fa ny fiainan’ny relijiozy, araka ny fahitany azy na ny fisehony tamin'ny androny dia tsy mifanaraka amin'ny zavatra tadiaviny. Nitady fomba fiainam-pretra izy izay nomeny ity famaritana ity taty aoriana, ka hoy izy : « Pretra mahantra ho an’ny paroasy. »

Cela ne l'empêchera pas d'accepter une certaine influence des religieux surtout celle de la famille franciscaine. Il entrera dans le Tiers-Ordre en 1853, lors de son premier séjour à Rome. Mais il pressent que sa

Tsy nanakana azy tsy hanaiky ny fandresen-dahatry ny relijiozy indrindra ny an’ny fianakavianam-ben’ny fransiskana izany. Hiditra ao amin'ny Tiers-Ordre izy amin'ny 1859, tamin'ny fijanonana voalohany nataony tany Roma. Nefa notsindriamandry izy

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recherche a quelque chose d'original, d'inédit. Or un homme lui donne l'exemple, un homme qui a eu le courage de rompre avec son origine bourgeoise afin de vivre avec le peuple. Il s'agit d'un laïc de 34 ans, Camille Rambaud.

zavatra hafa mihitsy no katsahiny, zavatra maningana, tsy mitovy amin'ny hafa, mbola tsy nosoratana. Misy olona iray anefa manome ohatra azy, olona iray izay manana herim-po hisintaka amin'ny fiaviany mpanan-karena mba hiara-miaina amin'ny vahoaka. Lahika iray 34 taona i Camille Rambaud.

Une question reste controversée : Antoine Chevrier a-t-il rencontré Camille Rambaud en juin 1856 ou en juin 1857? On peut interpréter les témoignages dans un sens ou dans l'autre mais il reste certain que la rencontre a coïncidé, à six mois près, avec la nuit de Noël 1856 et que l'exemple du laïc a profondément remué le vicaire de Saint-André.

Fanontaniana iray mbola iadivan-kevitra ny hoe: nifanena tamin’i Camille Rambaud tamin'ny volana jona 1854 ve sa jona 1857 i Antoine Chevrier ? Azo hazavaina ny amin'ny heviny itsy na iroa ny porofo fa izay mijanona ho azo antoka fa ny fihaonana dia nifanandrify tamin'ny alin’ny Noely 1856, enim-bolana taty aoriana na aloha, ary no ohatry ny laïka dia nampihetsika lalina ny vikeran’i Saint André.

Camille Rambaud est un bourgeois lyonnais qui a d'abord travaillé chez un fabricant de soieries dont il est devenu l'associé. Ses convictions religieuses ne semblent pas très profondes à cette époque mais il est généreux et préoccupé de la misère des ouvriers; il subit l'influence du socialisme utopique. Puis sa foi chrétienne devient ferme et claire et il décide de changer de vie. Il abandonne sa situation professionnelle, s'emploie à catéchiser les enfants pauvres et abandonnés et en arrive à fonder ce qu’il appelle « la Cité de l'Enfant-Jésus » après les inondations de mai 1856. Il a pour compagnon un autre bourgeois qui a fait une évolution semblable à la sienne.

Mpanan-karena teraka tany Lyon i Camille Rambaud. Niasa tao amin’ny mpanao lasoa anankiray izy ary tonga mpiara-miasa taminy. Ny faharesendahatra relijiozy tao aminy dia tsy tena lalim-paka tamin’izay fotoana izay fa tena malala tanana sy sahirana tamin'ny fahantran’ny mpiasa izy ; voasariky ny herin’ny « sosialisma utopique » izy. Rehefa avy eo dia nanjary hentitra sy mazava ny finoana kristianina tao aminy ary tapa-kevitra hiova fiainana izy. Nilaozany ny asa fanaony, ary nifantoka hampianatra katesizy ny ankizy mahantra sy nilaozam-pianakaviana izy ary nanorina ilay antsoiny hoe : « Cité de l’enfant Jésus » [tanànan’i Jesoa zazakely] tao aorian’ny tondradranon’ny volana Mey 1856. Mpanan-karena iray hafa izay nanao fiovana mitovy taminy no namany.

Antoine Chevrier est frappé de voir des hommes qui se sont faits pauvres avec les pauvres. Ils n'ont pas quitté l'habit du bourgeois pour revêtir la bure franciscaine, ils ont adopté la casquette, la blouse de l'ouvrier et sont venus se loger au milieu des ouvriers de la rive gauche du Rhône. François Haour, l'autre vicaire de Saint-

Variana i Antoine Chevrier mahita olona mihevi-tena ho mahantra miaraka amin'ny mahantra. Tsy niala tamin'ny fitafiana maha mpanan-karena izy ireo mba hanaovana ny fanamiana fransikana, nanao kasikety izy ireo, ny aron’ akanjon’ ny mpiasa ary tonga nonina teo anivon’ny mpiasan’ny morondrano havian’ny Rhône. François Haour, ilay vikera hafan’ny paroasy Saint André

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André, rapporte qu'après la première rencontre avec Camille Rambaud, Antoine Chevrier disait : « J'ai vu Jean dans le désert. » Cette rencontre confirme une conviction qui restera inébranlable.

dia nitatitra fa taorian’ny fihaonana voalohany tamin’i Camille Rambaud dia niteny i Antoine Chevrier hoe : « Hitako i Joany tany an’efitra ». Izany fihaonana izany no manaporofo faharesen-dahatra izay hipetraka tsy azo hozongozonina.

« Il ne faut pas croire que parce qu'on aura de belles robes, de beaux manteaux, de belles maisons, de beaux ameublements, de beaux ornements, on attirera le monde et gagnera sa confiance. Non, c'est la vertu.

« Aza mino mihitsy fa noho ny fananana akanjo tsara tarehy, akanjo mafana, trano tsara endrika, fanaka kanto, firavaka marevaka sy haingo madera no hahasintonana an’izao tontolo izao sy hahazoana ny fitokisana. Tsia. Ny hatsaram-panahy irery ihany.

« Si ces choses extérieures eussent été nécessaires, Notre Seigneur Jésus Christ les aurait bien employées; mais non. Il les a rejetées bien loin de lui. Il n'a eu pour maison qu'une étable, pour lit qu'un peu de paille, pour parents que des gens pauvres et pour mourir une rude croix. Et il disait : quand je serai élevé sur la croix, j'attirerai tout à moi.

« Raha nilaina ireny zavatra ety ivelany ireny, dia ho nampiasain’i Jesoa Kristy Tompontsika tokoa. Tsy izany velively anefa. Nariany lavitra azy mihitsy. Tranon’omby no mba hany fonenany, fihinanambilona no hany fandriany, olo-mahantra saika fadiranovana no mba hany ray aman-dreniny, ary rahefa ho faty izy dia hazo mitanambokovoko. Ary hoy Izy hoe : rahefa hasandratra eo ambony hazofijaliana aho, dia hitarika ny olon-drehetra ho any amiko.

« Ce n'est donc pas par le luxe et la grandeur qu'il a attiré le monde, mais par la pauvreté et la souffrance.

« Koa tsy tamin’ny haren-tsarobidy na ny fiamboniana no nanintonany an’izao tontolo izao, fa tamin’ny fahantrana sy ny fijaliana.

« Les saints employaient-ils d'autres moyens?

« Nampiasa fitaovana hafa noho izany ve ny olomasina ?

« Saint Jean-Baptiste dans son désert n'avait qu'une peau de chameau sur les épaules et une ceinture de cuir autour de ses reins, et toute la Judée venait à lui.

« I Md. Joany Batista tany an’efitra, tsy nanana afa-tsy hodi-drameva teny an-tsorony sy fehikibo hoditra, i Jodea manontolo anefa nidodododo nanatona azy.

« Et saint François d'Assise, qui courait les pieds nus et un sac sur le dos, attachait-il de l'importance à ces frivolités? et cependant que d'âmes il attirait à lui. Il comptait de son vivant dix mille religieux qui avaient embrassé sa vie.

« Ary i Md. François d’Assise, olona nandehandeha tsy mba nikiraro na nanao kapa, nibaby kitapo iray, heverinareo ve fa niraiki-po tamin’ireny zava-poana ireny ? Ny zava-nisy marina anefa, olona firy, fanahy firy no voasintony hankeo aminy ! Tamin’ny fahavelony fotsiny anie dia efa nanisa iray alina ny relijiozy nanara-dia azy.

« C'est la vertu qui attire les âmes et gagne les cœurs à Dieu.

« Ny hatsaram-panahy no manintona ny olona ka mitondra ny fo ho an’Andriamanitra.

« Il y en a qui parlent de rang, de dignité et qui, sous ce prétexte spécieux, croiraient s'avilir et se rabaisser

« Ny laharam-boninahitra, ny fahefana, hoy ny sasany tsy mahay mandinika, satria matahotra sao dia hadrohadroin’ny sasany na hohambaniana

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en se faisant pauvre, en s'habillant comme un pauvre, en vivant comme un pauvre, en fréquentant les pauvres, en faisant comme les pauvres.

raha manao mahantra, miakanjo toy ny mahantra, miaina toy ny mahantra, mifanerasera amin’ny mahantra, manaraka ny fanaon’ny mahantra.

« Ils croiraient se déshonorer en prenant la forme d'un pauvre, et c'est pourtant ce que faisait Notre-Seigneur.

« Heverina ho fahafaham-baraka ny fiainan’ny mahantra kanefa dia io mihitsy no nalain’ny Tompontsika.

« Il s'est fait pauvre et c'est précisément ce que les pharisiens lui reprochaient quand ils disaient aux apôtres : Votre Maître est toujours avec les pécheurs et les publicains » (VD. 296-297).

« Nietry tena ho mahantra izy ka nolatsain’ny farisiana nilaza tamin’ny Apôstôly hoe : Ny Mpampianatrareo miara-mihinana amin’ny poblikana sy ny mpanota. » (VD. 296-297)

Une autre influence s'exerça en cette période de discernement. C'est l'influence de Jean-Marie Vianney, curé d'Ars. Dés janvier 1857 l'abbé Chevrier va consulter l'homme dont on vante la perspicacité surnaturelle et il en revient encouragé. N'insistons pas sur la conversation qui eut lieu entre les deux hommes. Nous n'en avons aucun témoignage direct. Il n'y eut pas de relations suivies entre eux pour la bonne raison que le saint curé mourut le 4 août 1859. Celui-ci aurait surtout parlé d'abandon à la Providence. Rien de plus vraisemblable et l'avis sera bien mis en application par la suite :

Nisy hery hafa mitarika miantraika tamin’ity fotoanan’ny fandinihan-tena ity. Ny fisarihan’i Jean-Marie Vianney, curé d’Ars. Vao nanomboka ny volana janoary 1857 dia nandeha nidinika tamin’ilay lehilahy izay dokafana amin'ny fahakingan-tsainy mampiaiky volana i Mompera Chevrier ary dia niverina feno risi-po avy tany. Andao tsy ho tsindriantsika izay resaka tamin’ireo olona roa ireo. Tsy manana vavolombelona mivantana mihitsy isika ny amin’izany. Tsy nisy fifaneraserana nanarakaraka teo amin’izy ireo satria dia maty tamin'ny 4 aogositra 1859 ny Masindahy Curé. Niresaka indrindra momba ny fanoloran-tena ho an’Andriamanitra izy. Tsy misy na inona na inona hoatr’izany ary hampiharina tsara amin'ny manaraka izany hevitra izany :

«…nous ne voulons laisser ni fondations, ni rentes, ni biens. Si vous êtes des saints, vous n'avez pas besoin de tout cela, vous en aurez plus que vous n'en voudrez et si vous n'êtes pas des saints, vous n'aurez rien et ce sera bien fait parce que vous ne le mériterez pas et que vous en feriez un mauvais usage et qu'il vaut mieux laisser périr les œuvres, si elles ne contribuent pas à la gloire de Dieu et s'il n'y a pas l'esprit de Dieu » (VD. 321, n° 1).

« …tsy tianay ny hamela petra-bola na harena na fananana na fanorenana é. Raha olo-masina marina ianareo, tsy mila an’ireny, hanana be lavitra noho ireny aza ianareo ; fa raha tsy olo-masina kosa ianareo, tsy hananana na dia tamingany iray aza fa hangasihasy eo, tsy mendri-komena manko satria tsy hahay hitantana, ary aleo mampitsahatra ilay asa toy izay manohy azy raha tsy ho afa-maneho ny voninahitr’Andriamanitra sy miaraka amin’ny Fanahiny izany. » (VD. 321, n° 1)

Pourtant auprès du curé d'Ars, Antoine Chevrier n'a

Kanefa tsy nahazo torohevitra fotsiny i Antoine Chevrier

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pas trouvé seulement des conseils. Il ne considère pas ce prêtre célèbre comme un oracle : il ira en consulter d'autres moins célèbres et donnera peut-être plus d'importance aux avis de ceux-ci. Comme en Camille Rambaud, il trouve en Jean-Marie Vianney un exemple et cette fois-ci l'exemple est dans un prêtre.

tamin’ny Curé d’Ars. Tsy nihevitra io pretra malaza io tahaka ny sampy izy: handeha hijery hafa tsy malaza noho ny hafa izy ary angamba hanome lanjany ny hevitr’izy ireto. Tahaka ny tao amin’i Camille Rambaud dia nahita an’i Jean-Marie Vianney ho ohatra izy ary tamin’ity indray mitoraka ity dia ao amin'ny pretra ny ohatra tsara.

Le jeune vicaire de la Guillotière rencontre un vieux curé de campagne qui incarne quelque chose de son idée. Le curé d'Ars se comporte en prêtre pauvre dans sa paroisse, avec une entière liberté, sans sacrifier à des convenances formalistes.

Ilay vikera tanora tany amin'ny Guillotière dia nahita pretra iray mipetraka any ambanivohitra izay mampiseho mivantana ny zavatra ao an-tsainy. Miseho ho pretra mahantra ny Curé d’Ars ao amin’ny paroasiny amin'ny hahalalana tanteraka fa tsy andefitra ny zavatra tiany.

« Combien était beau et édifiant le pauvre curé d'Ars, traversant la place avec son pot de soupe à la main et mangeant sa soupe en allant voir son malade.

« Hevero ange ny hatsaran’i Curé d’Ars mitondra an-tànana ny bakolin-dasopiny mamakivaky ny kianja be, ka sady mihinana izany eny an-dalam-pamangiana marary ! Mahateotia ô ?

« Il n'avait pas le temps de manger, comme il est dit dans I'Évangile des apôtres eux-mêmes : ils mangeaient en travaillant, en marchant, comme font les pauvres et ils convertissaient plus de pécheurs en vivant ainsi qu'en mangeant à une bonne table, parce que ce genre d'exemple frappe plus que les autres, vu que le monde est si porté à se satisfaire de ce côté-là.

« Tsy mba nanam-potoana ihinanana akory izy, tahaka ireo Apôstôly ao amin’ny Evanjely : sady miasa no mihinana ; eny am-pandehanana no mihinana ; tahaka ny ataon’ny mahantra rehetra ! Ary nampibebaka mpanota maromaro kokoa izy amin’izany noho ireo mipetraka mitelina sy mankafy eo ambony latabatra, satria manaitra sy mahatarika kokoa io oha-pitondran-tena io noho ny hafa, ary any amin’ny iray iry no itongilanan’izao tontolo izao.

« Le bon curé d'Ars faisait cuire ordinairement une marmite de pommes de terre qu'il mangeait avec du pain, tant que durait la provision; il avait même essayé de manger de l'herbe dans les champs.

« Mahandro ovy iray vilany i Curé d’Ars, ary io ovy korany io no haniny miaraka amin’ny mofo kely mandra-pahalaniny, izay izy vao mahandro indray. Indray mandeha aza izy nanandrana nirao-bilona teny an-tsaha.

« Il achetait le pain des pauvres, quêté de porte en porte, et leur donnait le sien, pour avoir le bonheur de manger comme les pauvres » (VD. 189).

« Mofo ho an’ny mahantra no vidiny hohanina, ary mitety trano izy mangata-panomezana satria zarainy ho an’ny mahantra daholo ny anjara rakiny, mba hananany ilay fahafinaretana mihinana toy ny mahantra. » (VD. 189)

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« Mieux vaut le désordre avec l'amour que l'ordre sans amour.

« Aleo lavitra misaringotra ao anaty fitiavana, toa izay milanto ao anaty fankahalàna.

« C'est ce que le curé d'Ars exprimait d'une manière assez drôle, quand, parlant des petites filles de sa Providence que l'on conduisait d'après ces principes, puisque sa fille Catherine ne connaissait pas les méthodes disciplinaires, et parlant de ce genre de vie et le comparant à la nouvelle manière que l'on introduisait dans sa Providence, quand une fois on l'eût forcé de laisser le gouvernail à d'autres, plus habiles selon le monde, il disait qu'il aimait bien sa petite bourdifaille[7] d'autrefois.

« Aleoko ihany ny sarita-tantelinay fahiny, hoy i Curé d’Ars, teo am-pahitana ny fomba fitondrana ny ankizy kely tao amin’ny Providence. Noterena hanaraka fitsipi-pifehezana sady tsy mifanaraka aminy no tsy azony akory manko ireo zazavavy kely tao, hany ka tena fadiranovana mihitsy i Cathérine kely izay tsy zatra izany fomba fitondrana izany. Rahefa nisy nilaza taminy àry fa tsy mahomby izy ka aleo hosoloina mba hahazoam-bokatra tsaratsara kokoa, sady mifanaraka amin’ny fanao ankehitriny, dia izao no navaliny azy :

« C'est-à-dire que, de son temps, les enfants agissaient par le cœur et non par le signal, ils venaient à lui, l'aimaient et menaient une vie de famille et non pas une vie de régiment » (VD. 223).

« Niaina malalaka araka ny fitiavana tao am-pony manko ny ankizy tamin’ny androny, tahaka ny fanaon’ny renin-tantely, fa tsy mba noterena hanao fiaina-miaramila ; hany ka tonga nanatona azy tamim-pitiavana, hiaina anaty fianakaviana. » (VD. 223)

Antoine Chevrier a surtout retenu cet exemple de vie. Il ne faut pas en faire un disciple fervent ou un fils spirituel du saint curé comme certains admirateurs ont été tentés de le faire. Jean-Marie Vianney est un paysan devenu curé de campagne. Antoine Chevrier est né en ville et il vit dans un faubourg populeux. En homme très attentif à la réalité, il prendra des positions pastorales diamétralement opposées à celles du curé d'Ars. On sait que pour ce dernier, rien n'était trop beau en fait d'ornementation quand il s'agissait du culte liturgique. Le prêtre de la Guillotière qui connaît son peuple écrit :

Nohazonin’i Antoine Chevrier indrindra ity oha-piainana ity. Tsy tokony hatao mpianatra mafana fo na zanaka ara-panahin’ny Masindahy Curé tahaka izay nandraman’ireo mpitsiriritra izay hataony azy. Jean-Marie Vianney dia tantsaha iray nanjary pretran’ambanivohitra. I Antoine Chevrier dia teraka taty an-tanàn-dehibe ary niaina teo amin'ny boriboritany be olona mahantra. Amin'ny mana-lehilahy mitandrina ny zava-misy azy dia mandray toerana mifanohitra amin'ny Curé d’Ars izy. Fantatra manko fa ho an’ity farany ity, tsy misy na inona na inona tsara loatra eo amin'ny fandravahana momba ny fanompoam-pivavahana. Ny pretran’ny Guillotière izay mahalala ny kristianina ao aminy dia nanoratra hoe :

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« Nous nous contenterons du nécessaire, même pour les objets du culte; pauvres, simples et propres; rien de ce qui paraît, de ce qui est clinquant, élégant, qui excite la curiosité; il faut que tout soit grave, modeste, solide. Le beau et le grand peuvent être très simples : ainsi un calice en or peut être très simple et cependant il sera beau et grand. Rien surtout de ce qui excite la curiosité ou l'envie des gens, rien de ce qui sent la profusion.

« Hianina amin’izay tena ilaina isika na dia eo amin’ny fitaovana enti-mivavaka aza ; mahantra, tsotra nefa madio dia ampy izay, na dia tsy hita, tsy mamirapiratra, tsy kanto mahasarika ny fitiavan’ny maso aza. Ny ilaina dia izay hentitra, maotina, mateza. Mety ho tsotra koa anie ny kanto sy ny goavana e, mety ho tena tsotra mihitsy ny kalisy volamena, kanefa tsy manakana ny maha-kanto sy goavana azy izany. Alaviro mihitsy izay mety hisintona ny fitiavan’ny maso sy ny fitsiriritan’ny sasany na ny fanirian-dratsiny.

« On dit toujours : mais c'est pour le bon Dieu, il faut bien que cela soit beau; illusion! le bon Dieu se moque bien de nos beautés et colifichets surtout; il faut servir Dieu en esprit et en vérité, c'est l'essentiel et, ordinairement, plus on met de choses extérieures, moins il y a de l'intérieur; plus on s'occupe des choses extérieures, moins il y a de fond intérieur. Instruire le monde, voilà l'essentiel.

« Hoy manko ny sasany matetika : ilàna hatsaram-bika ny zavatra enti-manompo an’Andriamanitra, taniravo natentina izany hoy aho, tsy marina, ataon’Andriamanitra inona izay hatsaram-bikan’akanjonareo ? Eram-panahy sy fahamarinana no anompoana an’Andriamanitra dia izay ihany, ka arakaraka ny ifikirantsika amin’ny ety ivelany no anafoanantsika ny ao anaty ; aza variana amin’ny akanga tsara soratra ka manary ny akoho taman-trano. Ampianaro ny olona fa izany no zava-dehibe indrindra.

« Nous devons représenter la crèche et le calvaire; laissons aux autres le soin de représenter les mystères glorieux.

« Tandindon’ny tranon’omby sy ny kalvery isika ; aleo ny sasany mba ho tandindon’ny mistery be voninahitra.

« Pour nous, contentons-nous de la petitesse et de la pauvreté, c'est là notre lot et nous ne devons pas en sortir; les pauvres ne doivent pas sortir de leur rang, même pour le bon Dieu. Ne pas s'exposer à agir par ostentation et orgueil et plutôt pour satisfaire sa vanité que pour plaire à Dieu » (VD. 298).

« Ho antsika, mahaiza miaiky fa bitika sy tsinontsinona ary mahantra isika, aza ialana io anjara soa io ; mahantra, dia mahantra izay fa aza mitsoaka an-daharana, na dia ho an’Andriamanitra aza. Aza mitono tena amin’ny fizahozahoana sy ny fiavonavonana, tsy ho an’Andriamanitra velively izany fa fanomezana vahana ny fahajejoana. » (VD. 298)

Nous avons déjà dit qu'Antoine Chevrier voulut consulter d'autres personnes, notamment le prêtre qui avait été son confesseur au séminaire de théologie. Il a aussi étudié quelque ouvrage de spiritualité dont nous

Efa niteny izahay fa te-hifampidinika tamin’olon-kafa i Antoine Chevrier indrindra tamin'ny pretra izay mpampikonfesy tao amin'ny seminera teolojia. Nianatra tao anatin’ny boky ara-panahy vitsivitsy izy izay mbola

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avons encore les passages recopiés de sa main. Mais il sait que pour opérer le discernement indispensable les appuis extérieurs ne suffisent pas. Seul l'Esprit Saint peut lui donner la lumière et la force nécessaires, et la grâce de Noël 1856 lui a fait connaître le caractère gratuit, imprévu, on serait tenté de dire capricieux, des interventions de l'Esprit de Dieu :

ananantsika ny andalana nosoratany tanana. Nefa fantany fa tsy ampy ny fiankinana ivelany mba hanao fandinihan-tena ilaina. Ny Fanahy Masina irery ihany no afaka hanome azy ny fahasoavana sy ny hery ilaina ary ny fahasoavana tamin'ny Noely 1856 dia nampahafantatra azy maimaimpoana tsy nampoizina, ary toa alaim-panahy hiteny hoe be haitraitra ny fisian’ny Fanahin’ Andriamanitra :

« L'esprit de Dieu n'est ni dans une règle positive, ni dans les formes, ni dans l'extérieur, ni dans les habits, ni dans les règlements; il est en nous, quand il nous est donné.

« Tsy ao anatin'ny fitsipika napetraka ny Fanahin'Andriamanitra, tsy ao amin'ny bikan-javatra na fombafomba, tsy ety ivelany, tsy amin'ny fitafiana, tsy amin'ny fitsipi-pifehezana ; ao anatintsika ao izy raha toa ka nomena azy isika.

« On entend ce son, mais on ne sait ni d'où il vient, ni où il va, il souffle où il veut. Il nous vient au moment où nous nous y attendons le moins. Quand nous le cherchons, nous ne le trouvons pas; quand nous ne le cherchons pas, nous le trouvons; il est indépendant de notre volonté, du moment, du temps et de l'heure; il vient quand il veut, à nous de le recevoir quand il vient. Il a la liberté d'action, et il est indépendant de nous, mais il se communique à nous quand nous y pensons le moins; il n'est pas dans le raisonnement, ni dans l'étude, ni dans les théories, ni dans les règles; il est le feu divin qui bouge toujours, qui s'élève en haut de manière irrégulière, il se montre et il disparaît, comme la flamme du bois; il faut le prendre et s'en réjouir quand il se montre… et le conserver toutes les fois qu'il se communique à nous » (VD. 511).

“Mandre feo ianao fa tsy fantatra na avy aiza na avy aiza io feo io, na ho aiza io feo io, mitsoka amin'izay tiany izy. Amin'ny fotoana tsy iandrasantsika azy akory no ahatongavany. Raha mitady azy isika, tsy hahita azy, fa rahefa tsy tadiavintsika izy, dia hitantsika. Tsy miankina mihitsy amin'ny sitrapontsika izy, na amin'ny fotoana na amin'ny ora ; tonga izy rahefa tiany ; koa anjarantsika ny mandray azy eo am-pahatongavany. Afaka tanteraka manao izay tiany izy, tsy voafehintsika, saingy manentana antsika kosa amin'ny fotoana tsy ampoizintsika akory. Tsy ao anatin'ny fanjohian-kevitra izy, tsy ao amin'ny fianarana mandalina, tsy ao amin'ny fitsipi-dalao, na ao amin'ny fampiharana ; afon' Andriamanitra mifindrafindra mandrakariva, miakatra sy midina, miseho dia milentika, tahaka ny lela afo avy amin'ny kitay hazo ; koa raha vao miseho dia sambory haingana sao lasa indray, ary tahirizo mafy isaky ny miseho amintsika. » (VD. 511)

Mais Antoine Chevrier n'attend pas que l'Esprit se révèle nécessairement d'une manière impressionnante.

Nefa i Antoine Chevrier tsy miandry ny Fanahy miseho ho azy amin'ny fomba mampihetsi-po raha ilaina e !

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Il sait qu'il n'en est pas ainsi ordinairement et que la manière ordinaire, plus sûre, permet de vérifier les interventions extraordinaires et non l'inverse. D'ailleurs s'il a une nature passionnée, il n'a pourtant pas beaucoup d'imagination et il se méfie de l'exaltation intérieure. Il apprécie surtout les fruits qui proviennent d'un labeur patient et appliqué, porté par la grâce de Dieu.

Fantany fa tsy hoatr’izany ny fombany andavanandro ary ny fomba mahazatra, tena azo antoka dia namela hanamarina ny firotsahana an-tsehatra mampitolagaga ary dia tsy mifanohitra amin’izany. Raha manana toetra feno fitiavana izy, kanefa tsy manana fisainana betsaka dia tsy hatoky loatra ny figagana anaty izy. Tena tiany indrindra ny vokatry ny fiezahana manam-paharetana sy feno ezaka nentin’ny fahasoavan’ Andriamanitra.

« Sentez-vous naître cette grâce en vous? C'est-à-dire, sentez-vous un attrait intérieur qui vous pousse vers Jésus Christ?

« Mba tsapanao teraka ao aminao ve izany fahasoavana izany ? Izany hoe : mba misy faniriana manosika anao ho ao amin’i Jesoa Kristy ve ao anatinao ao ?

« Un sentiment intérieur qui est plein d'admiration pour Jésus Christ, pour sa beauté, sa grandeur, sa bonté infinie, qui le porte à venir en nous. Sentiment qui nous touche et nous porte à nous donner à lui.

« Fientanam-po anaty sy talanjona amin’i Jesoa Kristy sy ny hatsaran-tarehiny ny fiamboniany, ny hamoram-pony tsy misy fetra, izay manosika Azy ho avy ao amintsika. Fientanam-po mahatohina antsika sy manosika antsika hanolo-tena ho Azy.

« Un petit souffle divin qui nous pousse et qui vient d'en haut, ex alto, une petite lumière surnaturelle qui nous éclaire et nous fait voir un peu Jésus Christ et sa beauté infinie.

« Fofon’aina kely avy amin’Andriamanitra manosika antsika, avy any ambony any, ‘ex alto’, fahazavana kely avy any ambony manilo antsika ka mampahita an’i Jesoa Kristy sy ny hatsarany tsy manam-paharoa sady tsy manam-petra.

« Si nous sentons en nous ce souffle divin, si nous apercevons une petite lumière, si nous nous sentons attirés tant soit peu vers Jésus Christ, ahi cultivons cet attrait, faisons-le croître par la prière, l'oraison, l'étude, afin qu'il grandisse et produise des fruits » (VD, 119).

« Raha rentsika ao anatintsika ao io tsiokan’Andriamanitra io, raha mba mahatsikaritra fahazavana kely ao koa isika, raha mba mahatsapa isika fa mba voataona hanatona an’i Jesoa Kristy indraindray, dia kolokoloy io fitaomana io, ampitomboy amin’ny fivavahana, fibanjinana, fianarana mba hitombo sy hitondra vokatra ho antsika. » (VD. 119)

A partir de 1857, Antoine Chevrier entreprend une étude qui durera toute sa vie. Il poursuit à travers la Bible, surtout à travers le Nouveau Testament et principalement à travers les Évangiles, l'étude de Jésus

Nanomboka tamin'ny taona 1857, dia nanao fianarana izay maharitra teo amin'ny fiainany manontolo i Antoine Chevrier. Notohizany tao amin'ny Baiboly, indrindra teo amin'ny Evanjely, ny fianarana an’i Jesoa

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Christ. Quand il fait une retraite en décembre 1857 il note :

Kristy. Rehefa nanao laretirety izy tamin'ny desambra 1857, dia nanoratra hoe :

« Étudier Jésus dans sa vie mortelle, dans sa vie eucharistique, sera toute mon étude » (R. 4).

« Mianatra an’i Jesoa ao amin’ny fiainany ara eokaristia ho fianarako manontolo. » (R. 4)

Voilà une résolution qui a été tenue. Et voilà maintenant la même conviction exprimée après des années d'expérience :

Izany dia fanapahan-kevitra izay voatana. Ary izany ankehitriny ny fanapahan-kevitra naseho taorian’ny taona maro nahazoana traikefa :

« Dans la vie de Notre Seigneur se trouvent la Sagesse et la Lumière. C'est dans ces petits détails que nous trouvons toute notre règle de conduite et que nous trouvons la perfection et un enseignement sûr et selon Dieu, puisque c'est Dieu lui-même qui se montre á nous.

« Ao anatin'ny fiainan'ny Tompontsika no misy ny Fahendrena sy ny Fahazavana. Amin'ireny an-tsipirihany ireny no ahltantslka ny fitsipi-' piainantsika sy ny fahalavorariantsika ary fampianarana azo antoka sy araka an'Andriamanitra, satria Andriamanitra mihitsy no miseho vatana amintsika.

« A quoi sert l'Évangile si on ne l'étudie pas?

« Atao inona moa ny Evanjely raha tsy dinihina ?

« Pour bien connaître l'Évangile, il faut entrer dans les petits détails de chaque fait, de chaque action, c'est là que nous trouvons la Sagesse.

« Mba hahalalana tsara ny Evanjely dia tsy maintsy idirana ny an-tsipirihany, amin'ny zava-niseho, amin’ny asa natao, amin'izany no ahitantsika ny fahendrena.

« Quand on passe dans une rue et que l'on voit une belle maison, on la regarde en passant et l'on dit : voilà une belle maison; on ne voit que de l'extérieur, on ne se rend pas compte de tout ce qu'il y a dedans, de tout ce qu'il y a d'arrangement, de beauté, de commo­dités, etc. On passe, on regarde, on dit : c'est beau, voilà tout : on ne s'en sert pas… Mais si on entre dedans et que l'on visite chaque étage, chaque pièce, on peut en admirer l'ordre, la beauté intérieure, l'ordonnance parfaite.

« Raha mandalo eny amin'ny arabe ianao, ka mahita trano tsara tarehy, dia mitazana azy eny am-pandehanana sady manao anakam-po hoe tena tsara izany trano izany ; fa saingy ny eny ivelany ihany no tazanao, fa tsy misy hitanao mihitsy izay ao anatiny ao, na ny fanamboarana na ny ravaka, ny hatsaram-bika, ny filatro maneho fahafinaretana, sns… Mandalo, mitazana, dia miteny hoe : tsara be, dia izay ; tsy mampiasa azy akory. Fa raha tahiny ka miditra ao anatiny ao, ka mijery ny rihana sy ny efitra rehetra dia ho afa-mibanjina ny filaminana, ny hatsarana ao anatiny, ny firindrana lavorary.

« Ainsi de l'Évangile; beaucoup le regardent et disent : c'est beau et ne sont pas entrés dedans pour en examiner les beautés intérieures et ne peuvent s'en servir, en jouir et mettre à leur usage les choses qui s'y trouvent.

« Dia toy izany koa ny Evanjely : be ny mijery azy fotsiny dia milaza fa tsara kanefa tsy miditra ao anatiny mba handinika ny tena vontoatiny ka tsy afa-mampiasa azy, mankafy azy, mandray azy ho fitaovana enti-miaina ao anatiny.

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« Pour connaître une maison, il faut y entrer et mettre à son usage les chambres qui la composent.

« Mba hahalalana ny trano iray, dia tsy maintsy miditra ao anatiny mba ho afa-mampiasa ny efitra rehetra ao.

« Pour connaître l'Évangile, il faut y entrer, voir les détails et mettre en pratique les choses que nous y trouvons; et nous n'avons qu'à y entrer un peu, à étudier ses détails pour comprendre de suite combien cette maison est belle, grande, parfaite. C'est véritablement la maison de la Sagesse.

« Mba hahalalana ny Evanjely dia tsy maintsy idirana koa ny antsipiriany ka ampiharina ny zavatra hita ao anatiny ao ; vao miditra kely fotsiny anie isika dia efa mahatsikaritra sahady fa ao amin'ireo antsipiriany ireo ny tena hakanton'ilay trano, ny habeny, ny fahalavorariany. Tena tranon'ny Fahendrena marina mihitsy.

« Nous trouvons dans l'étude de Notre Seigneur la véritable lumière; nous trouvons notre règlement de vie tout fait, tout préparé, tout mâché; seulement, il faut l'y chercher et l'y trouver; quand on va dans un grand champ, il y a toutes sortes de plantes dans ce champ; si vous avez besoin de bourrache, il faut la chercher; si vous avez besoin de feuilles rares, il faut les chercher.

« Hitantsika ao amin'ny fandinihana ny fiainan'ny Tompontsika ny Fahazavana tena marina ; hitantsika ao ny fitsipi-piainana efa voalahatra tsara, voaomana, voatsako ; saingy tsy maintsy karohina, tsy maintsy tadiavina ; raha mankany an-tsaha malalaka ianao, dia hahita karazan-javamaniry maro be ao ; raha mila violety ianao, dia tsy maintsy mitady izay misy ny violety, raha mitady nifinakanga ianao dia karohy izy.

« Cherchez dans l'Évangile et vous trouverez toutes les plantes et les fleurs qui nous sont nécessaires pour nous donner la vie et l'entretenir en nous » (VD. 516- 517).

« Karohy ao amin'ny Evanjely àry fa hohitanao ao ny zava-maniry sy ny voninkazo ilainao mba hanome anao ny fiainana sy hitahirizanao azy. » (VD. 516- 517)

Il recherche d'abord dans l'Évangile la personne de Jésus car Jésus Christ nous a été donné comme notre Lumière et notre Sagesse « pour nous apprendre à distinguer le vrai du faux, le bien du mal, le juste de l'injuste et à estimer chaque chose à sa juste lumière, valeur, à savoir mettre à leur place le terrestre, le spirituel, le temps et l'éternité.

Mitady an’i Jesoa vatatenany ao anatin’ny Evanjely aloha izy satria nomena antsika tahaka ny fahazavantsika sy fahendrentsika izy mba hampianatra antsika hanavaka ny marina amin'ny diso, ny tsara amin'ny ratsy, ny marina amin'ny tsy marina ary hitia ny zavatra tsirairay amin’izay tena fahazavany, tena lanjany, hahay hametraka amin'ny toerany ny zavatry ny tany, ny ara panahy, ny fotoana sy ny mandrakizay.

« C'est à sa lumière que nous devons apprendre à connaître chaque chose, à connaître la vérité, la valeur

« Ny fahazavany no mampianatra antsika hahalala ny voaary tsirairay, hahalala

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spirituelle de chaque chose terrestre, à connaître le vrai du faux, le juste de l'injuste, le bien du mal » (VD. 89-90).

ny sanda ara-panahy ao amin’ny zavatry ny tany, hahalala ny marina sy ny diso, ny rariny sy ny tsy rariny, ny tsara sy ny ratsy. » (VD. 89-90)

Il cherche à connaître la personne de Jésus à travers les titres de Jésus Christ (VD. 83-107), adoptant ainsi un moyen tout à fait traditionnel dans l'Église. Il s'attarde spécialement au titre de Maître car il sent vivement la nécessité d'un Maître puisqu'on ne peut se conduire seul quand il s'agit d'entreprendre quelque chose dont on n'a pas encore l'expérience (VD. 95-96, n° 1).

Mitady hahalala ny tenan’i Jesoa ao amin'ny andraikitra hoe Jesoa Kristy (VD. 83-107), eo ampiasana araka izany ny fomba iray tena fanao ao amin'ny Eglizy. Mijanona manokana ao amin'ny andraikitra hoe Mpampianatra, satria tena tsapany ny ilàna Mpampianatra iray satria mbola tsy manana traik’efa andehanana irery rehefa hanao zavatra iray (VD. 95-96, n° 1).

Cette recherche de la personne de Jésus Christ tend à l'union avec lui.

Ity fitadiavana ny tenan’i Jesoa Kristy ity dia mitondra any amin'ny firaisana aminy.

« Notre union à Jésus Christ doit être si intime, si visible, si parfaite que les hommes doivent dire en nous voyant : voilà un autre Jésus Christ » (VD. 101, n° 1).

« Ny firaisantsika aina amin’i Jesoa Kristy dia tsy maintsy ao anaty, hita maso, lavorary tokoa ka mampiloa-bava ny olona mahita antsika manao hoe : i Jesoa Kristy hafa iny. » (VD. 101, n° 1)

Cette union au Christ est indispensable pour éclairer la marche.

Ilaina ity fiombonana amin’i Kristy ity mba hanazava ny dia.

En effet, discerner les voies où Dieu nous appelle ne consiste pas seulement à chercher la lumière comme si elle allait nous révéler un chemin tout tracé qui restait jusqu'ici dissimulé dans l'obscurité. Il faut aussi reconnaître les temps et les circonstances où il convient de prendre des initiatives, d'entreprendre quelque chose sans que l'on sache très bien où cela conduira.

Arak’izany, ny fandanjalanjana ny lalana izay iantsoan’ Andriamanitra antsika dia tsy hoe hitady fotsiny ny fahazavana haneho amintsika lalana iray vita soritra ho antsika izy izay nijanona ho miafina ao anaty haizina hatramin’izao. Tsy maintsy mahalala koa ny fotoana sy ny toerana izay natao andraisana fanapahan-kevitra, hanaovana zavatra izay tsy fantatra tsara hoe hitondra aiza.

« Il ne suffit pas de commencer avec Dieu, il faut agir et finir avec Dieu » (VD. 103, n° 1).

« Tsy ampy ny manomboka miaraka amin’Andriamanitra ; tsy maintsy miezaka mba hiara-miasa sy mamita izany miaraka Aminy koa. » (VD. 103, n° 1)

Le vicaire de Saint-André tente d'abord, en restant sur place, de changer quelque chose dans son genre de vie pour se faire plus pauvre. Il veut sacrifier son mobilier. Ses confrères interviennent fermement pour qu'il se montre raisonnable et il sent que leur opposition est

Nanandrana nanova ny fomba fiainany ho tena mahantra aloha ny Vikeran’i Saint André teo am-pijanona teo an-toerana,. Te-hanao sorona ny fanaka tao aminy izy. Niditra an-tsehatra tamin'ny fomba hentitra ny rahalahy mpiara-miasa taminy mba hiseho ho olona misaina izy ary tsapany

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décidée. Cette première tentative échoue donc, mais une circonstance favorable se présente : la Cité de l'Enfant-Jésus est sans aumônier car les capucins viennent de retirer le religieux qui assurait ce service. L'abbé Chevrier saisit l'occasion et se présente comme remplaçant.

ny fanoheran’ izy ireo, fa nisy toe-javatra kosa niseho : tsy misy mompera « aomonie » mpiahy ara-panahy ao amin'ny Cité de l’Enfant Jésus (Tanànan’i Jesoa Zaza Kely), satria vao avy nosintonin’ny « Capucins » ny relijiozy anankiray nanao io asa io. Nohararaotin’i Mompera Chevrier io toe-zavatra io ary nangataka ho mpisolo toerana izy.

La nomination se fait sans difficulté en août 1857. On peut supposer que tout le monde est content de la solution. Le nouvel aumônier va pouvoir vivre en pauvre parmi les pauvres, la Cité retrouve un prêtre à son service, les confrères du presbytère sont soulagés par ce départ et à l'archevêché on ne peut qu'être satisfait d'une solution qui arrange tout le monde. Cette seconde initiative semble pleinement réussie.

Vita tsy misy fahasarotana tamin'ny aogositra 1857 ny fanendrena azy. Azo heverina fa faly daholo ny rehetra tamin'ny ny vahaolana. Afaka miaina tahaka ny mahantra ny aomonie vaovao eo amin'ny mahantra, nahita pretra indray ao amin'ny asany ; nionona ny mpiara-miasa ao amin'ny presbitera tamin’io fahasalamana io ary afa-po aok’izany ao amin'ny arsevese tamin’ilay vahaolana izay mety ho an’ny rehetra. Tena nahomby ity andrana faharoa ity.

Comme les gens de la Cité sont habitués à appeler « Père » le capucin qui venait assurer le service religieux, ils continueront à faire de même. L'abbé Chevrier devient pour tous « le Père Chevrier ».

Ny olona ao amin'ny Cité moa dia zatra niantso hoe « Mompera » ny Capucin izay avy nanao ny asan-drelijiozy, koa dia nanao tahaka izany koa izy ireo. Ho an’ny rehetra izany Mompera Chevrier ny Abbé Chevrier.

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Fondation

4
Fanorenana

La Cité de l'Enfant-Jésus était assez proche de la paroisse Saint-André : quinze à vingt minutes de chemin à pied. Camille Rambaud était établi dans le quartier depuis 1854. Il avait construit une maison dite « Maison de l'Enfant-Jésus » où on recevait des enfants incurables. On y faisait aussi le catéchisme. Après les inondations désastreuses de 1856 beaucoup de gens n'ont plus de logement et Camille Rambaud conçoit alors l'idée d'une « Cité de l'Enfant Jésus ». Le P. Chevrier devient donc aumônier de deux œuvres: une œuvre de catéchisme pour les enfants, une œuvre sociale de logements pour les ouvriers. Il entend bien quant à lui s'en tenir strictement au ministère sacerdotal et d'ailleurs Camille Rambaud y tient aussi.

Somary akaikin’ny paroasin’i St André ny Cité de l’Enfant Jésus, lalana dimy ambin’ny folo ka hatramin’ny roapolo minitra dia an-tongotra. Nipetraka tao amin’io fokontany io i Camille Rambaud hatramin’ny 1854. Nanamboatra trano natao hoe « Maison de l’enfant Jésus » (Tranon’i Jesoa zazakely) izy izay nandraisana ny ankizy manana aretina tsy azo sitranina. Ao koa no fianarana katesizy. Taorian’ny tondradrano nampivarahontsana tamin'ny 1856 dia betsaka ny olona tsy nanana trano fonenana intsony ary namorona ny hevitra momba ny « Cité de l’Enfant Jésus » i Camille Rambaud noho izany. Nanjary « aomonie »n’ny asa soa roa i Mompera Chevrier arak’ izany : asa soa fampianarana katesisy ho an’ny ankizy ny iray, asa sosialy ho an’ny trano fonenana ho an’ny mpiasa ny iray. Raha ny heviny dia hijanona fotsiny ao amin'ny ministeran’ny pretra ihany izy ary tian’i Camille Raimbaud koa izay.

Il semble qu'assez vite le P. Chevrier ait compris que l'entreprise n'était pas viable. D'abord le fils de Marguerite Chevrier est effrayé par le volume des opérations

Toa nahatsapa malaky ihany i Mompera Chevrier fa toa hay iainana ny orin’asa. Ny zanak’i Marguerite Chevrier aloha natahotra tamin'ny habetsaky ny toe-bola.

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financières lancées par l'ancien homme d'affaires. Ce n'est pas étonnant. Mais si Camille Rambaud est intelligent, entreprenant, habile, il est aussi rêveur, utopiste.

naroson’ny lehilahy mpandraharaha teo aloha. Tsy mahagaga izany. Nefa raha marani-tsaina, sahisahy, kinga saina, Camille Rambaud, dia mpanonofy sy mpanao revin-gadra izy.

Sa prudence n'est pas à la hauteur de sa générosité. La vie à la Cité est d'une pauvreté extrême, on a froid, on mange peu et mal et les privations endurées dégradent un peu plus la santé du prêtre qui avait déjà dépassé ses forces quand il était à Saint-André. Quand celui-ci sera maître de la situation il se gardera de telles exagérations :

Tsy mitovy tantana amin'ny hatsaram-panahiny ny fahamalinany. Tena fahantrana mihoampampana ny fiainana ao amin'ny Cité, mangatsiaka any, nihinan-kely sy ratsy ary ny fifadiana niaretana dia mampihena betsaka ny fahasalaman’ny pretra izay efa nihoaran’ny heriny fony izy tany Saint André. Raha tompon’ny zava-misy izy dia tsy hanao ity zavatra mihoampampana ity.

« On servira toujours, les jours de jeûne, le matin, du pain, du vin et des fruits et chacun prendra ce qui lui sera nécessaire quant à la quantité, pour pouvoir faire son catéchisme.

« Amin’ireo andro ifadian-kanina ireo, dia hasiana mofo sy divay ary voankazo mandrakariva eo ambony latabatra, amin’ny maraina, ka anjaran’ny tsirairay ny maka izay ilainy mba hahatanterahany tsara ny fanaovana katesizy.

« Les estomacs plus délicats, plus faibles, pourront prendre du chocolat ou café à l'eau, en quantité suffisante pour accomplir le devoir de leur charge parce que les devoirs de charité, des offices spirituels, les emplois dits charges sont plus excellents que le jeûne. Si on ne peut jeûner matériellement, on peut toujours faire le jeûne spirituel » (VD. 354).

« Ny manam-bavony marisarisa kosa dia afaka mihinana sôkôla kely, na kafe mitapo-drano ampy hanatontosana ny adidy, satria ny fanatanterahana ny adidy na ara-nofo na ara-panahy dia ambony lavitra noho ny fifadian-kanina. Raha tsy afa-mifady hanina ara-nofo dia mahaiza mifady am-panahy. » (VD. 354)

Voilà sa manière de comprendre les choses.

Izany ny fomba fahazoany ny zavatra.

Mais les vraies difficultés ne sont pas dans cette austérité exagérée. Elles sont ailleurs. Le P. Chevrier pressent que les deux œuvres réunies à la Cité en une seule institution ne pourront pas rester ensemble. Pour lui, avec l'approbation de Camille Rambaud, il veut se consacrer principalement à catéchiser les enfants pauvres qu'on peut rassembler, mais il est souvent sollicité par

Fa ny tena sarotra dia tsy ao anatin’ity fifehezan-tena tafahoatra ity, any an-kafa izy. Nanindry mandry an’i Mompera Chevrier fa ny asa soa roa akambana ao amin'ny Cité ho fanorenana iray dia tsy ho afaka hijanona miaraka. Ho azy, raha misy faneken’i Camille Rambaud dia tiany atokana indrindra amin'ny fampianarana katesizy mahantra izay azo akambana, nefa moa izy matetika ingaviana

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d'autres choses qui touchent à la construction des logements et les enfants déplaisent aux adultes de la Cité. Certes ces enfants ne sont pas particulièrement faciles. La plupart ont grandi comme des plantes sauvages.

amim-javatra hafa izay mikasika ny fanamboarana trano fonenana ary tsy tian’ny olon-dehiben’ny Cité ny ankizy. Marina fa tsy tena mora entina ireo ankizy ireo. Ny ankizy dia mitombo tahaka ny voly dia.

On conseille à Camille Rambaud de devenir prêtre et le P. Chevrier est de cet avis. Pourquoi? Comme beaucoup de gens de l'époque il trouvait peut-être anormal qu'un laïc soit à la tête d'une œuvre comme la Cité. Il pensait que Camille Rambaud, laïc, pouvait difficilement être son supérieur : il l'a noté dans ses réflexions écrites. Mais surtout il a compris assez vite qu'il pourrait reprendre sa liberté quand Camille Rambaud serait prêtre. Comme celui-ci va faire ses études théologiques à Rome, les deux hommes y vont ensemble au mois de décembre 1858. C'est le premier des quatre séjours à Rome d'Antoine Chevrier.

Nomena torohevitra i Camille Rambaud mba ho tonga pretra ary mitovy hevitra amin’izany i Mompera Chevrier. Nahoana ? Tahaka ny olona betsaka tamin’izany fotoana izany dia hitany hoe tsy ara-dalàna angamba fa ho lehiben’asa soa tahaka ny Cité ny lahika iray. Heveriny fa i Camille Rambaud, lahika, dia mety ho sarotra ho lehibeny, nomarihiny tao anaty eritreriny nosoratany izany. Nefa indrindra azony malaky ihany fa afaka hahazo ny fahafahany izy rehefa lasa ho pretra i Camille Rambaud. Satria hanao ny fianarany teolojia any Roma ity olona ity dia handeha hiaraka any izy ireo amin'ny volana desambra 1858. Izany ny voalohany tamin'ny fipetrahana nataon’i Antoine Chevrier tany Roma.

A la Cité Rambaud il y avait divers collaborateurs et collaboratrices du fondateur qu'on appelait « Frères » et « Soeurs » sans qu'ils constituent pour autant une famille religieuse. D'après les renseignements que nous avons, l'ensemble apparaît assez hétérogène. Trois personnages se détachent pour nous de cet ensemble car ils touchent de près à l'histoire du Prado. Ce sont Pierre Louat, Amélie Visignat et Marie Boisson.

Tao amin’ny Cité Rambaud dia misy mpiara-miasa lehilahy isan-karazany sy mpiara-miasa vehivavy tamin'ny mpanorina izay nantsoina hoe : « frera » sy « masera » fa tsy niorina ho fianakavian-drelijiozy. Araka ny resaka azontsika dia toa somary mitamba-be izy ireo. Tamin’ity fitambaram-be ity dia nisy olona telo niendaka ho anay satria izy ireo dia nikasika akaiky ny tantaran’ny Prado. Izany dia Pierre Louat sy Amélie Visignat ary Marie Boisson.

Pierre Louat était clerc de notaire. En 1856 à 27 ans il entre dans l'œuvre de Camille Rambaud. Il était très doué pour s'occuper des enfants et enseigner le catéchisme.

Mpanampy vaditany i Pierre Louat. Tamin'ny 1856, fony 27 taona izy dia niditra tao amin'ny asa soan’i Camille Rambaud. Tena nahay izy raha hikarakara ny ankizy sy hampianatra katesizy.

Amélie Visignat entra à la Cité de l'Enfant-Jésus à 22 ans en 1858. Elle venait pour catéchiser les filles. Marie Boisson, ouvrière en soie, du même âge qu'

Tamin'ny 22 taona tamin'ny 1858 no niditra tao amin'ny Cité de l’Enfant Jésus i Amélie Visignat. Tonga hampianatra katesizy ny ankizivavy izy. Marie Boisson, mpiasa tao amin'ny lasoa mitovy taona tamin'i

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Amélie entra le même jour que celle-ci pour s'occuper des filles elle aussi. Elle a raconté comment les choses se sont passées.

Amélie dia niditra tao andro iray mitovy amin’i Amélie izy hikarakara ny ankizivavy koa. Nitantara ny fisehoan-javatra izy.

« C'est pendant que le Père était à la Cité que j'ai fait sa connaissance; c'était le 18 janvier 1858. J'en avais entendu parler par une jeune personne qui avait beaucoup de vénération pour lui et j'allais me confesser à lui et je n'ai pas eu d'autre directeur jusqu'à sa mort. Je voulais alors entrer chez les Petites Soeurs des Pauvres, et le Père m'avait promis de m'y présenter, lorsqu'une demoiselle Visignat que j'avais rencontrée à la Cité m'annonça qu'elle entrait à la Cité pour s'occuper des Premières Communions. Elle me déclara qu'elle n'y rentrerait qu'avec moi. Je le lui promis tout de suite et le 15 août, j'allai me présenter au P. Chevrier. Il me répondit : « Nous verrons dans trois mois. » Sur les instances de Mlle Visignat, nous entrâmes l'une et l'autre à la Cité le premier vendredi de septembre 1858 » (P I, 147).

« Nandritra ny naha tao amin'ny Cité an’i Mompera no nahalalako azy ; tamin'ny 31 janvie 1858 izany. Reko tamin’ny tanora iray izay nanaja azy fatratra izany ary nandeha hanao konfesy taminy aho ary tsy nanana pretra mpitarika hafa aho mandra-pahafatiny. Araka izany dia te-hiditra tao amin'ny Petites Sœurs des Pauvres aho ary nanome toky ahy Mompera fa hitondra ahy any ; ka indro fa Ramatoakely Visignat izay nifanena tamiko, tao amin'ny Cité no nilaza tamiko fa hiditra ao amin'ny Cité izy hikarakara ny kômonio voalohany. Nanambara tamiko izy fa tsy hiditra ao raha tsy miaraka amiko. Nampanantena azy an’izany avy hatrany aho ary tamin'ny 15 aogositra, dia nandeha niseho tamin’i Mompera Chevrier aho. Namaly ahy izy hoe : « Ho hitantsika afaka telo volana. » Niditra tsirairay izahay noho ny fiangavian’i Ramatoakely Visignat tao amin'ny Cité tamin'ny zomá voalohan’ny septambra 1858 » (P I, 147).

Travaillant assez étroitement avec l'aumônier, le jeune homme et les deux jeunes filles en arrivent à penser comme lui : on ne peut continuer à faire le catéchisme dans les conditions de la Cité.

Eo mpiara-niasa akaiky tamin’ny aomônie ilay zatovolahy sy ireo tovovavy roa, dia nanjary nitovy eritreritra taminy : tsy afaka hanohy hampianatra katesizy amin’izao zava-misy ao amin'ny Cité izao.

En écrivant à Rome, le P. Chevrier se montre de plus en plus clair et ferme avec Camille Rambaud jusqu'à la lettre de juin 1859 où il est catégorique :

Rehefa nanoratra tany Roma, dia miseho mazavazava hatrany sy hentitra tamin’i Camille Rambaud i Mompera Chevrier hatramin’ny taratasy tamin’ny Jona 1859 izay tena nampihenjana azy :

« Voici un fait certain, c'est que depuis que la Cité existe, l'œuvre des enfants de la première communion ne marche pas » (Lettre n°23 (22) [8] A Monsieur Camille Rambaud Cité, fin juin 1859).

« Izao no zava-misy marina : hatramin’izay nisian’ny Cité dia tsy mandeha mihitsy ny asa atao amin’ireo ankizy manomana ny kômoniô voalohany. » (23 (22) [8] An’Andriamatoa Camille Rambaud, Cité, faran’ny volana Jona 1859)

Il développe longuement les difficultés qu'il rencontre puis il affirme :

Mamelabelatra ela be ny zava-tsarotra miseho taminy izy ary hoy izy manamafy izany :

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« Je dis encore qu'il sera plus facile de relever l’œuvre des enfants dans un autre lieu que dans le lieu où elle est tombée. On refait difficilement ce qui a été défait dans un endroit » (Lettre n°23 (22) [8] A Monsieur Camille Rambaud Cité, fin juin 1859).

« Mbola averiko indray fa ho mora kokoa ny manorina asa atao amin’ireo ankizy any amin’ny toerana iray hafa noho ny ao amin’ny toerana izay naharava izany, sarotra tokoa ny mampijoro indray izay efa rava teo amin’ny toerana iray. » (23 (22) [8] An’Andriamatoa Camille Rambaud, Cité, faran’ny volana Jona 1859)

La situation financière de la Cité est très mauvaise. On a entrepris la construction d'une église et les fonds disponibles se sont vite épuisés. En juillet 1859, Camille Rambaud revient à Lyon pour remettre de l'ordre et repart à Rome six mois après.

Ratsy be ny toe-bola tao amin'ny Cité. Natao ny fanamboarana ny fiangonana iray dia lany malaky ny vola sisa teo an-tanana. Tamin'ny Jolay 1859, dia niverina tany Lyon i Camille Rambaud mba handamina ary lasa indray enim-bolana tatý aoriana.

Il est difficile de savoir si, pendant ce séjour, on a décidé d'un commun accord la séparation préconisée par le P. Chevrier. Il ne semble pas. Quoi qu'il en soit, en janvier 1860, Pierre Louat quitte la Cité et s'installe dans un local, montée de Fourvière, puis après quelques semaines à la Guillotière. Il rassemblera quelques garçons pour les catéchiser. Amélie fait comme lui en allant s'installer sur la colline de Fourvière afin d'y accueillir des filles. Marie voudrait bien les suivre mais le P. Chevrier veut la retenir ce qui semble indiquer que ces départs n'ont pas l'approbation de Camille Rambaud.

Sarotra ny mahalala raha nandritra io fotoana fijanonany tao io dia niombon-kevitra tamin'ny fisarahana nokasain’i Mompera Chevrier ry zareo, toa tsy izay anefa. Na izany na tsy izany dia niala tao amin'ny Cité i Pierre Donat tamin'ny Janoary 1860 ary nipetraka tany amin'ny trano iray, tany « Montée de Fourvière » (fiakaran’ny Fourvière), ary rehefa afaka herinandro vitsivitsy dia tany La Guillotière. Hanangona zazalahy vitsivitsy izy hampianarina ny katesizy. Nanao tahaka azy i Amélie ary nandeha nipetraka teny amin'ny vohitry Fourvière eny no handraisany ny zazavavy. Te-hanaraka azy koa i Marie fa te-hitazona azy i Mompera Chevrier izay toa milaza izany fa ireo fialan-dry zareo dia tsy nahazo ny fankatoavan’i Camille Rambaud.

« Le P. Chevrier ne voulut pas (du moins, c'est mon opinion) prendre la responsabilité de faire sortir l'Œuvre de la Première Communion de la Cité pendant l'absence de M. Rambaud qui, en ce moment, se préparait aux ordres à Rome. Il me refusa la permission de sortir de la Cité pour aller à Fourvière en ajoutant : "A moins que le cardinal ne vous le permette. " Il pensait peut-être que je n'oserais pas demander cette permission. Je la demandai pourtant dès le lendemain. Le cardinal me reçut fort bien et me donna toute liberté pour quitter

« Tsy te-handray andraikitra hampamoaka ny asa soan’ny kômonio voalohany ao amin'ny Cité i Mompera Chevrier nandritra ny tsy maha eo an’Atoa Rambaud izay niomana ho ao amin'ny laharan-drelijiozy tany Roma (farafaharatsiny hevitro izany). Nolaviny ny fanomezan-dalana ahy hivoaka ny Cité handeha any Fourvière ka nampiana hoe : « Raha tsy hoe angaha ny kardinaly no mamela anao. » Heveriny angamba fa tsy sahy hangataka io fahazoan-dalana io aho. Nefa ny ampitson’io ihany dia nangataka izany aho. Noraisin’ny kardinaly tsara aho ary nomeny fahafahana hiala

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la Cité. Quand je vins en informer le P. Chevrier, il parut tout surpris du résultat et me dit simplement : " Je n'ai rien à dire, puisque Son Éminence vous a donné l'autorisation " » (P. I, 147-148).

ny Cité. Rehefa nampahafantatra an’i Mompera Chevrier aho, dia tena gaga tamin'ny vokatr’izany izy ary niteny fotsiny hoe : « Tsy manana na inona na inona ho lazaina aho, satria « son Eminence » no nanome anao ny fahazoan-dalana » (P. I, 147-148).

Le cardinal de Bonald avait lui aussi son opinion sur la situation et sur les personnes. Il a apprécié la démarche simple et résolue de cette ouvrière de 24 ans qui abordait sans doute l'archevêché pour la première fois de sa vie. (L'accueil reçu l'a encouragée à récidiver.) Que pensait-il du P. Chevrier à l'époque? Nous ne savons, mais de ce moment jusqu'à sa mort en 1870 il sera encourageant pour ce prêtre entièrement donné au peuple ouvrier de la Guillotière.

Nanana ny heviny koa ny kardinaly de Bonald ny amin'ny toe-javatra sy ny olona. Nankasitrahany ilay fiangaviana tsotra sy hentitra izay nataon’ity mpiasa vavy 24 taona izay niresaka voalohany tsy nisy ahiahy ny arsevese sambany teo amin'ny fiainany (ny fandraisana azony dia mampahery azy hamerina indray). Ahoana ny fiheverany an’i Mompera Chevrier tamin’izay fotoana izay ? Tsy fantantsika fa hatramin’io fotoana io ka mandra-pahafatiny tamin'ny 1870 dia hampahery io pretra io hanolo tena tanteraka ho an’ny mpiasan’ny Guillotière io izany.

Bon gré mal gré la séparation est chose faite.

Na tiana na tsy tiana dia efa vita ny fisarahana.

De son passage à la Cité Rambaud, Antoine Chevrier retire une leçon, ne pas se mêler d'affaires temporelles, et une orientation définitive, le ministère du prêtre est un ministère tout spirituel.

Nisintona lesona i Antoine Chevrier tamin'ny fandalovany tao amin'ny Cité Rambaud, dia ny tsy hitsabatsabaka amin'ny raharaha mandalo sy amin'ny fiovana tanteraka, ny ministeran’ny pretra dia ministera tena ara-panahy.

« Quand Notre Seigneur envoie ses apôtres, il ne les envoie pas pour s'occuper du monde, travailler, bâtir, faire le commerce ; mais il les envoie pour prêcher et guérir; voilà les deux grandes missions que Jésus Christ leur confie : prêcher et guérir. Je vous envoie comme mon Père m'a envoyé.

« Rahefa maniraka ny Apôstôliny ny Tompontsika, tsy maniraka azy ireo hikarakara izao tontolo izao, hiasa, hanorin-trano, hivarotra, fa maniraka azy hitory teny, hanasitrana. Ireo no iraka roa lehibe nankinin’i Jesoa Kristy taminy : hitory sy hanasitrana. Tahaka ny nanirahan’ny Ray ahy no indro anirahako anareo koa.

« Les apôtres, qui avaient reçu les enseignements du Sauveur, nous donnent l'exemple de ce devoir, ainsi que nous le voyons dans les Actes des apôtres; regardant le soin des pauvres comme une occupation qui les absorbait trop et prenait un temps qui devait être employé entièrement au spirituel, ils établirent des diacres pour

« Ireo Apôstôly izay nandray izany fampianaran’ny Mpamonjy izany no manome ohatra antsika amin’ny fanatanterahana io adidy io, araka ny ahitantsika azy ao amin’ny Asan’ny Apôstôly ; hitany fa naka fotoam-be loatra tamin’izy ireo ny fikarakarana ny mahantra, fotoana tena sarobidy hikarakarana ny ara-panahy. Koa nanangana diakra izy ireo

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s'occuper des pauvres et ils gardèrent pour eux la prière et la prédication comme étant leur occupation unique et véritable : nos vero oratione et praedicationi instantes erimus [Quant à nous, nous serons tout entiers à la prière et à la prédication] » (VD. 504).

mba hisahana ny mahantra ary notanany ny fivavahana sy ny fitorian-teny izay hany raharaha tokana sy marina nanirahana azy. Nos vero oratione et praedicationi instantes erimus [Ary izahay kosa hikely aina amin’ny fivavahana sy ny fitorian-teny]. » (VD. 504).

Le P. Chevrier a promis de rester à la Cité jusqu'à ce que Camille Rambaud soit prêtre[8]. Il exerce donc son activité simultanément en trois endroits durant quelques mois. Survient en cette période une nomination inattendue d'aumônier de prison. Tous les projets sont remis en cause mais Amélie, Marie et leur groupe de filles vont présenter leur pétition au cardinal qui retire la nomination.

Nampanantena hijanona any amin'ny Cité i Mompera Chevrier mandrapaha pretra an’i Camille Rambaud.[9] Noho izany dia manao ny asany any amin'ny toerana telo mandritra ny volana vitsivitsy izy. Tonga tamin’ity vanim-potoana ity ny fanendrena iray tsy nampoizina hanao aomônien’ny fonja. Nivadika daholo ny tetik’asa rehetra fa i Amélie, Marie sy ireo fikambanan’ny ankizivavy dia nandeha nitondra ny fangatahany any amin'ny kardinaly izay nisintona ny fanendrena.

Le P. Chevrier de son côté se montre moins résolu que ses trois jeunes compagnons. Pierre et Amélie le tourmentent pour qu'il se décide à fonder vraiment une œuvre de catéchisme. Marie reste plus réservée. Elle est bien décidée à faire ce que Dieu veut mais encore faut-il savoir ce qu'il veut. Dès cette année elle partage peut-être plus profondément que les deux autres les projets du P. Chevrier. Elle est déjà ce qu'elle sera durant toute sa vie : une collaboratrice efficace, intelligente et effacée. Elle reconnaît que ce prêtre est dépositaire d'un don de Dieu qu'il faut servir et elle le fait en toute discrétion. Quand on songe qu'ils se sont rencontrés lorsqu'il avait 32 ans et elle, 22, qu'ils ont vécu si proches l'un de l'autre, qu'elle a si bien compris ses intentions, qu'ils n'ont cessé de collaborer, on reste plein d'admiration

Etsy andaniny dia miseho tsy tapa-kevitra loatra noho ireo tanora telo namany i Mompera Chevrier. Nampijalijalian’i Pierre sy Amélie ny hanapa-kevitra hanorina marina asa fampianarana katesizy iray izy. Tsy dia miraika loatra i Marie. Tapa-kevitra tokoa izy hanao izay tian’Andriamanitra fa tsy maintsy mbola fantarina izay tiany. Nanomboka tamin’io taona io dia tena niombon-kevitra tamin'ny tetik’asa roa an’i Mompera Chevrier izy. Efa eo amin’izay heveriny ho izy mandritra ny fiainany izy ho mpiara-miasa mahomby, marani-tsaina ary malina. Fantany fa mpihazona ny fanomezan’Andriamanitra izay tsy maintsy ampiasaina io pretra io ary ataony am-pahamafisam-bava tanteraka izany. Rehefa eritreretina fa mifankahita izy ireo raha 32 taona izy ary 22 ilay zazavavy; ary niara-naina tena akaiky izy ireo fa mazava tsara taminy ny faniriany ary tsy mitsahatra miara-miasa izy ireo, tena nigagana

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pour la clarté de leurs relations exemptes de tout sentimentalisme. Ils sont l'un et l'autre tournés vers l’Œuvre de Dieu qui les absorbe entièrement.

tamin'ny fahadiovan’ny fifandraisana tsy misy fihetseham-po. Samy nitodika tamin'ny asan’ Andriamanitra ny tsirairay, ary dia mambabo azy ireo manontolo izany.

C'est la raison profonde de leur attitude mais leur connaissance du milieu populaire les poussait aussi dans ce sens. Il fallait donner un témoignage perceptible et sans équivoque de fidélité au célibat dans un monde qui n'y croyait guère.

Izay no tena anton’ny fihetsik’izy ireo fa ny fahafantarany ny toerana misy ny vahoaka dia nanosika azy ireo koa ho amin’izany. Tsy maintsy maneho vavolombelona azo tsapain-tanàna sy tsy nampiahiahy ny amin’ny tena maha-mpitovy mahatoky ao anatin’ny tontolo iray izay tsy mino izany velively.

« Les femmes dévotes, surtout, invitent beaucoup les prêtres à venir les voir, surtout celles qui n'ont rien â faire. Ces visites finissent toujours par scandaliser le prochain qui est toujours plus porté à juger en mal qu'en bien et on finit souvent par devenir le sujet des conversations de tout un quartier ou d'une paroisse » (VD. 178).

« Ny vehivavy tia vavaka indrindra no manasa ny pretra matetika ; mba hamangy azy any an-trano, indrindra ireo tsy manan-katao. Manafintohina ny sasany izay tia mitsingoloka mijery ny ratsy fa tsy ny tsara mandrakariva ireny famangiana ireny, hany ka isakin’ny manao izy dia ataon’ny olona anton-dresaka na any amin’ny kartie na any amin’ny paroasy. » (VD. 178)

« Les religieuses ne sont pas plus exemptes de la critique que les autres et elles le sont peut-être même davantage, quand elles sont assidues et qu'elles fréquentent trop souvent les prêtres ou que l'on va trop souvent chez elles » (VD. 181).

« Tsy mba afa-bela amin’ny tsikera ny relijiozy vavy, vao mainka koa aza mirongatra ireny tsikera ireny amin’ny maha olom-boatokana azy ; ka raha mifanosihosy be loatra na vangian’ny pretra matetika loatra izy ireo, dia ho voahenjika mafy. » (VD. 181)

C'est toujours avec le même souci apostolique de clarté et de vérité que le P. Chevrier désirait exclure du presbytère la « gouvernante » ou la « servante ».

Noho io ahiahin’ny fizaram-pinoana ao anatin’ny fahazavana sy fahamarinana io foana no nanirian’i Mompera Chevrier hanala tao amin'ny presbitera ny mpiasa an-trano vehivavy na mpanompovavy.

« A l'exemple de saint Paul nous ne prendrons point de femmes à notre service » (VD. 180).

« Manaraka ny ohatra nomen’i Md Paoly aoka isika tsy haka vehivavy hiasa manokana ho antsika. » (VD. 180)

Le 10 décembre 1860, Antoine Chevrier se décide enfin. Il loue une maison située à la limite de la paroisse Saint-André, sur le territoire de Saint-Louis de la Guillotière. Cette maison servait jusqu'ici de salle de danse. C'était « le bal du Prado », ainsi nommé, semble-t-il, par imitation d'un dancing parisien qui portait la même

Tamin’ny 10 desambra 1860, dia nanapa-kevitra i Antoine Chevrier nony farany. Nanofa trano teo akaikin’ny paroasin’i Saint André, teny amin’ny toeran’ny Saint Louis de la Guillotière izy. Nampiasaina ho trano fandihizana ity trano ity hatramin’izao. Toa antsoina hoe « Balin’ny Prado » izany dia ampitahana amin'ny dihy pariziana izay mitovy

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appellation. Désormais les initiatives apostoliques d'Antoine Chevrier porteront ce nom, sans qu'il se fatigue à en chercher un autre plus convenable ou plus pieux. Il achètera la maison dix mois plus tard quand le propriétaire la met en vente à un prix d'ailleurs exorbitant. C'est la générosité d'un prêtre, mort peu après, qui permet cette location puis cette acquisition car le P. Chevrier n'a rien.

anarana aminy. Hatramin’izao ny hevitra fizaram-pinoana an’i Antoine Chevrier dia hitondra io anarana io fa tsy vizaka mitady anarana hafa iray metimety kokoa sy tena masina izy. Novidiny ilay trano folo volana taty aoriana rehefa namidin’ny Tompony amin'ny vidiny tena mihoampampana. Ny fahalalahan-tanan’ny pretra iray izay maty fotoana fohy taoriana no nahazoana ity hofan-trano sy ity fahazoana ny trano ity satria tsy manana na inona na inona i Mompera Chevrier.

Le local du Prado est aménagé : une chapelle au centre, les garçons logent d'un côté, les filles de l'autre. Sur le terrain attenant on établit deux cours de récréation. Le tout reste très pauvre. On vit sans avoir de ressources régulièrement assurées. La maison est bien dénommée : « Providence du Prado. » Les pensionnaires de la maison sont des enfants ou des adolescents très pauvres. Le personnel est réduit aux quatre personnes que nous connaissons. Tous acceptent ce partage de la vie des pauvres avec une grande générosité. Pierre Louat a accueilli volontiers le premier client qui a été recruté par le P. Chevrier, un nommé Pierre Pacalet qu'il faut mentionner parmi les fondateurs du Prado. Ayant rencontré cet enfant intellectuellement arriéré qui cherchait sa nourriture dans les ordures ménagères, Antoine Chevrier a compris que Pierre Pacalet devait être à ses côtés pour commencer l’œuvre de Dieu.

Namboarina ny tranon’ny Prado, misy sapela eo afovoany, mipetraka ao amin'ny ilany ny zazalahy, ny zazavavy ao amin'ny ilany iray hafa. Nanaovana tokotany fakan-drivotra roa eo amin'ny toerana mifanila aminy. Ny rehetra dia mijanona tena mahantra. Niaina tsy misy fidiram-bola azo antoka tsy miovaova izy ireo. Nomena anarana tsara hoe : « Providence du Prado » (fitondran’ Andriamanitra ny Prado). Ny kilasimandry ao amin'ny trano dia ankizy na zatovo tena mahantra. Nahena ho olona efatra izay fantatray ny mpiasa. Nanaiky io fizarana ny fiainan’ny mahantra io tamin-kamoram-po daholo ny rehetra. Noraisin’i Pierre Louat tamin-kitsim-po ny olona voalohany ilay voafidin’i Mompera Chevrier. Pierre Pacalet no anarany izay tokony ho lazaina fa anisan’ny mpanorina ny Prado. Teo am-pahitana ity zaza narani-tsaina kondrankondrana izay mitady ny sakafony ao anaty fakon-tsakafo ity dia azon’i Antoine Chevrier fa tokony ho eo akaikiny i Pierre Pacalet hanao ny asan’ Andriamanitra.

L'installation au Prado n'est pas pour autant le début d'une période de tranquillité. Il y a d'abord les difficultés de collaboration. Pierre Louat et Amélie Visignat ne tarderont pas à partir. Pierre entre au séminaire diocésain en 1862 et sera ordonné prêtre dans la Société de Marie. Amélie crée des difficultés dans la maison et

Ny fanamboarana tao amin’ny Prado dia tsy fiandohan’ny fotoam-pilaminana. Nisy aloha ny fahasarotana teo amin'ny fiaraha-miasa. Tsy ho ela dia handeha i Pierre Louat sy Amélie Visignat. Niditra tao amin'ny seminera diosezanina i Pierre tamin'ny 1862 ary nohamasinina ho pretra tao amin'ny Société de Marie. Niteraka olana tao an-trano sy

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à l'extérieur. L'archevêché fait savoir au P. Chevrier qu'elle doit être congédiée. I1 est bien de cet avis mais préférerait qu'elle parte d'elle-même. Enfin il se résout à la renvoyer.

tany ivelany i Amélie. Nampahafantatra an’i Mompera Chevrier ny arsevese fa tokony ho roahina izy. Nitovy hevitra tamin’ izany izy fa naleony nandeha tamin'ny nahim-pony izy. Farany tapa-kevitra nandroaka azy izy.

Cependant une autre question plus essentielle continuait à tourmenter Antoine Chevrier. Cela explique en grande partie pourquoi il se montrait moins facilement résolu que Pierre Louat et Amélie Visignat. Il ne pouvait pas avoir simplement pour but de faire le catéchisme à quelques enfants. Il avait découvert un besoin apostolique aux dimensions bien plus vastes. Il s'agissait d'une question posée à l'Église par un peuple immense et son projet le plus essentiel est de rassembler une famille d'apôtres décidés à tout faire, à payer tout le prix évangélique nécessaire pour que l'Évangile soit annoncé aux pauvres. En mai 1858 au cours d'une retraite qu'il faisait à titre personnel, il avait déjà noté :

Nefa nisy resaka iray hafa tena lehibe no nitohy nampiferin’aina an’i Antoine Chevrier. Izany no manazava amin’ny ankapobeny nahoana no sarotra manapa-kevitra noho i Pierre Louat sy Amélie Visignat izy. Tsy afaka manana tanjona hampianatra katesizy amin'ny ankizy vitsivitsy fotsiny izy. Nahita filana fizaram-pinoana mbola lehibe lavitra izy. Tsy inona izany fa fanontaniana iray napetraky ny vahoaka marobe tamin'ny Eglizy ary ny fikasany tena lehibe dia ny hanangona fianakaviamben’ny apôstôly tapa-kevitra hanao ny rehetra, handoa izay rehetra sandany amin'ny fitoriana ny Evanjely ilaina ka mba ho ambara amin'ny mahantra ny Evanjely. Tamin'ny Mey 1858, nandritra ny laretirety nataony tamin'ny anaran’ny tenany dia efa nomarihiny :

« Je promets à Jésus de chercher des confrères de bonne volonté, afin de me les associer, pour vivre ensemble de la même vie de pauvreté et de sacrifice, travailler plus efficacement à notre salut et à celui de nos frères, si telle est sa volonté » (R. 10).

« Mampanantena an’i Jesoa hitady rahalahy mpiara-miasa tsara sitrapo aho mba hiaraka amiko, hiaina miaraka ny fiainan’ny mahantra sy fanoloran-tena,hiasa ao anatin’ny tena fahombiazana amin'ny famonjena anay sy ny rahalahinay raha izany no sitrapony » (R. 10).

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A l’Œuvre

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Eo amin'ny asa soa

Dès que la maison du Prado fut ouverte, le nombre des occupants augmenta rapidement. Tandis qu'aux environs de Pâques 1861 on compte dix filles et quinze garçons, un an plus tard on en compte une quarantaine et le P. Chevrier écrira un jour que le Prado abrite près de deux cents personnes.

Raha vantany vao nivoha ny tranon’ny Prado, dia nitombo faingana ny isan’ny olona nipetraka tao. Fa  akaikin’ny Paka 1861 dia nisy ankizivavy folo sy ankizilahy dimy ambinifolo, ary iray taona tatý aoriana dia nisy tokony ho efa-polo izireo ; ary nanoratra i Mompera Chevrier indray andro fa mampiantrano olona eo amin'ny roanjato eo ny Prado.

La maison est organisée pour donner une formation chrétienne à des jeunes qui ne peuvent pas la recevoir dans le cadre ordinaire des paroisses. Les pensionnaires du Prado ne sont pas tous des enfants comme on pourrait le croire. Dans les documents laissés par le P. Chevrier, le mot « enfant » est souvent employé. En fait, selon notre langage actuel, ce sont souvent des adolescents et des jeunes de quinze ans et plus, bien qu'il y ait aussi des enfants proprement dits.

Voalamina hanome fampianarana kristianina ho an’ny tanora izay tsy afaka manaraka izany ao amin'ny fiainan’ny paroasy andavanandro. Ny ankizy rehetra kilasimandrin’ny Prado dia tsy araka ny tokony inoana azy. Ao anatin’ny antontan-taratasy navelan’i Mompera Chevrier, dia nampiasaina matetika ny teny hoe « ankizy ». Raha ny marina anefa araka ny fitenintsika ankehitriny dia matetika izy ireny dia zatovo sy tanora dimy ambinifolotaona sy mihoatra na nisy koa aza ny tena ankizy.

Rapidement, les premières installations se sont montrées insuffisantes et désormais de transformations en

Nalaky tsy ampy ny zava-bita ary hatramin’izao dia fanamboarana tsy misy

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transformations la maison du Prado ne cessera d'évoluer. On ajoute un appendice ici, là on transforme la distribution intérieure des pièces, on mure des portes d'un côté tandis qu'on en ouvre d'autres. On achète même un terrain de l'autre côté de la rue pour y installer les filles.

farany ny tranon’ny Prado tsy hijanona mivoatra. Ampiana fanampiny eto, ovana ny fizarana efitra anatiny, tapenana biriky ny varavarana amin'ny ilany ka vohaina ny hafa. Nividy tany iray izay tao amin'ny ilan’ny lalana, hametrahana ny zazavavy.

Quand on songe à cette histoire de constructions, reconstructions et aménagements, on peut être tenté d'ironiser : Antoine Chevrier s'est séparé de Camille Rambaud parce que l'entreprise de bâtiment tenait trop de place aux dépens du « ministère spirituel », mais maintenant, mis au pied du mur, il est bien obligé de construire lui aussi.

Rehefa mieritreritra ity tantarana fanamboarana ity, fanamboarana indray sy fanovana, dia angamba halaim-panahy haneso : nisaraka tamin’i Camille Rambaud i Antoine Chevrier satria ny orinasan’ny trano dia nibahana toerana loatra mamono antoka ny ara-panahy fa amin’izao tsy afa-manoatra, dia tena voatery hanamboatra koa izy.

Oui, mais les principes qui président à ces travaux sont différents car il ne construit pas pour résoudre un problème social de logement.

Eny ê ! Fa ny foto-kevitra izay mibaiko ireny asa ireny dia hafa satria tsy manamboatra izy mba hamahana ny olan’ny trano fonenana ho an’ny vahoaka.

Voici comment les choses se sont passées concrètement :

Toy izao ny fisehoan-javatra ara-bakiteny :

« Vers le mois de juillet nous faisions une neuvaine à la sainte Vierge et à saint Joseph pour demander quelques améliorations à notre position et nous permettre de passer l'hiver un peu moins froidement, lorsqu'un jour, c'était le matin, un monsieur vint nous visiter. Voyant notre délabrement, notre toiture toute déchirée, il envoie de lui-même des ouvriers qui réparent la maison. On relève le plancher, on ôte le papier et on fait de nouvelles séparations pour habiter plus sainement; j'eus moi-même une chambre ; jusque-là, j'avais couché avec les enfants et ensuite à la sacristie » (R. 257).

« Tokony tamin'ny volana jolay, nanao vavaka hasiviana tamin'ny Masina Maria Virjiny sy tamin'ny Masindahy Jôsefa mba hangataka fanatsarana vitsivitsy amin'ny toerana misy anay ary hamela anay handany ny ririnina tsy hangatsiaka loatra, ka indray andro, maraina tamin’izay, nisy lehilahy iray tonga namangy anay teo ampahitana ny fikorontananay, ny tafon-tranonay tena simba, dia nandefa mpiasa nanamboatra ny trano avy aminy ihany. Nakarina ny gorodona, nendahina ireo taratasy dia nanao fanasarahana vaovao mba hipetrahana ara-pahasalamana ; manana efitrano iray aho ho ahy ; hatramin’ izay dia niara-natory tamin'ny ankizy aho, ary tao amin'ny sakristia » (R. 257).

C'est Antoine Chevrier qui parle. On est loin des vastes opérations financières de Camille Rambaud.

I Antoine Chevrier no miteny. Lavitra ny kajikajy ara-bolan’i Camille Rambaud izahay.

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Et pour les principes qui le guident, Antoine Chevrier écrit :

Ary araka ny foto-kevitra mitarika azy dia nanoratra i Antoine Chevrier :

« Que penser de ceux qui ne pensent qu'à bâtir, qu'à embellir leur cure, leur église? qui, pour cela, ne font que courir chez les maires, les préfets, les messieurs, les dames? Hélas! ils laissent les âmes pour courir après les pierres. On n'a pas besoin de tant d'affaires pour convertir. Nous ne sommes pas envoyés pour bâtir mais pour convertir. Aujourd'hui, on n'a jamais tant construit d'églises et de cures et jamais il n'y a eu si peu de foi et de religion. On ne doit bâtir ou faire des choses extérieures que quand on y est forcé et quand on a largement de quoi y subvenir sans se déranger » (VD. 307, n° 2).

« Inona ny hevitrareo momba ireo pretra izay tsy mihevitra afa-tsy ny hanorina sy hanatsara ny tranony sy ny fiangonany ? Ka izany no mahatonga azy ireo hanatona ireo mpitondra eo an-toerana : ben’ny tanàna, lehibem-paritra, lehilahy sy vehivavy ? Indrisy ! Naleony mikarakara ny harena toy izay ny fanahy. Tsy ilaina izany rehetra izany mba hampibebaka ny olona. Tsy hanorina no nanirahina antsika fa hampibebaka. Ankehitriny, tsy arakaraka ny anorenana trano fonenana sy fiangonana no mampitombo ny finoana sy ny fivavahana. Tsy tokony hiasa loha amin'ny asa fanorenana toy izany raha tsy efa voatery na hanao izany na efa manana ny ampy tanteraka amin'ny fanatanterahana azy ankalalahana. » (VD. 307, n° 2)

« Les deux principes de vie pour une maison quelconque, c'est la pauvreté et la charité. Joignez à cela la prudence qui fait que l'on ne va pas au-delà de ce qu'on peut faire, qu'il ne faut pas tenter la Providence, c'est-à-dire faire des choses au-delà de ce que nous sommes appelés à faire et dire : le bon Dieu paiera, comme l'on entend quelquefois. Alors, c'est tenter Dieu. Mais celui qui attend, qui ne fait que ce qu'il est forcé de faire, que ce qu'il peut faire, sans s'exposer, il peut aller » (VD. 321, n° 2).

« Ireto fepetra roa ho an’ny trano dia ny fahantrana, ny fifankatiavana. Ampiaraho aminy ny fahamalinana izay mitàna antsika tsy hihoa-pefy, ka haka fanahy an’Andriamanitra, izany hoe manao mihoatra izay tokony hataontsika sy nagatahina tamintsika : lazaina matetika fa Andriamanitra no hamaly soa antsika. Fitsapana fanahy an’Andriamanitra izany. Ka izay manao afa-tsy izay tokony ho vitany sy izay nangatahana hataony tsy an-kasarotana ihany no hahavita soa ny asany. » (VD. 321, n° 2)

Pour ces aménagements continuels, mobiliers et immobiliers, Antoine Chevrier a reçu l'aide de nombreuses personnes extérieures à la maison. Cette aide, comme on vient de le voir, provenait parfois de gens riches. Parmi ces gens, certains ont été toujours fidèles

Amin’ireny fandaminana mitohy ireny, fanaka sy trano, dia nahazo fanampiana avy tamin'ny olona marobe ivelan’ny ao an-trano i Antoine Chevrier. Ity fanampiana ity tahaka izay vao nahitana azy dia indraindray avy amin'ny olona mpanan-karena. Anisan’ ireny olona ireny dia maro no

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et le P. Chevrier leur a montré sa reconnaissance mais avec un souci très vif de rester libre à leur égard. Si on voulait lui imposer une manière de faire qui ne lui paraissait pas conforme à la volonté de Dieu sur le Prado, il préférait refuser sans hésitation, quelle que fût l'importance du secours offert. D'ailleurs cette attitude n'était pas seulement dictée par le souci d'agir au Prado en toute liberté, c'était tout autant pour rester libre de dire l'Évangile aux bienfaiteurs et il le faisait toujours, parfois avec une certaine rudesse. Voici par exemple comment il écrit à une bourgeoise de Lyon qui l'avait pris comme confesseur :

marina sy tsy mivadika ; naneho ny fankasitrahany azy ireny i Mompera Chevrier fa misy ahiahy mafy hijanona malalaka eo anatrahan’ izy ireny. Raha misy te-haneritery azy amin'ny fomba izay heveriny tsy mifanakaraka loatra amin'ny ny sitrapon’ Andriamanitra momba ny Prado, dia aleony mandà tsy am-pisalasalana na toy inona na toy inona ny maha zava-dehibe ny fanampiana atolotra. Ity fihetsika ity dia tsy baikon’ny ahiahy hiasa amin-kalalahana tanteraka fotsiny ao amin'ny Prado, fa dia mba hijanonana malalaka ihany koa hitory ny Evanjely amin’ ireo mpanao asa soa ary manao izany lalandava, ary indraindray amin-kafanam-po. Toa ohatra manao ahoana no nanoratany tamin’ny vehivavy mpanan-karena mipetraka any Lyon iray izay mandray azy ho mpampikofesy azy :

« Je vous remercie aussi de ce que vous avez pensé à nous et à nos enfants. Nos petites filles auraient besoin de robes, celles qu'elles ont sont déjà bien usées, vous nous ferez donc plaisir de nous en donner l'étoffe. Quant à la couronne de lumières, notre chapelle, je crois, ne peut comporter des objets qui ressentent le luxe et la grandeur. Si à la place de cet objet vous pouviez accepter l'entretien du luminaire du Saint-Sacrement pendant votre vie je préférerais et je crois que vous auriez atteint le même but » (Lettre n° 296 (278) [6] à Madame Franchet 20 mars [1866]).

« Misaotra anao koa aho ny tamin’ny nahastiarovanao anay sy ny ankizinay. Mila akanjo ny ankizivavinay madinika, izay ananany dia efa tonta, tena ho fifaliana ho anay raha mba afaka manome lamba ho an’izany ianao. Ny amin’ny haingo mirentirenty sy fahazavana, inoako fa tsy afaka mifanaraka amin’ny « Chapelle »nay. Ho solon’io zavatra io, ho faly izahay raha afaka manaiky ny fikojakojana ny jiron’ny Sakramenta Masina ianao mandritra ny fiainanao, mino aho fa ho tratranao ny tanjona. » (Taratasy faha-296 (278) [6] Ho an’i Ramatoa Franchet, 20 marsa [1866])

Et à la même, cinq ans plus tard, ces lignes :

Ary tamin’izany ihany, dimy taona tatý aoriana dia ireto andininy ireto :

« Nous avons reçu l'étoffe que vous avez eu la bonté de nous envoyer pour nos petites filles. Le choix et la qualité ont plu à tout le monde et nous vous en remercions sincèrement et moi en particulier.

« Voarainay ny lamba izay nalefanao tamim-pahatsoram-po ho an’ny ankizivavikelinay, tena mahafinaritra ny rehetra ny safidy sy ny hatsarany ary tena isaoranay feno anao, indrindra moa izaho manokana.

« Notre Première Communion n'aura lieu que dans un mois, le jour de l'Ascension. Veuillez faire une petite prière pour nos enfants, afin que ce jour soit un beau jour pour tous, pour eux et pour nous.

« Tsy hisy ny kômonio voalohany aty aminay raha tsy afaka iray volana, amin’ny andro Fiakarana, iangaviako ianao hanao vavaka kely ho an’ny ankizintsika, mba ho andro tsara ho an’ny rehetra io andro io, ho azy ireo sy ho antsika.

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« Nous ne vous oublions pas non plus dans nos prières ainsi que votre cher fils et votre époux.

« Tsy hanadino anareo koa izahay ao anaty vavakay, ary koa ho an’ny zanakao lahy malalanao sy ny vadinao.

« Les choses ont bien changé depuis quelque temps, c'est vrai. Je l'attribue à ce que nos deux rôles avaient changé depuis un an ou deux, vous n'étiez plus une pénitente et moi je n'étais plus votre confesseur. Vous aviez continuellement des reproches et des accusations à me faire, même au confessionnal ce qui n'était pas trop convenable, je le crois; toutes mes actions étaient censurées, mes intentions mal interprétées, alors cette manière de faire certainement ne pouvait ni durer ni plaire à Dieu. De mon côté je perdais mon autorité et je ne savais plus que vous dire puisque je m'attendais toujours à quelque rebroussade, je sentais ma bouche fermée et toute direction devenait impossible.

« Marina fa miova ny zavatra rehetra tao anatin’ny fotoana vitsivitsy izay. Mihevitra aho fa tanaty iray taona na roa dia niova ny andraikitra roa sahanintsika, tsy mpikônfesy intsony ianao ary izaho tsy mpampikônfesinao intsony. Manana fanomezan-tsiny sy fiampangana ahy lalandava ianao, na dia ny trano ikônfesena, tsy dia mifanentana loatra, inoako izany ; voasivana daholo ny asako, ary adika vilana ny fikasako, noho izany dia azo antoka fa ity fomba ity dia sady tsy maharitra no tsy mahafaly an’Andriamanitra ; raha ny amiko dia efa very ny fahefako ary tsy hitako intsony izay holazaina anao satria manampo fiverenan-dalana foana aho, hoatra ny mahatsapa hoe mikatona ny vavako, dia izay rehetra fitantanana nanjary tsy azo atao.

« Je crois qu'un pénitent doit être pénitent et un confesseur, confesseur, et que le pénitent doit se présenter avec soumission et humilité. Vous avez à modérer les saillies de votre esprit et à contenir votre imagination dans les bornes d'une juste modération pour pouvoir marcher dans une bonne voie. Priez donc et invoquez le Saint-Esprit afin qu'il vous éclaire de ses lumières et vous donne la charité de l'esprit comme vous avez celle du cœur » (Lettre n° 322 (304) [32] à Madame Franchet 19 avril 1871).

« Mino aho fa ny mpikônfesy iray dia tokony mpikônfesy sy mpampikônfesy, ary ny mpikônfesy dia tokony hampiseho fankatoavana sy fanetren-tena, tokony holanjalanjainao ny fiondraondranan’ny fanahinao ary hanindry ny fisainanao ao amin’ny fetry ny fahaiza-mandanjalanja mba hahazoana mizotra amin’ny lalana tsara ; mivavaha àry, ary antsoy ny Fanahy Masina mba hanazavany anao amin’ny fahavazany ary hanomezany anao ny fitiavan’ny fanahy tahak’izay ananao ny fitiavana ao am-po. » (Taratasy faha-322 (304) [32] Ho an’i Ramatoa Franchet, 19 avrily 1871)

Plus profond encore que le désir de sauvegarder la liberté apostolique il y a le désir de faire une œuvre solide appuyée sur Dieu seul.

Mbola lalina noho ny faniriana hihazona ny fahafahana hanao asana apôstôly dia misy ny faniriana hanao soa marim-pototra miankina amin’ Andriamanitra irery.

« C'est une grande erreur de dire : telle personne est riche, elle me donnera; telle personne est généreuse, elle me donnera; telle personne m'estime, m'affectionne

« Hadisoana bevava mihitsy ny hoe : ianteherako iry olona iry satria sady manan-karena izy ka hanome no mahafoy tena izy ka hanome ahy, no tia ahy izy ka homeny aho izao.

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elle me donnera. Le monde aime encore mieux son argent que vous et vos œuvres.

« Ankafizin’izao tontolo izao kokoa ny volany noho ianao sy ny asa soa ataonao.

« Ne comptons pas non plus sur les promesses que l'on peut faire, ni sur les dépôts que l'on peut nous faire, quand même on nous dit que cela nous appartiendra après leur mort.

« Aza miantehitra amin’izay fampanantenana nomena antsika velively, na izay petra-bola homena antsika, na dia voalaza ho tompony isika aorian’ny fahafatesan’ny mpanome.

« Le proverbe est vrai : un tiens vaut mieux que deux tu l'auras.

« Marina anie ity ohabolana ity é : Aleo ity ny anao toy izay ireto no ho anao rahampitso.

« Ne pas accepter les dons faits à moitié, ce n'est qu'un embarras, un souci et cela peut être aussi une occasion de gêne pour eux et pour nous.

« Aza manaiky fanomezana tapany fa mahabe sorisory sy asaloha, ary fahasahiranana na ho anao na ho azy manolotra izany.

« Il ne faut jamais s'appuyer sur des bases chancelantes.

« Aza miankina amin’ny fototra mihozongozona mihitsy.

« Il faut compter sur Dieu seul.

« Andriamanitra irery ihany ianteherana.

« Pourvu que nous fassions véritablement l'œuvre de Dieu, que nous ayons réellement la vocation de Dieu pour faire son œuvre, Dieu sera pour nous, c'est sa promesse » (VD. 320).

« Raha mbola manao marina ny asan’ Andriamanitra isika, ary tena manana marina ny antson’ Andriamanitra hanao ny asany, dia ho antsika Andriamanitra, izany no fampanantenany. » (VD. 320)

Si des riches ont aidé â bâtir le Prado, les pauvres aussi ont eu leur place et la première place.

Raha nanampy tamin'ny fanorenana ny Prado ny mpanan-karena, dia nanana ny anjara toerany ny mahantra ary dia ny toerana voalohany izany.

« Le prêtre qui travaille pour Dieu sera d'abord nourri et entretenu par les pauvres et puis après viendront les riches, c'est la règle » (VD. 309).

« Ampisakafoin’ny mahantra sy karakarainy aloha ny Pretra miasa ho an’Andriamanitra, izay vao manaraka ny mpanan-karena, fitsipika io. » (VD. 309)

Cette pensée d'Antoine Chevrier vient de l'expérience, d'une expérience confirmée par la méditation de l'Évangile. Tout un monde populaire s'est activé autour du Prado pour aider de tout son pouvoir cette maison. C'est le signe que ces gens s'y reconnaissaient, c'était leur affaire.

Ity eritreritr’i Antoine Chevrier ity dia avy amin'ny traik’efa iray voamarin’ ny fandinihana ny Evanjely. Tontolom-bahoaka iray manontolo mihitsy no nihetsika nanodidina ny Prado mba hanampy tamin'ny heriny rehetra ity toerana ity. Izany no famantarana fa fantatr’ireny olona ireny izy ary raharahany ity.

« Un simple ouvrier n'ayant que son travail pour

« Mpiasa tsotra iray tsy manana afa tsy ny asa fanaony

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unique ressource, apportait chaque semaine pour trois francs de pain au Prado. Ce pain était acheté à Saint-Clair chez un de ses amis boulanger peu achalandé, à qui il, voulait faire gagner quelque chose, puis apporté, non sans fatigue, de ce quartier éloigné jusqu'au Prado » (P. I, 93).

no hany fidiram-bolany dia nividy mofo 3 francs sy nitondra isan-kerinandro tany amin'ny Prado. Vidina tany Saint Clair (tanàna anankiray) tao amin'ny namana mpanao mofo tsy be entana loatra io mofo io, namana izay tiany ahazoana zavatra, ary entina tsy mahavizana hatranyy amin’io fokontany lavitra ny Prado io » (P. I, 93).

« Si les largesses de M. Froissard, de M. Revol et d'autres bienfaiteurs insignes avaient servi à installer le Prado, les pauvres donnèrent beaucoup. Une pauvre concierge de la Grand'Rue donna tout ce qu'elle avait, 400 F. Une brave fille nommée Benoîte apportait tous les dimanches ses économies de la semaine et nous emportait un paquet de linge sale qu'elle nous rendait propre le dimanche suivant. Elle faisait chaque dimanche 8 ou 10 km pour faire cette bonne œuvre. Elle mourut au Prado.

« Raha ny fahalalan-tenan’ Atoa Frassard, Atoa Revol sy ireo mpnanao asa soa hafa malaza no niasa hanorenana ny Prado, nanome betsaka ny mahantra. Vehivavy mpiandry trano mahantra iray tao amin'ny Grand’Rue dia nanome izay rehetra nananany, 400 Francs. Zazavavy mahery fo nantsoina hoe Benoîte dia nitondra ny tahiriny isan-kerinandro sy isan’alahady nitondra ny fanasana lamba natolony izay naveriny ny alahady manaraka. Nahavita valo na folo kilaometatra isan’alahady izy mba hanaovana ity asa soa ity. Maty tao amin'ny Prado izy.

« Notre Soeur Élisabeth, dans le monde Mlle Florine Arnaud, ouvrière en soie, après avoir tout donné, imagina de rester toute la journée sans manger. Elle ne faisait qu'un seul repas qu'elle prenait au Prado le soir avant la prière. De cette manière elle n'avait que son loyer à payer. Combien cela dura-t-il? Je ne m'en souviens pas, mais cela dura bien quelques mois. Après nous lui faisions emporter un morceau de pain et de fromage pour le lendemain matin. Mais voyant que cela continuait le Père crut devoir la prendre â la maison. Elle nous rendit de très grands services » (P. I, 165).

« Ny anabavinay Elisabeth, Rtoa kely Florine Arnaud, mpiasa ao amin'ny fanaovana lasoà, rehefa avy nanome ny zavatra rehetra, dia nieritreritra ny hijanona tontolo andro tsy hihinana na inona na inona, tsy manao afa-tsy sakafo iray izay haniny ao amin'ny Prado ny hariva alohan’ny vavaka. Amin’izay fomba izay tsy misy afa-tsy ny hofan-tranony no aloany. Hatramin’ny hafirina no haharetan’izany ? Tsy tadidiko. Fa naharitra am-bolana vistivitsy izany. Dia asainay mitondra tapa-mofo sy fromazy izy ho an’ny ampitso maraina. Nefa rehefa hitany fa nitohy izany, dia nieritreritra ny handray azy ao an-trano i Mompera. Nanome tanana anay izy » (P. I, 165).

« Voilà un an qu'il y a toujours eu au Prado 35 à 40 personnes comptant entièrement sur la Providence, elle ne nous a pas manqué.

« Iray taona izao dia nisy olona 35 hatramin’ny 40 niantehitra tanteraka tamin’ Andriamanitra, tsy mbola banga tao aminay izy.

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« Dieu s'est servi des, pauvres pour nous nourrir… le tronc de la chapelle, les aumônes volontaires,

« Nampiasain’ Andriamanitra  hamelomana anay ny mahantra, ny vatan’ny sapely, ny fanomezana an-tsitrapo,

« Dans nos besoins nous avons trouvé de généreux désintéressements : une bonne dame ouvrière nous a envoyé son peigne en argent, une autre ouvrière nous a donné ses couverts en argent, une bonne journalière s'est dépouillée de tout ce qu'elle avait pour les pauvres enfants et nous a donné en plusieurs fois jusqu'à 600 F, c'était toute sa fortune.

« Tao amin'ny filanay dia nahita olona tsy mpanararaotra tsara fanahy izahay : vehivavy mpiasa mahafinaritra iray no nandefa ny fihogony volafotsy ho anay, mpiasa vavy isan’andro tsara fanahy iray no nandany ny fananany rehetra ho an’ny ankizy mahantra ary nanome hatramin’ny 600 Francs imbetsaka ho anay, fanany rehetra izany.

« Une bonne ouvrière en soie, heureuse de participer à la bonne œuvre, vint nous dire un jour que chaque jour elle ferait un demi-mètre d'ouvrage de plus pour nous et elle n'oubliait pas sa promesse, elle apportait de temps en temps son offrande en beurre, en pain, en vêtements qu'elle nous achetait.

« Mpiasa vavy tao amin'ny lasoa tsara fanahy iray, sambatra erý mandray anjara amin'ny asa soa, tonga niteny taminay indray andro fa antsasa-metatra amboniny amin'ny asa fanaony isan’andro ho anay izy ary tsy nadinony izany fampanantenany izany, indraindray dia dibera no ataony fanomezana, mofo, fitafiana, izay novidiny ho anay.

« Une bonne dame, pour contribuer à la bonne œuvre, fait la quête chez ses connaissances et nous apporte presque chaque jour une petite aumône qu'elle a recueillie chez de braves gens.

« Mba handraisana anjara amin'ny asa soa, dia nisy madama tsara fanahy iray mananty rakitra eny amin'ny olom-pantany ary saika mitondra fiantrana kely isan’andro izay azony avy amin'ny olona tsara fanahy.

« Un jour il me fallait 400 F pour payer les ouvriers; je me présente chez un bon monsieur qui, ayant pitié de nous, nous les donne immédiatement.

« indray andro nila 400 Francs aho handoavana ny mpiasa ; nandeha niseho tany amin'ny lehilahy iray tsara fanahy izay nalahelo anay ary nanome izany avy hatrany.

« Ce sont les pauvres et les ouvriers qui jusqu'ici nous ont nourris » (R. 257-258).

« Ny mahantra sy ny mpiasa hatreto no namelona anay » (R. 257-258).

Après cela on mesure davantage le poids de ces paroles :

Rehefa izany dia norefesina hatrany ny lanjan’ireto teny ireto :

« Il vaut mieux un sou offert librement que mille francs donnés avec peine.

« Aleo sosoa arahin-tsetsetra, toa izay matavy arahin-dromoromo : aleo vola omena am-pahatsorana, toy izay arivo arahin'alahelo.

« Si nous sommes véritablement pauvres, on nous estimera plus et on nous donnera plus; ne fatiguons pas les fidèles par nos demandes importunes et réitérées.

« Raha tena mahantra marina isika, dia ho be mpankasitraka kokoa, ary ho be mpanome kokoa. Aza mandreraka ny Kristianina amin'ny fangatahan-java-dehibe tsy misy farany.

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Le pauvre véritable souffre et ne demande que le nécessaire que le bon Dieu ne refuse pas » (VD. 521).

« Ny tena mahantra marina anie mijaly e, nefa tsy mangataka afa-tsy izay tena ilainy, dia omen'Andriamanitra azy izany. » (VD. 521)

On songe au regard du Christ sur la veuve qui donne son nécessaire, « tout ce qu'elle avait pour vivre ». Jésus apprend aux disciples à mesurer la densité décisive du geste de cette femme dont l'offrande apparaît si négligeable par comparaison avec l'offrande importante des riches (cf. Mc 12, 41-44).

Eritreretina ny fijerin’i Kristy ilay mananotena izay nanome ny ilainy », « izay rehetra namany mba hivelomana ». mampianatra ny mpianatra i Jesoa hamatra ny lanjan’ny fihetsik’ity vehivavy ity ka toa notsinontsinoavina ny fanomezana nataony raha oharina amin'ny fanomezana mavesa-danja nataon’ny mpanan-karena (cf. Mc 12, 41-44).

Antoine Chevrier a fait sien ce regard. Tandis qu'il refuse la « couronne de lumière » que lui offre une bourgeoise de Lyon pour la chapelle, il recommande au sacristain le petit lustre en verre qui orne cette chapelle :

Nataon’i Antoine Chevrier ho azy io fijery io. Raha nandá ny « satroboninahitry ny hazavana » izay nomen’ny vehivavy manan-kaja iray tany Lyon ho an’ny sapely izy, dia nanafatra kosa ny « lustre », jiro mihantona kely vita amin'ny vera tamin'ny mpiandry fiangonana izay manaingo ity sapely ity :

« Ayez bien soin de ce lustre, il est très précieux par son origine, c'est un souvenir que je dois à la charité d'un pauvre ouvrier cristallier, qui a pris sur ses nuits pour le fabriquer » (P. IV, 155).

« Tandremo tsara io jiro io, tena sarobidy izy noho ny fiaviany, fahatsiarovana izay azoko tamin'ny fitiavana avy amin'ny mpiasa mahantra ao tamin'ny fanaovana kristaly, izay nandany ny aliny hanaovana azy » (P. IV, 155).

Il ne s'agit pas seulement d'éviter de faire de la peine aux pauvres auxquels il ne faut pas donner l'impression qu'on méprise leurs offrandes. Il s'agit d'apprécier toutes choses selon la réalité la plus véritable. Pour l'œuvre de Dieu seule compte la densité spirituelle de ce que nous faisons et cette densité apparaît mieux au sein de la pauvreté qu'au sein de la richesse. C'est pourquoi il y a une telle convenance, une connivence, entre pauvreté et ministère sacerdotal.

Tsy hoe misoroka fotsiny ny fahasahiranan’ny mahantra no tsy tokony hisehoano fa tsy tiana ny fanomezana nomeny. Tokony ankasitrahana ny zavatra rehetra arakaraka ny zava-misy tena izy. Eo amin'ny asan’ Andriamanitra ny havesatry ny ara-panahy no misy dikany eo amin’ izay ataontsika ary ity lanjany ity dia miseho tsaratsara kokoa eo anivon’ny fahantrana toy izay ao amin'ny fananan-karena. Izany no mampisy fanentanana iray, tsikombakomba iray eo amin'ny fahantrana sy ny ministeran’ny pretra.

« Quelle liberté, quelle puissance donne au prêtre cette sainte et belle pauvreté de Jésus Christ!

« Fahafahana anie izany é ! ary fahefana manao ahoana no azon’ny pretra avy amin’ny fahantrana, soa sy masin’i Jesoa Kristy !

« Quelle force il acquiert pour lutter contre les vices du monde!

« Hery tsy hita navanavana no entiny hanoherana ny toe-dratsin’izao tontolo izao.

« Quel exemple il est pour le monde, ce monde qui

« Ohatra velona tsy hita noanoa no omeny an’izao tontolo izao,

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ne travaille que pour l'argent, qui ne pense qu'à l'argent, qui ne vit que pour l'argent!

dia izao tontolo izao tsy miasa raha tsy ho an’ny vola, tsy mihevitra afa-tsy vola, tsy miaina raha tsy ho an’ny vola.

« Et à côté de ce monde matériel, sensuel, un homme tout spirituel, qui ne vit pas pour la terre, qui méprise l'argent et les biens de ce monde, qui ne veut rien de ces choses de la terre et qui dit au monde : garde ton or et ton argent, mon trésor est dans le ciel, ma vie, c'est Jésus Christ.

« Ary eo akaikin’io tontolon’ny nofo sy ny tany io, olona iray entanim-panahy, tsy miaina ho an’ny tany, manamavo ny vola sy ny haren’izao tontolo izao, tsy mila na tamingany iray aza amin’ny fananan’ny tany, afa-milaza amin’izao tontolo izao hoe : Tano ho anao ny volamenanao sy ny volafotsinao, fa ny ahy dia any an-danitra no misy ny rakitro, ny fiainako, dia i Jesoa Kristy.

« Qui se contente du strict nécessaire, qui ne demande rien à personne, qui ne travaille que pour Dieu seul, ne se dispute pas, ni pour sa robe, ni pour son manteau; qui laisse emporter son manteau et ne redemande pas ce qu'on lui a pris; et qui s'abandonne entre les mains de la divine Providence.

« Izay afa-mihanina amin’izay tena ilainy indrindra, tsy mangata-poana amin’olona, fa miasa ho an’Andriamanitra irery, tsy miady ho an’ny akanjony, na ny lambany ; fa mahafoy ny lambany ary tsy mitaky izany amin’izay nandrobaka azy taminy, ka manankin-tena amin’ny fitondran’Andriamanitra.

« Qu'il est beau! qu'il est grandi qu'il est admirable cet homme!

« Mahasondriana ny mijery azy, sady ranjanana no matanjaka no tsara bika ! Olona anie izany é ! Maha-te ho tia mihitsy !

« Et comme le monde doit se retourner en le voyant et admirer en lui la puissance de la foi, de l'amour et de la confiance en Dieu.

« Mampiverin-dàlana an’izao tontolo izao mihitsy ny fijerena azy mba hankamamiana ny herim-pinoana ao aminy, ny fitiavana ombam-pitokisana an’Andriamanitra.

« Où sont-ils ces hommes, ils feront des choses admirables, dit la Sagesse » (VD. 322).

« Aiza re no misy ireny olona ireny fa hanao zava-mahagaga izy ireny hoy ny Fahendrena. » (VD. 322)

Antoine Chevrier est donc à l'œuvre, prêtre pauvre parmi les pauvres qui le regardent comme un des leurs. Reconnaissons volontiers qu'il figure parmi les précurseurs qui ont vécu à cette époque. Cependant, pour ne pas interpréter sa vie à contresens, il faut signaler une lacune.

Noho izany dia miasa tsara i Antoine Chevrier, pretra mahantra eo amin’ny mahantra izay mijery azy toa ny iray aminy. Andao ho ekentsika an-tsitrapo fa hita an’isan’ny mpialoha lalana izay niaina tamin’ izany fotoana izany izy. Nefa mba hilazana ny fiainany ho toy ny mpanohariana dia tsy maintsy ambara ny banga iray.

Les pauvres que connaît Antoine Chevrier sont pour la plupart des ouvriers et l'on peut dire qu'il est plongé dans le peuple ouvrier de la Guillotière. Il connaît ce

Ny mahantra fantatr’i Antoine Chevrier ny ankamaroan’ny mpiasa ary azo lazaina aza fa tafalatsaka tao anatin’ny vahoaka mpiasa tao ny Guillotière izy. Fantany io

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peuple, sa valeur, sa générosité et ses misères, son incroyance. Il aime et il estime ce peuple dont il partage les aspirations à la justice :

vahoaka io, ny lanjany, ny hatsaram-pony ary ny fahantrany, ny tsy finoany. Tiany sy hajainy io vahoaka io izay izarany ny hetaheta ny fahamarinana :

« Soyons larges avec l'ouvrier qui travaille; il a bien ses peines; on ne paie jamais assez les sueurs de l'ouvrier et du pauvre » (VD. 302, n° 2).

« Malalaha tànana amin’ny mpiasa manao ny asany ; manao ny ainy tsy ho zavatra izy ary mba mijaly koa. Tsy ho voavidim-bola na oviana na oviana ny hatsembohan’ny mpiasa sy ny mahantra. » (VD. 302, n° 2)

Tout cela est d'ailleurs essentiel.

Izany rehetra izany anefa no tena ilaina.

Le P. Chevrier sait aussi que le peuple ouvrier est républicain et il évite de se poser en bonapartiste ou en monarchiste. Cependant il n'a pas de contact direct avec « le mouvement ouvrier ». Ce n'est pas surprenant. Le contraire serait quasi miraculeux, étant donné son histoire personnelle et l'histoire du mouvement ouvrier.

Fantatr’i Mompera Chevrier koa fa vahoaka repoblikanina ny vahoaka mpiasa ary sorohiny ny hiseho « Bonapartiste » na mpankasitraka ny fanjakan’olona tokana. Na izany aza tsy manana fifandraisana mivantana amin'ny fihetsiketsehan’ny mpiasa izy. Tsy mahagaga izany. Ny mifanohitra amin’ izany no saika hahagaga. Araka ny tantarany manokana sy ny tantaran’ny fihetsiketsehan’ny mpiasa.

Les jeunes qui habitent la maison du Prado, les gens de la Guillotière et d'ailleurs qui fréquentent assidûment la chapelle, ceux qu'il faut aller voir chez eux, ceux qui viennent demander secours ou conseil, tous ces gens suffisent à absorber l'activité du P. Chevrier. Mais ce monde, qui représente malgré tout un milieu assez restreint, n'absorbe pas toutes ses préoccupations. Sa pensée va au-delà, bien au-delà de ce cercle. Il s'agit d'évangéliser un monde et pour cela il faudrait former des équipes apostoliques nombreuses. La pensée principale du P. Chevrier est de faire naître un groupe de prêtres pauvres pour annoncer l'Évangile aux pauvres.

Ny tanora izay mipetraka ao amin'ny tranon’ny Prado, ny mponin’ny Guillotière ary ireo izay mandeha matetika any amin'ny sapely rahateo, ireo izay tsy maintsy jerena any an-trano sy ireo izay tonga mangataka fanampiana na torohevitra ireo olona rehetra ireo dia efa ampy handray ny asan’i Mompera Chevrier. Fa kosa ny olona izay ao anatin’ny fiaraha-monina somary tsy mivelatra, tsy mandray ny asa sahaniny rehetra. Lasa any an-koatra, any an-koatra lavitr’io fiaraha-monina io ny eritreriny. Ny mitory ny Evanjely ho an’ izao tontolo izao ary tsy maintsy hanofana ekipa apôstôlika maro. Ny vaindohan’ny eritreritr’i Mompera Chevrier dia ny hanorina fikambanana pretra mahantra mba hitory ny Evanjely amin'ny mahantra.

Des collaborateurs et collaboratrices viennent puis s'en vont; d'autres les remplacent. Ils viennent pour travailler auprès des jeunes du Prado. Ils assurent des services matériels ou participent directement à l'éducation et à l'enseignement catéchétique. Aucun d'eux ne partage vraiment les intentions essentielles d'Antoine

Tonga lasa ny mpiara-miasa lahy sy vavy, misy hafa nisolo azy ireo. Tonga hiasa miaraka amin'ny tanora ao amin'ny Prado izy ireo. Manao asa ara-materialy na mandray anjara mivantana amin'ny fanabeazana na ny fampianarana fandalinam-pinoana. Tsy misy na iray amin’ izy ireo no tena miombona tanteraka amin'ny tena vaindohan’ny fanirian’i Antoine

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Chevrier, mais celui-ci les accepte avec leur bonne volonté et leurs déficiences et il s'efforce de les mettre à l’œuvre en tenant compte de leurs capacités propres et de leurs limites. Il y réussit tout de même assez bien mais c'est au prix d'une pratique héroïque de la patience.

Chevrier, fa eken’ity farany izy ireo noho ny fandavan-tenany tsara sy ny tsy fahampian-tsainany ary miezaka izy hampanao azy ireo ka manaja ny fahaizan’ny tsirairay sy ny fetran’ny fahaizany. Tafavoaka tsaratsara amin’ izany ihany anefa izy fa toy inona hay ianao ny fanehoana an-kerim-po ny faharetana. Nampanantena azy bebe kokoa ny fihaonana iray.

Une rencontre lui fait espérer davantage. Il est entré en relation avec un prêtre du diocèse de Lyon, André Gourdon, et il se sent compris. Il parle à cœur ouvert :

Tafiditra tamin'ny fifandraisana tamin'ny pretran’ny diosezin’i Lyon iray izy dia André Gourdon, nahatsapa ho azon’ny olona izy. Niteny tamin'ny fo mazava izy :

« Ce beau mystère de l'Incarnation qui a touché votre cœur est bien vraiment le fondement de notre zèle, de nos actions et un grand motif de nous humilier devant Dieu. C'est ce mystère qui m'a amené à demander à Dieu la pauvreté et l'humilité et qui a fait que j'ai quitté le ministère pour pratiquer la sainte pauvreté de Notre Seigneur. Je désire et demande tous les jours à Dieu qu'il veuille bien remplir les prêtres de l'esprit de Jésus Christ et que nous ressemblions de plus en plus à Jésus notre Divin Modèle, le grand modèle des prêtres » (Lettre n°52 (49) [1] à Monsieur l’Abbé Gourdon, [1865]).

« Io mistery mahafinaritra mirakitra ny Teny tonga nofo io, izay nahatohina ny fonao io no tena orimbato iorenan’ny zotom-po manentana antsika, mbamin’ireo ezaka samihafa ivelomantsika, ka azo lazaina ho antony lalina mahatonga antsika hanetry tena eo anoloan’Andriamanitra. Io mistery io indrindra no nanainga ahy hangataka amin’Andriamanitra ny fahantràna sy fanetrentena, ary nahatonga ahy hiala teo amin’ny andraikitra maha-mpisorona efa nahazatra, mba hirotsaka hiaina ny fahantràna masina hita ao amin’i Jesoa Tompontsika. Maniry dia maniry aho sady mangataka isan’andro amin’Andriamanitra mba hamenoany ao amin’ireo pretra ny Fanahin’i Jesoa Kristy ary mba hitovizantsika endrika bebe kokoa amin’ilay Andriamanitra nanjary ohatra velona ho antsika, sady fakan-tahaka lehibe ho an’ny pretra. » (Taratasy faha-52 (49) [1] Ho an'i L'Abbé Gourdon, [1865])

« Oh! que le bon Dieu a besoin de bons prêtres pauvres, c'est là ce que je rêve et désire ardemment depuis plus de dix ans, qu'il y ait de bons prêtres dans les paroisses, tout est là. Le bon prêtre apporte avec lui toutes les réformes, toutes les conversions, tout ce qu'il faut pour les âmes. Attachez-vous à ce but principal d'avoir de bons confrères, prêtres pauvres selon Dieu, et vous aurez tout ce qu'il faut, le reste n'est rien » (Lettre n°53 (50) [2] à Monsieur l'Abbé Gourdon, 28 août 1865).

« Eny tena mila pretra tsara fanahy sady mahantra tokoa Andriamanitra. Io no tena nofinofiko sy faniriana miredareda tato amiko efa mahery ny 10 taona izao. Ny mba hisian'ny pretra maro tsara fanahy ao amin'ny paroasy ary dia ho tanteraka ny zava-drehetra. Mitondra miaraka aminy ireo fanovana fibebahana rehetra ilaina ho an'ny fanahy ny pretra tsara fanahy. Mifahara ary ianao ao amin'ny tanjona lehibe mba hananana mpiara-miasa tsara fanahy, pretra mahantra araka an'Andriamanitra io, ary dia ho azonao daholo izay rehetra ilaina, fa tsinontsinona ihany ny sisa rehetra. » (Taratasy faha-53 (50) [2] Ho an'i L'Abbé Gourdon, 28 Aogositra 1865)

On forme des projets, on fait des démarches auprès de l'archevêché mais rien n'aboutit. D'une part à l'archevêché on ne comprend pas les intentions profondes

Manao tetik’asa ny olona, manao fiangaviana any amin'ny arseveka fa tsy misy na inona na inona tody. Etsy andaniny any amin'ny  diosezy tsy azon’ny olona ny faniriana lalina

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du P. Chevrier et on ne veut pas lui adjoindre un homme de valeur pour un travail qui semble si exigu. D'autre part l'abbé Gourdon n'avait peut-être pas une intention assez ferme pour quitter un chemin assuré et se lancer dans l'aventure. Pour répondre à un appel de Jésus Christ, « il faut encore une grande énergie de volonté » (VD. 127).

tao amin’i Mompera Chevrier ary tsy misy te-hanome azy olona manan-danja, lefitra ho an’ity asa izay toa tery ity. Etsy andaniny ny Abbé Gourdon angamba tsy manana faniriana hentitrentitra hiala ny lalana azo antoka iray ka hiantoraka any amin'ny fiririavana. Mba hamaliana ny antson’i Jesoa Kristy, dia « mbola tsy maintsy mila herin’ny finiavana » (VD. 127).

Ceci se passait vers 1865. A cette même époque un autre projet d'Antoine Chevrier arrive à maturité et va se réaliser. Il voit qu'il ne peut pas se contenter d'accueillir des prêtres qui accepteraient de se joindre à lui. Il songe à donner une formation appropriée à des enfants ou des jeunes gens issus du monde populaire et destinés au sacerdoce. Ces jeunes deviendront aptes au ministère et seront utiles à l'Église. Certains donneront peut-être les signes d'une vocation semblable à la sienne et seront alors les prêtres des pauvres dont il rêve. En somme, il s'agit d'instituer un séminaire particulier.

Teo amin'ny 1865 no niseho ity. Tamin’ity fotoana ity ihany dia nisy tetik’asa iray hafan’i Antoine Chevrier izay tonga teo amin'ny famatorana ary efa ho tanteraka. Hitany fa tsy afaka hionona fotsiny handray pretra izay hanaiky hiaraka aminy izy. Nilaina ny hanome fiofanana mifanentana amin'ny ankizy na ho an’ny tanora avy amin'ny fiarahamonim-bahoaka ary voatendry ho amin'ny asan’ny pretra. Hanjary ho afaka ho amin'ny fiangonana sy ilain’ny Eglizy izy ireo. Ny maromaro angamba haneho ny famantarana antso mitovy amin'ny azy ary ho pretra mahantra arak’izay amin'ny isainany azy. Amin'ny ankapobeny dia fanorenana seminera iray manokana izany.

Cette idée effraye Antoine Chevrier qui se sent très mal préparé pour entreprendre pareille chose. La crainte est si forte en lui qu'il éprouve le besoin de se confier :

Nampatahotra an’i Antoine Chevrier izay mahatsapa tena tsy voa omana tsara ny hanao ity zavatra toy izao ity. Mafy loatra ny tahotra tao aminy hany ka mahatsapa filàna hiresaka amin’olona izy :

« Je sens tellement mon impuissance, mon incapacité, que je dis souvent au bon Dieu : Mon Dieu est-ce que vous ne vous êtes pas trompé en mettant à la tête d'une grande Œuvre un pauvre être aussi chétif que moi? Je suis si pauvre, si pécheur, si ignorant, que vraiment si le bon Dieu n'envoie pas quelqu'un pour faire son ouvrage il ne peut que périr. Que de qualités, que de vertus il faut pour établir quelque chose, pour faire

« Tena tsapako tokoa ny tsy fananako hery sy ny tsy fahaizako ka ilazako matetika amin'Andriamanitra hoe : Andriamanitra ô ! tsy mamita- tena ve ianao amin'ny hametrahanao eo an-tampon'ny asa iray lehibe, olona mahia sy saozanina toa ahy, tena mahantra, mpanota tsy mahalala na inona na inona aho ka raha tsy mandefa olona iray hanao ny asany Andriamanitra, dia ho lo izany asa izany. Hatsaran-toetra toy inona, hatsaram-panahy manao ahoana no ilaina mba ahafahana

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bien comme il faut l’Œuvre de Dieu. Je sais bien que Dieu choisit ceux qu'il veut et les plus petits et les plus pauvres souvent pour manifester sa gloire et sa puissance et que tout le monde puisse bien dire : c'est bien Dieu qui a fait cela; mais il faut aussi que ce pauvre être corresponde bien à la grâce; il faut qu'il soit un homme de prière et de sacrifices et je sens que je résiste toujours à la sainte volonté de Dieu, que je retarde son Œuvre. Il me faudrait quelqu'un là, constamment à côté de moi qui me pousse et me rappelle ce que je dois faire. Que je suis malheureux! que je suis à plaindre! Si je ne fais pas ce que le bon Dieu veut, quelle responsabilité, quel jugement, quelle condamnation pour moi! Pendant bien des années je disais au bon Dieu : Mon Dieu, si vous avez besoin d'un pauvre, me voilà, si vous avez besoin d'un fou, me voilà et je sentais que j'avais la grâce pour faire tout ce que le bon Dieu aurait demandé de moi, et maintenant qu'il faudrait agir je suis paresseux, je suis lâche. Oh! s'il n'y a pas des âmes qui prient pour moi, qui me poussent, je suis perdu. Si le bon Dieu m'envoyait un bon confrère, qui comprit bien l’Œuvre de Dieu, alors je me sentirais plus de courage, plus de force, mais seul, toujours seul, je sens que je n'ai pas la force ou il faudrait une grâce extraordinaire que je n'ai pas encore méritée car les grâces de Dieu il faut les acheter et pour acheter les grâces de Dieu on ne saurait trop faire, surtout quand elles doivent contribuer au salut des âmes et [à] la Gloire de l'Église.

mametraka zavatra iray, manantanteraka an-tsakany sy an-davany arak'izay takiana amin'ny asan'Andriamanitra, fantatro tsara fa mifidy izay olona tiany Andriamanitra ary ny madinika sy ny mahantra indrindra matetika no anehoany ny voninahiny sy ny heviny ka mba ho afaka ny hanambara ny rehetra hoe : Tena Andriamanitra mihitsy no nanao an'izany, kanefa dia tsy maintsy mifanaraka tsara amin'ny fahasoavana, izany olona izany, tsy maintsy olona tia fivavahana sy feno fanoloran-tena izy, tsapako fa manohitra mandrakariva ny sitrapo-masin'Andriamanitra aho ary mampitarazoka ny asany. Mila olona iray mitoetra mandrakariva eo anilako aho, manosika sy mampahatsiahy ahy izay tokony hataoko, tena malahelo sy tena mitaraina aho, raha tsy manao izay andraikitra tian'Andriamanitra ataoko. Ho fitsarana manao ahoana, ho fanamelohana toy inona izany ho ahy. Nandritra ny taona maro aho no efa nilaza tamin'Andriamanitra hoe Ry Andriamanitra ô ! Raha mila olona mahantra ianao, inty aho, raha mila adala ianao, inty aho ary tsapako fa manana ny fahasoavana hanao izay rehetra angatahin'Andriamanitra amiko aho, koa ankehitriny tonga ity ny fotoana izay tokony hiasana, tena kamo sy kanosa aho. Indrisy raha tsy misy fanahy maro izay mivavaka ho ahy, manosika ahy dia very aho, raha mandefa rahalahy mpiara-miasa anankiray izay mahalala tsara ny asan'Andriamanitra dia hahazo hery tokoa aho amin'izay, hanan-kery kokoa, fa dia irery, irery eny foana, tsapako fa tsy manana hery aho ka mila fahasoavana lehibe sy mahagaga izay mbola tsy mendrika akory ny fahasoavan'Andriamanitra, satria tsy maintsy vidina izy ireny ary mba hividianana ny fahasoavan'Andriamanitra dia tsy fantatsika loatra izay hatao, indrindra raha tsy maintsy miaraka amin'ny famonjena ny fanahy sy ny voninahitry ny Eglizy izy.

« Pardon, chère enfant, si je vous parle si ouvertement et que je vous dévoile un peu la tristesse de mon âme, mais c'est afin que je puisse trouver en vous une âme

« Miala tsiny aho ry zanako malala raha miteny aminao amin-kitsimpo toy izany ary mamosaka tsikelikely koa ny alahelon'ny fanahiko, izany dia mba hahafahako mahita ao aminao fanahy iray

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qui prie et qui m'aide à accomplir la sainte volonté de Dieu, car si Dieu a fait le Prado ce n'est pas certainement pour me donner une propriété de cent mille francs, qu'ai-je à en faire? J'ai tout donné à Dieu et je ne lui ai demandé que la Sainte Pauvreté pour héritage, il y a donc quelque autre chose. Eh bien! aidez-moi à faire ce que le bon Dieu demande, surtout cette œuvre de prêtres pauvres pour les paroisses » (Lettre n° 295 (277) [5] à Madame Franchet [1865]).

izay mivavaka sy manampy ahy mba hanatontosa ny sitrapo-masin'Andriamanitra, satria raha nanao an'i Prado Andriamanitra dia tsy ny hanomezana ahy fananana mitentina 100.000 francs mihitsy akory izany, ataoko izany fa nomeko an'Andriamanitra daholo ny zava-drehetra ary tsy nangataka taminy afa-tsy ny fahantrana masina ho lova aho, koa misy zavatra hafa àry izany. Koa ampio àry aho hanao izay angatahan'Andriamanitra, indrindra ny amin'ity asan'ny pretra mahantra ho an'ny paroasy ity. (Taratasy faha-295 (277) [5] Ho an’i Ramatoa Franchet, [1865])

L'idée n'est pas entièrement nouvelle. Soeur Marie le dit clairement :

Tsy vaovao manontolo ny hevitra milaza izany; mazava izany hoy i Masera Marie :

« La création d'une école pour la formation des prêtres était la pensée première du P. Chevrier, mais il n'a pu la réaliser qu'à partir de 1865 » (P. I, 148).

« Ny fanorenana sekoly iray ho an’ny fanofanana pretra dia hevitra voalohany teo amin’i Mompera Chevrier, nefa tsy afaka nanatanteraka izany izy raha tsy nanomboka tamin’ny 1865» (P. I, 148).

Disons qu'à partir de 1865, il ne peut plus retarder la réalisation d'une idée qui s'impose à lui de plus en plus et qui en même temps lui parait plus que jamais déborder sa capacité.

Andao ho lazaina fa nanomboka tamin'ny 1865, dia tsy afaka nampihemotra intsony ny fanatanterahana hevitra iray izy izay manery be azy ary izay toa heveriny fa mihoatra ny fahaizany.

Quels conseils ultimes ont pu l'aider à prendre la décision? Nous ne savons pas. Deux choses sont certaines.

Inona ary no torohevitra farany afaka nanampy azy handray fanapahan-kevitra ? Tsy fantatsika. Zavatra roa no azo antoka.

D'une part, il ne remettra jamais en cause la décision de fonder un séminaire. S'il reste persuadé de la disproportion entre la grandeur de l'entreprise et la petitesse de ses moyens, il reste paisible. Il écrira des lettres douloureuses mais on ne retrouvera plus le ton un peu gémissant de la lettre ci-dessus. De tels gémissements peuvent n'être que des « raisonnements ».

Andaniny iray : tsy hozongozoniny mihitsy ny fanapahan-kevitra hanorina seminera izany. Raha resy lahatra ny amin'ny tsy fitoviana eo amin'ny fahalebiazan’ny fanorenana sy ny hakelin’ny entiny manana izy, dia mijanona mangina. Hanoratra taratasy feno alahelo izy fa tsy hita intsony ilay feo mitoloko teo amin'ny taratasy etsy ambony. Ny toloko toy izany manko tsy inona fa mety ho fisainana ihany.

D'autre part il a dit à quels signes il avait reconnu la volonté de Dieu. Il s'en explique dans une lettre à André

Etsy ankilany, nilaza izay namantarany ny sitrapon’ Andriamanitra izy. Manazava izany izy ao anaty taratasy ho an’i André

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Gourdon, écrite quand on espérait que celui-ci pourrait venir au Prado :

Gourdon, nosoratany rehefa nantenaina fa mety ho tonga any amin'ny Prado ity olona ity :

« Que la sainte volonté de Dieu s'accomplisse en toutes choses, en nous comme dans tous les hommes de la terre. Si le bon Dieu le permet, venez, je serai heureux de pouvoir contribuer à une œuvre que je chéris et que je désire depuis bien des années.

« Aoka ho tanteraka amin’ny zavatra rehetra sy eo amintsika, toy ny eo amin’ny olona maro eto ambonin’ny tany anie ny sitrapon’Andriamanitra. Raha mamela izany Andriamanitra, dia tongava ianao fa ho faly tokoa aho ho afaka ny handray anjara amin’ny fanatontosana asa iray izay tena tiako sy efa niriako nandritra ny taona maro.

« La Providence semble faciliter cette réunion et même le demander. J'ai au Prado un endroit pour loger ceux qui voudraient travailler à l'œuvre, et ce sera avec d'autant plus de plaisir que j'ai quatre élèves que je suis obligé d'envoyer dans une école cléricale de Lyon n'ayant pas de professeur ici, et combien je serais heureux de les avoir continuellement à la maison pour leur donner cet esprit de simplicité et de pauvreté qui doit être notre but principal.

« Toa nanamora izao fivoriana izao ary toa nangataka fanamorana mihitsy aza ny fitondran’Andriamanitra. Manana toerana aho ato amin’ny Prado ahafahako mandray ireo izay rehetra maniry hiasa ao amin’ny Asan’Andriamanitra, ary amin’izany indrindra, dia fifaliana ho ahy tokoa ny  fananako mpianatra efatra izay tsy maintsy nalefako any amin’ny sekolim-pinoana any Lyon, satria tsy manana mpampianatra aho eto, ary dia ho fahasambarana ho ahy tokoa ny fananako azy ireo eto an-trano mandava-taona ahazoako manome azy ireo soridalam-piainana feno fahatsoram-piainana sy fahantrana izay tena fototry ny tanjontsika.

« Si vous avez des élèves vous pouvez les amener, je puis vous offrir un logement pour 8 ou 10 élèves.

« Raha toa moa ianao ka manana mpianatra, dia azonao entina miaraka aminao izy ireo, fa afaka manome anareo efitrano iray mahazaka mpianatra 8 na 10 aho.

« Ce qui me le fait désirer, c'est que M. Magand vient de m'écrire, quelques heures avant la réception de la vôtre, qu'il ne pouvait continuer cette œuvre des étudiants pauvres, parce que ses ressources ne le lui permettaient pas, qu'il n'en avait que quatre et que ces quatre lui payaient pension. Il ne me semble pas que Notre Seigneur veuille laisser périr une œuvre si agréable qu'il avait commencée. Il veut peut-être que de pauvres prêtres la fassent. Pour moi, je me sens tout disposé à la poursuivre avec l'aide d'un bon confrère. Nous avons ici le commencement : les élèves et le local, et les ressources de la Providence déjà assez visibles

« Ny tena antony mahatonga ahy hanam-paniriana dia satria vao nanoratra tamiko, adim-pamataranandro vitsivitsy talohan’ny nandraisako ny taratasinao, i Mgr Magaud, milaza fa tsy ho afaka, ny hanohy ny asa fanohanana ny mpianatra mahantra intsony izy, satria efa tsy maharaka ny eo am-pelatanany, tsy nanana afa-tsy mpianatra efatra izy, ary izy ireo ihany no mandoa ny saram-pianarany taminy. Nefa ataoko fa tsy sitraky ny Tompo ny hamelàna ho levona io asa tsara sady lehibe efa natombony io. Tian’Andramanitra mihitsy angamba raha Pretra mahantra no hanao ny asa ; raha ny amiko aloha, dia mahatsiaro tena ho tena vonona tanteraka amin’ny fanohizana ny asan’Andriamanitra aho miaraka amin’ny fanampian’ny namana sy rahalahy iray eo amin’ny fanatontosana azy io, efa manana izay enti-manomboka isika : Ireo mpianatra sy ny toerana hanabeazana azy,

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pour ne pas nous faire douter. Ainsi donc, confiance, la bénédiction de Sa Sainteté qui nous a bénis et vous aussi, puisqu'il l'a donnée à tous les prêtres qui accepteraient la sainte pauvreté de Jésus Christ. Venez, je serai bien heureux de vous recevoir, obtenez la permission de Son Éminence et nous commencerons. Quant aux personnes que vous avez formées à la pauvreté, continuez à les diriger dans cette voie de Notre Seigneur et plus tard elles vous seront très utiles quand il nous sera donné quelques paroisses pauvres à desservir, si le bon Dieu veut.

ny loharanon-karenan’i Prado izay toa efa hita soritra mazava sahady fa tsy misy tokony hampanahy antsika ; koa amin’izany ary, matokia, fa ny tso-dranon’i Papa Ray Masina dia efa nomena anay, ary ho anao koa, satria namany ireo pretra izay manaiky ny fahantrana masin’i Jesoa Kristy izany tso-drano izany. Tongava àry, ho faly tokoa aho ny handray anao, raiso avy amin’ny kardinaly ny fahazoan-dàlana ary dia hanomboka ny asa isika ; raha ny amin’ireo olona izay nofaninao amin’ny fahantrana indray dia tohizo ny fitarihana azy ireo ho amin’ny lalan’i Jesoa Kristy Tompontsika, ka any aoriana any dia hanampy antsika tokoa izy ireo rehefa tonga ny andro ahazoantsika paroasy mahantra iandreketantsika raha sitrapon’Andriamanitra izany.

« Oh! j'ai été bien heureux à la lecture de votre lettre, j'ai vu que je n'étais pas seul non plus. J'ai bien deux ou trois confrères qui ont les mêmes vues, mais vous savez, il y en a vers lesquels le Saint-Esprit semble nous porter davantage. Prions bien Dieu durant ces jours, demandons bien que sa sainte volonté s'accomplisse et que les obstacles humains s'aplanissent » (Lettre n°54 (51) [3] à Monsieur l'Abbé Gourdon, 7 novembre 1865).

« Tena faly tokoa tamin’ny famakiana ny taratasinao ary hitako fa tsy irery koa aho. Manana tokoa aho namana mpiara-miasa 2 na 3 izay mitovy fijery amiko, kanefa fantatrao ihany, misy ny sasany amin’izy ireny izay toa isarihan’ny Fanahy Masina antsika bebe kokoa. Aoka ary isika hivavaka mafy tokoa amin’Andrimanitra mandritra ireny fotoana ireny, angataho mafy aminy ny mba hahatanterahan’ny sitrapony masina ary mba hanjavona anie ireo fanakanana ataon’ny olombelona. » (Taratasy faha-54 (51) [3] Ho an'i L'Abbé Gourdon, 7 Novembra 1865)

Cette lettre est très importante pour comprendre Antoine Chevrier et son œuvre. Essayons d'analyser sa pensée.

Tena zava-dehibe ity taratasy ity mba ahazoana an’i Antoine Chevrier sy ny asa soany. Andao andramantsika ho fakafakaina ny eritreriny.

D'abord il s'agit de faire la volonté de Dieu et donc de savoir si Dieu veut l'œuvre projetée. Il s'agit aussi de savoir qui est appelé par Dieu à faire cette œuvre.

Tokony hanao ny sitrapon’ Andriamanitra aloha, ary noho izany dia hahalala raha tian’ Andriamanitra ny asa soa kasaina ary koa tokony hahalala izao no nantsoin’ Andriamanitra hanao ity asa soa ity.

Antoine Chevrier désire cette œuvre depuis longtemps. En quoi consiste-t-elle? Rassembler un groupe de futurs prêtres, au Prado, pour qu'ils soient formés dans cette maison. Dans ces conditions on peut espérer qu'ils seront formés à la pauvreté et à la simplicité, qu'ils

Naniry ity asa soa ity hatramin’ny ela i Antoine Chevrier. Mifototra amin’inona moa izy ity ? Hampivondrona pretra ho avy ao amin'ny Prado mba hofanina ao anatin’ity trano ity. Amin’ireo fepetra ireo, afaka manantena ny olona fa hofanina amin'ny fahantrana sy fahatsorana izy ireo, ary

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seront donc capables de vivre en prêtres pauvres au service d'un peuple pauvre. Cette formation à la pauvreté et à la simplicité est « le but principal ».

ho afaka miaina amin'ny maha-pretra mahantra azy ireo ao amin'ny fanompoana vahoaka mahantra ity fanofanana ho amin'ny fahantrana sy faha tsorana ity no « tena tanjona ».

Françoise Chapuis redit les mêmes choses dans son témoignage. Cette ouvrière à peu près illettrée, assez naïve pour certaines choses, avait la confiance du P. Chevrier :

Namerina niteny zavatra mitovy amin’izany koa i Françoise Chapuis mba ho fijoroana vavolombelona. Ity vehivavy mpiasa izay saika tsy nahita fianarana ity, badobado kely amin-javatra maro dia nananan’i Mompera Chevrier fitokisana :

« Dieu a mis dans certaines âmes un sens spirituel et pratique qui renferme plus de bon sens et d'esprit de Dieu qu'il y en a dans la tête des plus grands savants. Témoins, certains bons paysans, quelques bons ouvriers, quelques bonnes ouvrières, femmes qui comprennent de suite les choses de Dieu et savent mieux les expliquer que bien d'autres » (VD. 218).

« Nomen’ Andriamanitra saina manam-panahy sy fampiharana ahalalana ny marina sy ny fanomezan’Andriamanitra bebe kokoa ireny olon-tsotra ireny, noho ireo loha feno fahaizana sasantsasany. Vavolombelon’izany ireo tantsaha tsara sasany, mpiasa amin’ny orin’asa tsotra lahy sy vavy, izay mahazo avy hatrany ny zavatra avy amin’Andriamanitra ary afaka manazava azy alohalohan’ny hafa. » (VD. 218)

Antoine Chevrier avait donc parlé à Françoise de ses projets. Elle rapporte :

Noho izany, niteny tamin’i Françoise momba ny fikasany i Antoine Chevrier. Mitatitra izany izy :

« Le P. Chevrier m'a souvent parlé de l'École Cléricale bien longtemps avant de la fonder. Il y songeait déjà même avant d'avoir pris ses premiers auxiliaires et il a beaucoup prié à cette intention. Il me dit un jour alors :

« matetika niteny tamiko ny amin’ny sekolim-piangonana (Ecole cléricale) taloha lavitra ny nanorenany azy i Mompera Chevrier. Efa noeritreretiny aza izany talohan’ny andraisany ny mpanampy azy voalohany ary nivavaka mafy ho an’ity faniriany ity izy. Araka izany dia niteny tamiko izy indray andro :

–    Françoise, j'ai envie de faire une pépinière de prêtres. J'ai envie d'avoir des prêtres qui soient élevés avec mes enfants pour qu'ils les comprennent bien.

–    Françoise te hanao taninketsana pretra aho. Te hanana pretra izay voataiza miaraka amin'ny ankiziko aho mba hahazo tsara azy ireo.

–    Mais, mon Père, comment ferez-vous pour les nourrir? Vous avez déjà beaucoup à faire avec les souscriptions.

–    Ka ahoana mompera no hataonao hamelomana azy ireo ? Hianao efa manana zavatra betsaka atao miaraka amin'ny vola aloanao.

–    C'est vrai, ces souscriptions ne rendent pas, mais j'ai une idée, une idée qui m'humiliera bien, car je suis un orgueilleux. Dieu veut, je crois, que je m'humilie.

–    Marina izany ireny vola arotsaka ireny tsy misy vokany, fa manana hevitra iray aho, hevitra iray tena hanambany ahy satria miavona aho. Inoako fa tian’ Andriamanitra aho hanetry tena.

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     Mon idée, c'est d'aller quêter à la porte de l'église de la Charité. Je tendrai mon chapeau ou mon bonnet aux passants et je réciterai mon chapelet pour ceux qui mettront dedans.

     Ny hevitro dia ny handeha hananty rakitra eny amin'ny varavaran’ny Eglizin’ny Charité. Hatsotrako amin'ny mpandalo ny satroko na ny satroboriko ary hanao sapile aho ho an’ireo izay mandrotsaka ao anatiny.

–    Mon Père, on ne vous mettra que des sous… il n'y aura pas de quoi faire.

–    Mompera ô ! Tsy hanome anao afa tsy vola madinika ny olona… tsy misy zavatra atao.

–    Non, me dit-il, on y mettra aussi des pièces et des papiers.

–    Tsia, hoy izy tamiko, handatsaka vola madinika sy taratasy koa ny olona.

Dans nos entretiens à ce sujet, il insistait beaucoup sur la nécessité d'avoir des prêtres pieux, simples, et comme je lui citais le nom de ses collaborateurs, il me répondit : « Ce n'est pas encore cela, ils ne sont pas assez simples » (P. I, 61).

Tao anatin’ny dinidinikay momba izay resaka izay, dia nisisika be ny ilana pretra mpivavaka, tsotra ary satria notanisaiko taminy ny anaran’ny mpiara-miasa aminy dia namaly ahy izy hoe : « Tsy mbola izany akory, tsy tena tsotra izy ireo. » (P. I, 61).

Faire des prêtres simples. Quelle idée étrange! Faire des prêtres pauvres, passe encore, cela peut constituer un but avouable. Mais avoir simplement pour but de faire des prêtres simples c'est tout de même un programme apparemment bien étroit. En fait c'est l'essentiel, le principal, l'âme de tout le reste quand il s'agit de vivre avec la simplicité du Véritable Disciple, de vivre simplement auprès des simples et des pauvres pour annoncer l'Évangile du Royaume avec simplicité.

Hanomana pretra tsotra. Hevitra hafahafa izany ! Hanomana pretra mahantra, tsy maninona, mety ho tanjona azo ekena izany. Fa ny fanana tanjona fotsiny hanomanana pretra tsotra dia toa programa tery ny fijerena azy ety ivelany. Ny tena marina izay no tena ilaina tena voalohany indrindra, ny fanahin’ny sisa rehetra raha ny miaina am-pahatsorana miaraka amin'ny Mpianatra Marina no resahina ny miaina fotsiny eo akaikin’ny olon-tsotra sy mahantra mba hanambara ny Evanjelin’ny Fanjakan' Andriamanitra amim-pahatsorana.

Voilà donc l'œuvre à faire, mais qui va être envoyé pour cela? Dieu « veut peut-être que de pauvres prêtres la fassent ». Malgré les difficultés entrevues, Antoine Chevrier se sent du goût pour cela et, à ce signe intérieur, se joignent des signes extérieurs.

Izany àry ny asa soa atao, fa iza ary no alefa ho amin’ izany ? Angamba « tia pretra mahantra Andriamanitra hanao izany ». Na inona na inona olana ho sedraina, dia nahazo tsirony ho amin’ izany i Antoine Chevrier ary amin’io famantarana anaty io no arahan’ny famantarana ivelany.

En premier lieu, des sujets se présentent. Ce sont des enfants dont les familles ont des ressources trop modestes pour subvenir aux frais d'études secondaires dans les

Voalohany dia misy olona miseho. Izy ireo dia ny ankizy ka ny fianakaviana dia manana fidiram-bola ampy loatra mba handoavana ny saram-pianarana ao amin'ny ambaratonga faharoa

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conditions ordinaires. Des garçons de cette espèce ne pourraient-ils mieux que d'autres correspondre aux intentions d'Antoine Chevrier?

amin'ny andavanandro. Ny zazalahy toy izany mety ho tsara kokoa noho ny hafa hifanaraka amin'ny fanirian’i Antoine Chevrier ?

« Quel droit avons-nous d'être mieux logés, mieux vêtus, mieux nourris que les pauvres du monde?

« Zo avy aiza moa no ananantsika ka ho tsara fonenana kokoa, tsara tafy kokoa, tsara sakafo kokoa noho ny mahantra hafa any amin'izao tontolo izao ?

« N'est-il pas honteux de voir des prêtres s'enrichir, acheter des terres, des maisons et cela de l'argent de l'Église, et des prêtres qui, dans le monde, auraient été de pauvres ouvriers, qui auraient à peine suffi pour vivre dans le monde, des prêtres qui doivent à l'Église et à l'aumône d'être prêtres et qui s'enrichissent?

« Moa tsy mahamenatra ny mahita pretra mangoron-karena, mividy tany be, trano be, ary ny volan'ny Fiangonana no laniny amin'izany : ary raha nijanona tany amin'izao tontolo izao ireny pretra ireny, zara raha nahavelon-tena, mpiasa mitrongy vao homana ; pretra manan-trosa amin'ny Fiangonana sy ny fiantrana maha-pretra azy ve ka hanan-karena mihoam-pampana ?

« Est-ce qu'on se fait prêtre pour s'enrichir? « Quel malheur pour l'Église!

« Sa miditra ho pretra ny sasany mba hanan-karena ? Raha izany dia mampalahelo ny Fiangonana !

« Ceux qui n'ont pas de patrimoine ne doivent pas en acquérir » (VD. 522).

« Izay tsy manan-dova tsy mahazo mamorona lova ho azy. » (VD. 522)

Et puis :

Ary koa :

« Jésus Christ a choisi ses apôtres parmi les pauvres et les humbles pour faire sa grande œuvre » (VD. 218).

« Tsy manam-pahaizana amam-pahalalana no nofidiny fa ny mahantra sy ny madinika mba hanatanteraka ny Asabeny. » (VD. 218)

Et encore :

Ary koa :

« Faire travailler les latinistes pour leur apprendre à pratiquer l'humilité, leur faire comprendre ce que c'est que de gagner sa vie, la peine que les autres ont pour faire croître les fruits, pour tenir leur linge propre; il faut au contraire faire par humilité et pauvreté tout le travail de la maison : nettoyer, laver, blanchir les murs… employer le moins possible les ouvriers du dehors, faire soi-même le travail » (VD. 306, n° 1).

« Ampianaro miaina ny fanetren-tena ny seminarista mandalina ny teny latinina, ampianaro izy hahay hamelon-tena, hahatsapany ny fijalian’ny hafa mba hahazo vokatra ; ampanasao azy ny lambany mba hadio ; ampanaovy azy am-panetren-tena sy am-pahantrana daholo ireny asa an-trano ireny : fanadiovana, fanasana, fandaloran-drindrina, mbà ny tena ihany no manao ny asan’ny tena fa tsy hanakaramana ny hafa. » (VD. 306, n° 1)

En second lieu, Antoine Chevrier voit un signe dans la manière dont vit le Prado depuis cinq ans. Les

Faharoa mahita famantarana amin'ny fomba fahitany ny Prado Antoine Chevrier hatramin’ny dimy taona izay. Tsy

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ressources ne manquent pas bien qu'elles ne soient jamais assurées d'avance. C'est un genre de vie très éprouvant, surtout pour celui qui est à la tête d'une maison comme le Prado, mais c'est précisément une mise à l'épreuve qui permet de discerner la volonté de Dieu et de former des ouvriers dignes de faire l'ouvrage de Dieu.

tapaka ny enti-manana na dia tsy azo antoka mihitsy aza aloha. Fomba fiainana tena mandalo fitsapana, indrindra ho an’ny lohany ao an-trano tahaka ny Prado, nefa raha marimarina kokoa fisedrana izay mamela handinika lalina ny sitrapon’ Andriamanitra ny mampiofana ny mpiasa mendrika hanao ny asan’ Andriamanitra.

« Si le bon Dieu ne nous envoie pas des ressources, c'est une preuve qu'il veut que nous souffrions et que nous méritions, par la souffrance, ce dont nous avons besoin.

« Matoa tsy andefasan’Andriamanitra fanampiana isika, dia satria tiany ho porofoina ny ilantsika fihafiana, ary ao anatin’izany no hahamendrika antsika hahazo izay ilaintsika rehetra.

« Que nous manquons de prudence et de sagesse en allant trop vite! présomption.

« Tsy ampy fahamalinana sy fahendrena isika raha mirotoroto loatra, matoky tena loatra manko.

« C'est peut-être aussi une preuve que le bon Dieu ne veut pas cette œuvre ou que nous ne sommes pas dignes de la faire, de l'établir, de la bien conduire; et qu'il vaut mieux ne pas l'entreprendre que de vouloir la faire par force.

« Mety ho porofo koa izany fa tsy ankasitrahin’Andriamanitra loatra ilay asa, satria tsy mendrika ny hanatanteraka azy isika, tsy mendrika hametraka, tsy mendrika hitantana ; koa aleo izy hajanona toy izay hanaovana an-keriny.

« Toute œuvre de Dieu doit d'abord porter le cachet de la pauvreté et de la souffrance » (VD. 308).

« Tsy maintsy mitondra ny fitomboky ny fahantrana sy ny fihafiana daholo aloha ny asan’Andriamanitra rehetra. » (VD. 308)

« La première condition est d'être appelé de Dieu pour travailler à son œuvre. Il faut ensuite chercher le Royaume de Dieu avant tout et sa justice et Dieu nous donnera le reste.

« Ny fepetra voalohany izany dia izao : voaantson’Andriamanitra hanao ny asany ianao. Avy eo, katsaho ao anatin’io asa iantsoany anao io ny Fanjakan’Andriamanitra sy ny Fahamarinany dia homeny anao ho fanampiny ny sisa rehetra.

« Il est bien certain que si nous cherchons à nous établir nous-mêmes, si nous cherchons nos aises, nos commodités, à faire des constructions, nous ne cherchons pas Dieu mais nous nous cherchons nous-mêmes et quelquefois le royaume de Dieu ne passe qu'après le nôtre.

« Mazava ho azy àry fa raha mikatsaka ny fahafinaretantsika isika, na mihetaheta te-higalabona amin’ny fanorenan-trano miezinezina no manentana antsika, dia aza minomino foana fa mikatsaka an’Andriamanitra fa ny tenantsika ihany no katsahintsika, matetika aza ny fanjakantsika no alefantsika alohan’ny Fanjakan’Andriamanitra.

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« Il faut travailler et travailler pour Dieu; il faut bien que le laboureur travaille pour recueillir des grains. « Dieu ne récompense et ne paye que ceux qui travaillent pour lui. L'ouvrier est digne de son salaire. On ne paye que ceux qui travaillent. Dieu aussi ne paye que ceux qui travaillent pour lui.

« Tsy maintsy miasa sy miasa ho an’Andriamanitra ; tsy maintsy miasa ny tany ny mpiasa mba hioty ny vokatra. Izay miasa ho azy ihany no valian’Andriamanitra soa sy omeny karama. Mendrika ny karaman’ny asa nataony ny mpiasa. (Lk 10, 7) Izay miasa ihany no omem-bola. Dia mba tahaka an’izany koa Andriamanitra izay miasa ho azy ihany no omeny ny karamany.

« Il faut travailler pour Dieu et avec Dieu, c'est-à-dire avec son esprit » (VD. 320-321).

« Koa miasà àry ho an’Andriamanitra sy miaraka aminy izany hoe miaraka amin’ny Fanahiny. » (VD. 320-321)

« Si donc nous sommes vraiment les ouvriers de Dieu, nous aurons notre salaire, Dieu nous l'enverra. Notre maison n'est-elle pas une preuve de cette grande vérité? Où sont nos ressources? Où sont nos revenus? Et cependant Dieu nourrit près de deux cents personnes chaque jour; n'est-ce pas là une preuve évidente de la Providence de Dieu sur nous? et que si nous continuons à vivre comme nous avons commencé, nous aurons toujours l'appui de Dieu et son secours? » (VD. 321, n. 1).

Koa raha tena mpiasan’Andriamanitra tokoa isika, dia hahazo ny karamantsika. Halefany ho antsika izany. Tsy manamafy izany fahamarinana izany ve ny fahitanareo ny tranontsika ? Avy aiza ny loharanom-bolantsika ? Mba manam-pidiram-bola vokatry ny petra-bola ve isika ? Kanefa fahanan’Andriamanitra hanina isan’andro isika roanjato mianaka mahery ; tsy izany ve no porofon’ny fahaizan’Andriamanitra mitondra sy mandahatra ary mitsimbina ny zava-drehetra ? Ary raha tohizintsika ny fomba fiainantsika tany am-piandohana, matokia fa hotsimbinin’Andriamanitra isika. » (VD. 321, n. 1)

Un troisième signe, c'est la bénédiction du Pape. En effet, Antoine Chevrier vient de faire un second voyage à Rome â l'automne 1864. La chose la plus importante de ce voyage a été la supplique adressée au pape Pie IX et la réponse de ce dernier :

Ny famantarana fahatelo, dia ny tsodranon’ny Papa. Koa satria avy nanao dia fanindroany tany Roma i Antoine Chevrier tamin'ny fararanon’ny 1864. Ny zavatra lehibe indrindra tamin’io dia eo dia ny fitalahoana famindram-po tamin'ny Papa Pie IX sy ny valinteniny tamin’ity farany :

« Très Saint-Père

« Ry Ray Masina hajaina indrindra,

« L'abbé Antoine-François-Marie Chevrier, du Tiers-Ordre de saint François, prosterné humblement aux pieds de Votre Sainteté, lui expose le désir que plusieurs prêtres ont de se réunir, autant que l'autorité diocésaine le leur permettra, pour mener une vie régulière et

« Izaho manao sonia eto ambany, Pretra Antoine François Marie Chevrier, ao amin’ny fikambanana Tersieran’i Md. François d’Assise, mandohalika amim-panajana sy amim-panetren-tena eo anoloanao Ray Masina, sady manolotra aminao ny fanirianay Pretra maro niara-nivory ato amin’ny Diosezy, ka neken’ny Mpitondra azy, mba hahafahanay miaina ny fiainan-drelijiozy,

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exercer le Saint ministère sans aucune rétribution que celle que les fidèles offriront spontanément.

ny hanomezanao alalana anay hanao maimaim-poana ny asa aman-draharaha fanompoana niantsoana sy nanirahana ny Pretra, tsy misy tambiny afa-tsy izay atolotry ny kristianina an-tsitrapo tanteraka, sy  tsy misy fanerena.

« Il demande pour lui et ces prêtres la bénédiction de Sa Sainteté.

« Mangataka ny tsodranonao aho sy ny Pretra miara-dia amiko.

Rome, 1er octobre 1864. »

Natao teto Roma 1 oktôbra 1864.

Voici la réponse que Sa Sainteté nous a adressé par le P. Piscivillo, secrétaire de Sa Sainteté et rédacteur de la Civiltà cattolica, qui avait bien voulu présenter notre supplique au Pape :

Dia ity manaraka ity ny valin-teny avy amin’ny Ray Masina, nampandaloviny tamin’ny Mompera Piscivillo sady mpitantsoratry ny Papa no Talen’ny Civiltà Cattolica izay nanolotra ny fangatahantsika tamin’ny Papa :

« Mon respectable ami,

« Ry Sakaizako hajaina,

« Dans l'audience du 12 du mois d'octobre, je présentai à Sa Sainteté votre supplique. Il daigna la lire avec toute attention. Il me fit des demandes et me questionna sur plusieurs petites choses qui pouvaient regarder votre manière de vivre. J'y répondis de mon mieux et comme je pus.

« Nihaona tamin’ny Papa Ray Masina aho tamin’ny 12 Oktobra teo, ka nanolotra azy ny fangatahanareo. Novakiany tsara tokoa izany. Fangatahana maro no nataony tamiko, ary fanontaniana sesehena no napetrany mikasika ny fomba fiainanareo. Novaliako araka izay azoko natao sy mba fantatro izany rehetra izany.

« Après ces renseignements, Sa Sainteté me dit : Je ne puis rien signer, il s'agit d'une affaire très grave dans laquelle le Saint-Siège procède avec toute lenteur et prudence. Je bénis de tout mon cœur l'abbé Chevrier et ses compagnons, et je vous charge de leur transmettre ma bénédiction.

« Rahefa nandre ireo valin-teniko ireo ny Papa Ray Masina, dia hoy izy tamiko : Mbola tsy afa-manao sonia ninoninona aho izao, satria mahakasika zava-dehibe tsy azon’ny Fiketrahana Masina ataotao foana izy ity ka ilàna fotoana sy fahamalinana. Amin’ny foko manontolo no itsofako rano an’i Mompera Chevrier sy ny namany, ary ankiniko aminao ny fampitàna izany aminy.

« L'œuvre est bonne, mais avant de l'approuver, il faut que les années s'écoulent, que les évêques en témoignent l'opportunité et le succès; pour le moment je ne puis qu'approuver les intentions et bénir les personnes, ce que je fais de tout mon cœur.

« Tsara ilay sahan’asa, fa alohan’ny hankatoavana azy, dia aoka aloha hiasa taona maromaro ry zareo, hanome ny heviny momba izany sy ny ilàna azy ary ny fahombiazany ny Eveka : ny zava-kendreny no azoko ankatoavina amin’izao fotoana izao ka itsofako rano ireo olona ao anatiny amin’ny foko manontolo.

Rome le 1" novembre 1864

Natao teto Roma 01 Novambra 1864

Charles Piscivillo. »

Charles Piscivillo. »

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« Le Saint-Père dit que l'œuvre est bonne, mais que, pour l'approuver il faut trouver des évêques qui nous reçoivent et nous admettent avec cette manière de vivre, et rendent témoignage du succès, que pour le moment il ne peut qu'approuver les intentions et bénir les personnes.

« Tsara ilay sahan’asa, hoy ny Papa Ray Masina, kanefa alohan’ny hankatoavany azy, dia tsy maintsy mahita Eveka maromaro handray antsika hiasa any aminy isika, izy ireo indray no hankatò sy hanambara io fomba fiainantsika io sy ny fahombiazana vokariny, ary efa tsofiny rano sahady ny hetahetantsika sy ny olona mikatsaka azy.

« Nous ne pouvions pas avoir une réponse plus favorable et plus sage en même temps » (VD. 314-315).

« Valin-teny sady mahafa-po no feno fahendrena tsy nampoizintsika ho azo mihitsy izany. » (VD. 314-315)

Soyons francs : tout cela est pour nous très décevant. Nous n'aimons pas les supérieurs trop prudents qui bénissent les intentions en évitant d'appuyer des actions. Nous n'admirons pas les hommes trop dociles qui voient facilement de la sagesse dans ces manières de faire.

Tsy azoazonay ny olona ambony, malina loatra izay manome tsodrano nefa miala amin'ny fanohanana. Tsy tsiriritinay ny olona hendry loatra izay mihevitra moramora ao amin’ireny fomba fanao ireny.

Les relations du P. Chevrier avec ses supérieurs étaient évidemment marquées par le climat de l'époque. Mais si Antoine Chevrier n'avait été guidé que par l'esprit du temps, il n'aurait pas pris l'initiative d'un voyage à Rome et d'une démarche personnelle auprès du Pape pour lui soumettre une idée insolite. Cet homme réservé, effacé, savait bien qu'il soulevait une grosse question. Si la chose n'avait eu que peu d'importance et de retentissement il l'aurait résolue avec l'archevêque de Lyon. Il manifeste donc une certaine audace en la circonstance. Cette audace vient de la foi.

Ny fifandraisan’i Mompera Chevrier amin'ny lehibeny dia tena voamarika tamin'ny fisehoan-javatra tamin’izay fotoana izay. Nefa raha tsy voatarika afa-tsy tamin’ny fanahy izy tamin’izay fotoana izay dia tsy haka fanapahan-kevitra handeha any Roma ary hanao sosokevitra samirery tany amin’ny Papa mba handroso amin'ny hevitra hafa kely tsy fandre loatra. Ity lehilahy tsy be teny, tsy misehoseho ity dia nahalala tsara fa hiteraka fanontaniana be izany. Raha tsy dia misy lanjany be ilay zavatra ary tsy nanakoako, azony novahana niaraka tamin'ny Arsevekan’i Lyon ihany izany. Nampiseho fahasahiana izy ny tamin'ny zavatra niseho noho izany. Ity fahasahiana ity dia avy amin'ny finoana.

« L'esprit de Dieu est dans notre Saint-Père le Pape » (VD. 226).

« Ao amin'ny Papa Ray Masina ny fanahin'Andriamanitra. » (VD. 226)

Si Antoine Chevrier n'avait eu à l'égard du Pape qu'une docilité paresseuse il n'aurait rien fait par la suite. Or, au contraire, fidèle au sens profond de sa démarche il agit selon la lumière reçue : Pie IX dit que

Raha toa ka tsy nanana henamaso an’ny Papa i Antoine Chevrier afa-tsy fankatoavana kely, tsy ho nanaovana inona na inona izy tamin'ny manaraka. Nefa mifanohitra amin’ izany, satria mifikitra amin'ny halalin’ny zavatra ataony izy dia nanao araka ny fahazavany azony. Niteny i Pie IX fa

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l'œuvre est bonne, qu'il approuve les intentions et il bénit, c'est-à-dire il encourage, les personnes. Il renvoie aussi aux évêques. Antoine Chevrier en tire sereinement cette conclusion :

tsara ny asa, nanaiky ny fikasana izy ary nitsodrano izany hoe namporisika ny olona izy. Averiny any amin'ny eveka koa, nisintona ity hevitra ity tamim-pitoniana i Antoine Chevrier :

« Nous demandons donc la permission d'exercer le ministère gratuitement et de ne recevoir, dans nos fonctions saintes, que ce que les fidèles voudront bien nous donner librement et spontanément, et de ne jamais rien exiger pour les fonctions de notre ministère, afin de mettre en pratique cette parole de Notre Seigneur : Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement, et de conformer cette conduite à celle de saint Paul qui travaillait de ses mains plutôt que de demander et qui se faisait une gloire et un bonheur d'évangéliser gratuitement.

« Mangataka alalana hanao sy hanatanteraka maimaim-poana ny asa maha-pretra isika, ary tsy handray na hitaky ninoninona afa-tsy izay homen’ny kristianina an-tsitrapo feno fahafahana tokoa amin’izany asa masina indrindra izany, mba hiainantsika tanteraka ny tenin’ny Tompontsika manao hoe : Nahazo maimaim-poana ianareo, ka mba manomeza koa maimaim-poana ; ary mba hakantsika tahaka ny fiainan’i Md. Paoly izay niasa tamin’ny tenany mba tsy hahavaky tratra ny hafa, ka afa-nirehareha sy feno hasambarana mitory maimaim-poana ny Evanjely.

« Nous mettrons œuvre donc un tronc dans la sacristie et dans l'église, destiné à recevoir les offrandes des fidèles à l'occasion de l'administration des sacrements et du Saint Sacrifice de la messe » (VD. 315).

« Hasiantsika vatan-drakitra àry ao amin’ny Sakristia sy ao am-piangonana mba handrotsahan’ny kristianina izay tena foiny amin’ny fanomezana Sakramenta sy ny Sorona Masina. » (VD. 315)

Antoine Chevrier en tire aussi une autre conclusion : l'accueil de Pie IX est un signe qui l'encourage à poursuivre la réalisation de ses projets en vue de la formation des futurs prêtres.

« Nisintona fanamarinana hafa tamin’izany koa i Antoine Chevrier ny fandraisana an’i Pie IX dia famantarana iray namporisika azy hanohy ny fanatanterahana ny tetikasany mba ho fanofanana ireo pretra ny amin'ny ho avy.

Il pourrait y avoir enfin un quatrième et dernier signe. Ce serait que l'archevêque de Lyon autorise André Gourdon à rejoindre le Prado. L'autorisation ne viendra pas, mais cela n'arrête pas le fondateur du Prado. Il modifie seulement la manière de réaliser : les enfants qui se préparent au sacerdoce iront en classe dans une école de la ville. Soeur Marie décrit ces commencements :

Farany mety hanana fambara faha-efatra sy fambara farany izy. Ary ny arisevekan’ny Lyon hanome alàlana an’i André Gourdon hamonjy ny Prado. Tsy ho tonga ny fanomezan-dalàna, fa tsy manakana ny Prado izany. Hanova fotsiny ny fomba hanatanterahana izany : ny ankizy izay miomana ho an’ny asan’ny mpisorona ho any amin'ny lakilasy any an-tanan-dehibe. Nilazalaza ireo fanombohany ireo i Masera Marie.

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« Ma part dans cette fondation était de m'occuper de faire les paniers de provision de ces petits enfants qu'on envoyait alors à la manécanterie de Saint-Bonaventure et qui y dînaient avec les aliments qu'ils y avaient portés. Ils étaient alors seulement trois ou quatre » (P.1, 148).

« Ny anjarako tamin’ity fanorenana ity dia ny mikarakara ny tahirin’ireo ankizy ireo izay nalefa tany amin'ny sekoly fianaran-kiran’i Masindahy Bonaventure ary izay misakafo hariva amin'ny sakafo izay nentiny. Telo na efatra fotsiny izy ireo tamin’izay. »

Nous saisissons ici sur le vif la manière d'agir constante du P. Chevrier : quand il voit clairement la ligne à suivre, il fait tout ce qui est possible dans cette ligne, si peu que ce soit, sans sortir de l'obéissance à son évêque, mais sans chercher à plaire ou à déplaire. Pour suivre sans jamais s'arrêter pareil chemin, il faut une résolution inusable, il faut avoir renoncé entièrement à soi-même pour suivre Jésus Christ.

Raisinay eto ny fomba fihetsika tsy niovan’i Mompera Chevrier rehefa mahita mazava ny lalan-kizorana izy, manao izay rehetra azo atao amin’ity lalana ity, ary na ho kely aza izany, dia tsy niala ny fankatoavana ny evekany izy, fa tsy mitady ho tiavina na tsia. Mba hanarahana tsy an-kijanona amin'ny lalana toy izany, dia mandray fanapahan-kevitra tsy mety lefy izy ary tsy maintsy manda tanteraka ny tena mba hanarahana an’i Jesoa Kristy.

« Celui qui a renoncé à soi-même ne se trouble de rien, il ne fait pas attention à toutes ces petites misères du monde, aux injures, aux mépris, aux insultes, aux coups même. Il va son chemin » (VD. 270, n° 1).

« Izay nandà ny tenany dia tsy mihontsina na amin'ny inona na inona, tsy mitandrina amin’ireny fahantrana madinika eto amin’izao ireny izy, amin’ny ompa, amin'ny fankahalana, amin'ny ompa, amin'ny vono aza. Manohy ny diany  izy. » (VD. 270, n° 1)

Voici donc fondée ce qu'on appelait alors une école cléricale, c'est-à-dire pratiquement un petit séminaire. Bientôt les élèves pourront suivre les classes au Prado même. Divers prêtres se succéderont comme professeurs. D'autres prêtres viennent aider au catéchisme des enfants qui préparent leur première communion. Viennent également des auxiliaires laïcs. Auprès de Soeur Marie s'ébauche la communauté des Soeurs du Prado.

Indro ary fa naorina ilay antsoina hoe sekolin’ny mpianatra ho pretra izany tena seminera kely. Tsy ho ela dia ho afaka manaraka ny fianarana ao amin'ny Prado aza ny mpianatra. Hifandimby manao mpampianatra ao ny pretra isan-karazany. Ny pretra hafa tonga manampy amin'ny fampianarana katesizy ny ankizy izay manomana ny kominio voalohany izy ireo. Mizy lahika mpanampy koa tonga. Miosina ao amin'ny fiangonan-dry Maseran’ny Prado i Masera Marie.

Il ne reste à Antoine Chevrier qu'une quinzaine d'années de vie pour affermir tout ce qui vient de commencer.

Dimy ambin’ny folo taona sisa ny an’i Antoine Chevrier no ahavelomany mba hahamatorany izay vao avy natomboka.

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Persévérer

6.
Maharitra

Quand il était encore à la Cité de l'Enfant-Jésus en 1859, Antoine Chevrier écrivait à Camille Rambaud au sujet d'un collaborateur qu'on appelait Frère Paul :

Raha mbola tany amin'ny Cité de l’Enfant-Jésus tamin’ny taona 1859 i Antoine Chevrier, dia nanoratra ho an’i Camille Rambaud momba ny mpiara miasa izay nantsoina hoe Frera Paul izy:

« Il ne compte pas assez sur la Providence de Dieu qui vous a toujours conduit, il n'ose pas, il ne croit pas assez, il n'a pas cette foi en l'œuvre qui fait la force d'un homme qui commence, entreprend et poursuit avec vigueur » (Lettre n°20 (19) [5] A Monsieur Camille Rambaud [Cité,] 15 avril 1859).

« tsy dia matoky loatra ny fitondran’Andriamanitra izay efa nitari-dalana anao hatrany izy, sady tsy sahy no tsy dia mino loatra ary tsy manana ilay finoana eo amin’ny fanatontosana asa, izay mankahery ny olona vao miana-mandeha, manao ny asa ary manohy izay efa natomboka. » (Taratasy faha-20 (19) [5] An’Andriamatoa Camille Rambaud, [Cité,] 15 Avrily 1859)

Au contraire de Frère Paul, Antoine Chevrier porté par sa foi dans l'œuvre entreprise, appuyé sur Dieu seul, va poursuivre avec vigueur ce qu'il a commencé. Un observateur superficiel pourrait négliger facilement cet aspect du personnage. Les dehors sont tellement modestes, cette vigueur est tellement silencieuse! Cela ne doit pas nous tromper et Antoine Chevrier ne s'y trompe pas : il sait qu'il doit faire preuve de force et il n'oubliera pas de recommander

Mifanohitra amin'ny Frera Paul, nentin’ny finoany ho an’ny asa natao i Antoine Chevrier, miankina amin’ Andriamanitra irery, dia hanohy tamim-pahazotoana izay natombony. Mpandinika ivelany afaka manao tsinontsinona mora foana ity endrik’olona ity izy. Tena mora fo ny endrika ivelany, tena mangina ity fahazotoana ity ! Tsy tokony handiso antsika izany ary Antoine Chevrier tsy diso amin’ izany, fantany fa tokony hampiseho hery izy ary tsy hanadino hamela hafatra

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cette force dans les conseils qu'il laissera à son premier successeur :

Ity hery ao amin'ny torohevitra ity no havelany ho an’ny mpandimby azy voalohany:

« Ferme : Quand une fois on a décidé une chose bonne et utile à l'œuvre ou aux individus, tenir bon pour que le devoir se fasse. Il ne faut pas seulement dire et commander, il faut faire exécuter ce que l'on a commandé, autrement c'est n'aboutir à rien.

« Hentitra : Rahefa hita fa mahasoa ny besinimaro, ny isam-batan'olona ny Asa soa sahanina ka nanapahan-kevitra ny zavatra iray, dia tano hatramin'ny farany ary ataovy izay hanatanterahana azy. Aza atao vitan'ny teny sy ny baiko fotsiny, fa ampanatanteraho izay nobaikoina fa raha tsy izany tsy hisy zava-bita mihitsy.

« Persévérant : Ne rien entreprendre, commencer, avant d'avoir bien pesé et réfléchi; mais quand une fois on a commencé une chose, la poursuivre jusqu'au bout, c'est le seul moyen d'arriver à quelque chose de solide et de durable. Commencer et ne pas poursuivre est une marque de faiblesse et de zèle mal entendu et ce défaut si fréquent nous fait perdre notre autorité. Et il vaut mieux faire peu et le finir que de commencer beaucoup et ne rien finir; et faire les choses les unes après les autres » (VD. 528).

« Manam-paharetana : Tsy miantoka na manomboka na inona na inona raha tsy efa avy nandanjalanja sy nandinika ela, fa raha nanombo-javatra kosa, dia tanterahina hatramin'ny farany ; izany no ahazoana antoka hanorenan-javatra sady mafy fototra no maharitra. Maneho fahosana ny fanombohan-tsy mahatanteraka, hafanam-po tsy miditra amin'ny laoniny io, kilema mampidi-doza sady fahita matetika manimba fahefana. Aleo manomboka kely fa vita tsara, toa izay be fandraoka tsy mahasahana. Dia ataovy mifampitohy amin'ny laoniny tsara izay atao rehetra. » (VD. 528)

Mais Antoine Chevrier sait aussi ce qu'il en coûte. Il faut être armé de patience c'est-à-dire savoir pâtir jusqu'au bout. Cette humble persévérance n'est rien moins qu'un portement de croix.

Fa fantatr’i Antoine Chevrier koa ny vidin’ izany aminy. Tsy maintsy mitafy faharetana izany, izany hoe : mihafy hatramin’ny farany. Tsy midika na inona na inona ity filofosana manetry tena ity noho ny fitondrana hazofijaliana.

« Porter sa croix tous les jours.

« Entina isan’andro.

« Notre Seigneur ajoute en dernier lieu : Qu'il porte sa croix chaque jour!

Hoy ny Tompontsika mamarana ny teniny : Dia ento isan’andro isan’andro ny hazofijaliana !

« Comme il pense à tout; comme il détermine bien nos devoirs!

« Voadininy tsara daholo izay anafarany, ary voafetrany mazava ny adidintsika !

« Il faut porter notre croix chaque jour, tous les jours il faut recommencer.

« Tsy maintsy entina, lanjaina, isan’andro, isan’andro vaky ny hazofijaliana, ka atombohy dieny izao.

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« Quand on la quitte, le soir, il faut la reprendre le matin et la porter comme la veille et mieux que la veille.

« Raha apetrakao izy ny hariva, raiso indray raha vao maraina, dia lanjao tontolo ny andro tahaka ny omaly, tsaratsara kokoa noho ny omaly aza.

« Chaque jour, sans se lasser, avec persévérance; si on la laisse tomber, il faut la reprendre jusqu'au bout.

« Isan’andro, tsy ketraka, amim-paharetana, ary raha sendra ka navela ho latsaka izy, dia raiso haingana dia ento hatrany amin’ny farany.

« Il ne faut pas se décourager dans la voie de la croix.

« Aza mety ho kivy an-dàlana mihitsy rahefa mitondra azy.

« Il y a toujours à souffrir, jusqu'à la mort et il faudra mourir sur la croix, se laisser attacher sur la croix comme Notre Seigneur; tomber quelquefois mais se relever par la prière et continuer sa marche.

« Mahita zavatra mampijaly foana anie isika isan’andro mandra-pahatapitry ny fofon’aintsika é. Ary eo amboniny eo no tsy maintsy hialan’ny aina, tahaka ny nifantsihan’ny Tompontsika ; lavo ihany indraindray fa avy hatrany dia mitsangana amin’ny alalan’ny fivavahana, dia tohizo indray ny dia.

« Il faut de la persévérance. Notre Seigneur nous dit cette parole parce que la pauvre nature se révolte souvent et que, souvent, elle se lasse et veut laisser la croix.

« Mila faharetana hoy aho. Nambaran’ny Tompontsika izany teny izany mba hankaherezana ity nofontsika osa sy malemy ka mikomy lava mora resy ity. Vizana hono izy dia tadiaviny hilaozana eo ny hazofijaliana !

« Mais non. Quand une fois on a commencé, il faut persévérer et porter sa croix tous les jours.

« Tsia ; raha vao nanomboka ianao dia tohizo ary ento ny hazofijaliany hatramin’ny farany isan’andro isan’andro vaky.

« Tous les jours faire le catéchisme, tous les jours être pauvre, tous les jours supporter le prochain, le monde, résister aux lassitudes de la nature avec la grâce de Dieu » (VD. 332-333).

« Isan’andro vaky, mampianara katesizy, isan’andro vaky, miveloma toy ny mahantra, isan’andro vaky, mandefera amin’ny namana, sy izao tontolo izao reseo miaraka amin’ny fahasoavan’Andriamanitra ny harerahan’ny vatana. » (VD. 332-333)

Tous les jours faire le catéchisme, tous les jours être pauvre. Voilà dessinée en deux traits la vie dans la maison du Prado.

Isan’andro dia manao fampianarana katesizy, isan’andro dia mahantra. Izany no anehoana an-tsary ao anaty endrika roa ny fiainana ao amin'ny tranon’ny Prado.

On y est pauvre car on veut se contenter du nécessaire, un nécessaire qui nous semblerait aujourd'hui bien au-dessous du minimum indispensable, mais qui était malheureusement le lot des pauvres gens à cette époque.

Mahantra ao satria te-hianina amin’izay ilaina izay toa atao ambonin-javatra amintsika ankehitriny, ary indrisy toa tandra vadin-koditry ny mahantra tamin’io fotoana io.

« Celui qui a l'esprit de pauvreté se dit en lui-même : j'ai bien encore plus qu'il ne faut, il y a tant de pauvres qui n'ont pas tant que moi, tant de pauvres qui souffrent

Ny olona manana ny toe-panahin’ny fahantrana dia efa miteny amin’ny tenany hoe : Mbola mihoatra noho ny ilaiko ny ananako ; sesehena anefa ny mahantra tsy manana mihoatra ny ahy ka mijaly

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et qui manquent du nécessaire; et moi, quel droit ai-je donc d'être mieux logé, mieux nourri, mieux vêtu que les pauvres du bon Dieu?

tsy manana ny ilainy akory ; zo avy aiza àry no ananako trano fialofana tsara, sakafo mahavoky, lamba fitafiana mihoatra noho ny mahantran’Andriamanitra ?

« Là où il n'y a pas à souffrir quelque chose, il n'y a pas de véritable pauvreté.

« Raha tsy mba mandre mamirifiry noho ny tsy fahampiana ianao dia mihevera fa tsy mahantra am-panahy ianao izay.

« C'est en se pénétrant de cet esprit que, peu à peu, on se dépouille de tout ce qui n'est pas nécessaire; on a horreur de tout ce qui sent le luxe, la vanité, le brillant, le voyant et que l'on choisit toujours ce qu'il y a de plus pauvre et de plus simple. Pourvu que ça me couvre, pourvu que ça tienne, c'est tout ce qu'il faut. Ça peut encore durer, gardons-le » (VD. 295-296).

« Eo am-pandraisana ho latsa-paka lalina ao am-po izany toetra izany no hirosoana miandalana amin’ny fiendahana hiala amin’ny tsy ilaina loatra ka mahatonga ny tena handositra ny fitaovana saro-bidy, ny rendrarendra, ny mangirangirana, ny madera ka ifidianana izay mahantra sy tsotra indrindra. Rahefa mahatafy sy mahatohana dia ampy izay. Mbola mety haharitra ity ka tanako. » (VD. 295-296)

On est pauvre au Prado car on veut ne rien demander à personne (VD. 306-317).

Mahantra ny olona ao amin’ny Prado satria tsy te-hangataka na inona na inona na amin’iza na amin’iza (VD. 317)

« Il est bien défendu de faire payer ses services, de solliciter des parents dont nous avons les enfants, de leur demander quoi que ce soit, ce serait perdre sa liberté d'action, s'exposer à des bassesses, perdre sa dignité et aller contre l'esprit de Jésus Christ. On est plus heureux de donner que de recevoir, rendre service à tout le monde sans intérêt.

« Rarana mafy mihitsy ny mampandoa vola ny asa fanompoana ataon’ny Pretra, ny miangavy amin’ny ray aman-drenin’ny ankizy karakaraintsika, ka mangataka na inona na inona aminy fa mananary ny fahafahantsika izany, mitono-tena amin’ny fahambanian-tsaina, manala ny fahamendrehana, manohitra ny toetran’i Jesoa Kristy. Sambatra kokoa ny manome noho ny mandray ; manao soa tsy misy tambiny ny olona rehetra.

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« Quand nous n'avons rien, nous devons d'abord travailler, comme saint Paul, afin de n'être à charge à personne et, quand nous ne pouvons subvenir à nos besoins, nous devons diminuer nos dépenses et vendre ce que nous avons de trop.

« Rahefa tsy manana na inona na inona isika, dia tsy maintsy miasa, hoy i Md. Paoly, mba tsy hanavesatra ny sasany, ary raha tsy mahavita tena intsony isika, dia ahenao ny fandaniana ary amidio izay mihoatra ny ilaina.

« Il arrive souvent que l'on a beaucoup de choses inutiles, que l'on a beaucoup d'abondance, que l'on

« Matetika manko be loatra ny zava-tsy ilaina ananantsika, migalabona loatra isika,

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n'est pas réellement pauvre et c'est pour cela que l'on ne reçoit pas; alors vendez ce que vous avez de trop et travaillez pour gagner votre vie et Dieu vous enverra ce qui vous manque.

tsy tena mahantra marina akory, ka tsy misy mpiantra, tsy mahazo na inona na inona ; amidio àry izay mihoatra ny ilainareo ary miasà mba ho velona dia halefan’Andriamanitra ho anareo izay tsy ampy.

« Ce n'est que lorsqu'on a tout vendu ce que l'on a de trop et que l'on travaille comme véritables pauvres, que l'on peut aller demander, si réellement on manque du nécessaire.

« Raha tsy efa lany namidy ny tafahoatra amin’ny fananana, ka efa avy niasa mafy sahala amin’ny tena mahantra, izay vao afa-mangataka raha tena hita marina fa tsy manana ny tena ilaina intsony.

« Et, quand on demande, le faire toujours avec humilité, réserve et prudence et se rappeler bien toujours que personne ne nous doit rien » (VD. 310).

« Ary raha mangataka, dia mangataha amim-panetren-tena mandrakariva, manàna fifehezan-tena sy fahamalinana, ary mahatsiarova fa tsy manan-trosa aloa aminao ny olona. » (VD. 310)

En fait, pressé par la nécessité, le P. Chevrier finit par se décider à quêter à la porte d'une église. La première fois il en fut réellement malade.

Fa izay teren’ny zavatra ilaina, dia tapa-kevitra hitady rakitra eo ambavaravaran’ny fiangonana i Mompera Chevrier. Tamin'ny voalohany dia tena narary izy noho izany.

On est pauvre aussi, dans cette maison du Prado, parce qu'on partage avec les pauvres, entre voisins.

Mahantra koa ny olona ao amin’ity tranon’ny Prado ity ihany satria mifampizara amin'ny mahantra, amin'ny samy mpifanolo-bodirindrina.

Dans Le Véritable Disciple, le passage intitulé Donner à qui demande (VD. 300-304) évoque les problèmes concrets posés par ce partage avec des gens qui ne sont pas nécessairement des saints. On trouve des emprunteurs perpétuels, des chicaneurs obstinés et des voleurs. Les difficultés sont résolues avec lucidité, liberté de cœur et grandeur d'âme :

Ao amin'ny Mpianatra Marina, ny andininy mitondra ny lohateny hoe « Manome amin’izay mangataka » (VD. 300-304) dia maneho ireo olana mivaingana mipetraka amin’io fifampizarana aman’olona izay tsy voatery ho masina. Misy mpindrana mandava-taona, mpila sotasota mafy loha ary mpangalatra. Ho voavaha ny olan’ny zava-tsarotra ao anatin’ny fahamalinana, fahafahan’ny fo sy halehiben’ny fanahy.

« Quand on demande 100 F à emprunter, il vaut mieux donner 50 F ou 20 F, si on le peut, et n'avoir plus rien à réclamer; par ce moyen, on fait une bonne action, on n'est pas obligé de redemander à ces pauvres qui ne peuvent pas rendre et on conserve l'amitié et la charité avec tout le monde. S'il ne s'agissait pas d'argent mais

« Raha misambotra 2000 ariary aminao izy, omeo ariary 1000 na ariary 400, raha manana ianao, dia aza takiana aminy mihitsy ; amin’izay ianao nahavita asa soa ; tsy azonao atao ny mitaky amin’ny mahantra ny famerenana izay nomenao azy : mitahiry ny firaisan-kina sy ny fifankatiavana koa anie izany.

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s'il s'agit simplement d'objets particuliers, tels qu'ustensiles, vêtements ou autre objet, ça n'a pas le même inconvénient et encore ne faut-il prêter vraiment que ce que l'on a réellement l'intention de donner, afin de n'avoir pas la déception de ne plus le revoir.

« Raha tsy vola fa fanaka na fitaovana toy ny lovia aman-tsotro na fitafiana na hafa toy izany indray no resahiny, dia zavatra hafa indray iny, kanefa, aza mampindrana izay tsy foinao homena tanteraka sao diso fanantenana satria tsy ho voaverina aminao toy ny teo mihitsy iny.

« Toutefois, l'accomplissement de cette parole nous aide grandement à pratiquer la pauvreté parfaite et si réellement on veut arriver à devenir vraiment pauvre, on n'a qu'à prêter à tous ceux qui demandent et â donner tout ce qu'on demande, vous êtes sûr de n'avoir bientôt plus rien à vous » (VD. 301).

« Na izany na tsy izany anefa dia manampy antsika hiaina ny fahantrana lavorary ity fitsipika ity satria tena mamporisika hizotra amin’izany fahantrana marina izany, ny fampisamborana izay te-hisambotra sy ny fanomezana izay rehetra mangataka ; amin’ny farany ianao minoa marimarina fa tsy hanam-baraiventy ho anao intsony. » (VD. 301)

La pauvreté du Prado n'a pas été approuvée de tout le monde. Si elle était pour les uns une raison de contribuer â la subsistance des pensionnaires, elle était critiquée par d'autres. Parmi ces derniers, certains étaient prêts à indiquer des moyens pour assurer des ressources régulières. On conseillait en particulier une méthode qui avait fait ses preuves : il s'agissait tout simplement de faire travailler les enfants du Prado, comme cela se faisait dans nombre de ces maisons qui prenaient volontiers le nom de « Providence ». Ce genre de conseils indignait le fondateur du Prado.

Ny fahantrana tao amin'ny Prado dia tsy neken’izao tontolo izao. Raha toa antony iray ho an’ny sasany handraisana anjara amin'ny famelomana ny kilasimandry dia voatsikeran’ny hafa izany. Anisan’ireny misy ireo vonona haneho ny fomba ho an’ny fampidirambola maharitra. Misy ny mpanolotsaina indrindra izay ananany porofo dia ny hampiasana ny ankizy ao amin'ny Prado, tahaka izay atao any amin'ny trano marobe izay mandray an-tsitrapo ny anaran’ Andriamanitra. Tsy nahafaly ny mpanorina ny Prado ity karazana torohevitra ity.

Antoine Chevrier sait fort bien la colère du peuple ouvrier contre ces maisons où, sous couvert de charité, on fait travailler à bas prix une main-d'œuvre incapable de défendre son droit. Ces choses « font crier dans le monde » (Ms XII, 184), dît-il. En effet, en 1848 des « Providences » ont été attaquées par les insurgés (Six 74-78).

Fantatr’i Antoine Chevrier tsara ny hatezeran’ny vahoaka amin’ireny trano ireny izay mialoka amin'ny fanaovana asa soa, nefa mampiasa tapa-kibo ny mpiasa tsy afaka miaro ny zony. « Mampikaikaika eto amin’ izao tontolo izao » ireny (Ms XII, 184) hoy izy. Avy tamin'ny taona 1848 dia nisy notafihin’ny mpikomy ny Tranon’ Andriamanitra maromaro (Six 74-78).

La maison du Prado sera dénommée officiellement

Voalaza tamim-pomba ofisialy ny tranon’ny Prado

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Providence du Prado mais elle n'est pas une de ces maisons ou Providences où l'on s'occupe de travaux manuels (VD. 304). La pensée du P. Chevrier est très claire et très ferme et il n'en déviera pas.

ho tranon’ Andriamanitra teo amin'ny Prado fa tsy iray tamin’ireny trano na Providence izay ikarakarana asa-tanana izy (VD. 304). Tena mazava ny hevitr’ i Mompera Chevrier sy tena hentitra ary tsy nialany izany.

« Notre but doit être tout spirituel et nous ne devons prendre les enfants, comme les grandes personnes, que pour les instruire, leur apprendre leur religion, et non pour les faire travailler.

« Ny ara-panahy no kendrentsika, ka tsy tokony handray ankizy na olon-dehibe hampiasaina isika, fa hampianatra azy ireo ny fivavahana.

« On ne trouve pas à redire qu'un enfant de bonne famille ou même de simples ouvriers, passe trois ans, quatre ans, dix ans à l'école ou dans les pensionnats sans rien faire, seulement pour son instruction ou son éducation et on nous trouvera â redire, à nous, de garder pendant cinq mois des enfants pauvres pour les former à la vie chrétienne, leur apprendre leurs devoirs, sans les faire travailler!

« Dimy volana no andraisantsika ny ankizy mahantra hampianarina sy hanabeazana azy amin’ny fiainana kristianina dia fosafosaina any rehetra any isika ; any ho any anefa misy ankizy ampidirina ho kilasimandry tsy manao na inona na inona mandritra ny telo, efatra, folo taona, zanak’olo-mihaja, zanaky ny mpiasa tsotra, tsy mba misy mpiteny akory. Mampianatra adidy manko isika fa tsy mampianatra asan-tànana.

« Il faudrait peu comprendre l'importance de l'éducation ou de l'instruction pour nous reprocher ce peu de temps qu'ils passent sans travailler… temps que nous trouvons nous-mêmes pas même toujours suffisant.

« Tsy azon’ny olona tsara fa zava-dehibe ny fampianarana sy ny fanabeazana ka andatsàny antsika ny fotoana kely hitantsika fa tsy ampy, andraisantsika ny zanany ka tsy iasany.

« Nous ne désapprouvons pas cependant un petit travail d'occupation d'un instant dans le courant de la journée, travail d'occupation utile… utile à la maison, moral, propre à occuper leur corps et à leur apprendre à se tirer d'embarras, tel que se raccommoder, préparer les repas, nettoyer, laver, faire des chapelets, bêcher un petit jardin, etc., nous n'avons point de domestiques et nous devons faire notre ouvrage, voilà notre travail : être menuisier, maçon, plâtrier, balayeur, laver, raccommoder; mais nous rejetons tout métier : usine,

« Tsy mandà ny asa madinidinika manabe olona isika, asa kely ao anatin’ny fotoana fohy sy voafetra nefa mahasoa ny ao an-trano, môraly, fampiasan-tena hialana amin’ny fahasahiranana, toy ny fanjairana ny akanjo rovitra, fanomanan-tsakafo, fandiovana, fanasana, fanamboarana sapile, fanaovana zaridaina kely sns, tsy manana mpiasa an-trano manko isika ary tsy maintsy manao ny tena asantsika, izay no asantsika : mpandrafitra, mpanao trano, mpandalotra, mpamafa, mpanasa, mpanjaitra ; lavintsika ankitsirano kosa ny fanaovana anton-draharaha : orinasa,

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fabrique, travail pour le dehors, tout travail qui sent le commerce, qui se fait pour gagner de l'argent » (VD. 305).

famoronan-javatra, asa ho an’ny any ivelany fampidiram-bola manambolombolo varotra. » (VD. 305)

On vit donc pauvrement au Prado, car on n'y travaille pas pour gagner de l'argent. Mais ce n'est pas pour ne rien faire. On y fait le catéchisme et c'est un travail absorbant, soit pour les élèves qui ont plusieurs séances de catéchisme par jour, soit pour les catéchistes qui doivent s'occuper de leurs pensionnaires qu'on ne peut pas laisser désoeuvrés entre les séances de catéchisme. Ces catéchistes doivent aussi préparer les instructions et travailler pour enrichir et perfectionner sans cesse leur catéchisme.

Miaina tao anaty fahantrana ao amin'ny Prado, satria tsy miasa ahazoana vola ao. Fa koa tsy hoe tsy manao na inona na inona. Mianatra katesizy ao, ary asa izay mandany andro izay, na ho an’ny mpianatra izay manana fotoana maro amin'ny fianarana katesizy isan’andro na ho an’ny katekista izay tokony hikarakara ireo kilasimandry izay tsy azo avela tsy hanana asa atao anelanelan’ny fotoana fianarana katesizy. Tokony hamerina ny fampianarana koa ireo katekista ireo ary hiasa sy handalina ary hanatsara tsy ankijanona ny fampianarana izy ireo katesizy.

« Ne nous occupons donc pas de ces choses inutiles, une seule chose est nécessaire : bien faire son catéchisme. Quand une chose importante se fait bien le reste va bien aussi » (VD. 299).

« Aza manenjika zava-tsy izy. Tokana ihany no ilaina ; mampianatra tsara ny katesizy. Raha vita tsara ny matoan’adidy, mandeha ho azy ny sisa. » (VD. 299

Au reste ne donnons pas à cette expression faire le catéchisme, le sens restreint qu'on lui donne spontanément : instruction religieuse destinée à des enfants. Il s'agit de suivre Jésus Christ dans ses prédications (VD. 437-452) aussi bien à l'égard des adultes que des enfants.

Ho an’ny sisa, andao tsy omentsika amin'ny fiteny hoe mampianatra katesizy ny dia teny izay omena azy tampotampoka eny, fampianarana soratra masina atokana ho an’ny ankizy izany dia hanaraka an’i Jesoa Kristy amin'ny toriteny (VD 437-452) ary koa eo anatrehan’ny olon-dehibe noho ny anatrehan’ny ankizy.

« C'est l'instruction simple, par demande et par réponse. Ce n'est pas le livre qui instruit, c'est le prêtre.

« Fampianarana tsotra indrindra io, satria sady misy fanontaniana no misy valiny. Tsy ny boky akory no mampianatra fa ny pretra.

« Notre Seigneur n'a pas dit : lisez, instruisez-vous, mais il a dit au prêtre : docete [enseignez].

« Ny Tompontsika, anie tsy nilaza hoe : vakio, mampianara tena, fa hoy izy amin'ny pretra hoe : docete [mampianara].

« Qu'il est triste de voir des enfants passer deux heures

« Mampalahelo anie ny mahita ny ankizy mandany adiny roa

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par jour à apprendre des mots et s'ennuyer à répéter toujours la même chose, eux et le catéchiste! car c'est assommant. Tandis que l'on peut leur donner plus de foi et d'amour et de religion en un quart d'heure qu'ils n'en prennent en deux heures de temps.

isan'andro hianatra teny ary sorena mafy mamerimberina izay efa voalaza, izy sy ny mpampianatra katesizy, mahasosotra mihitsy. Kanefa azo atao tsara tokoa ny manolotra ny finoana sy ny fitiavana ary fitiavam-bavaka ho azy ao anatin'ny am-pahefa-kadiny fotsiny, noho ny adiny roa be lany fotsiny.

« Quand on instruit des grandes personnes, ou des ignorants, on ne peut pas leur dire : allez, prenez ces catéchismes et lisez ; il faut instruire soi-même, se mettre à la portée de chacun et du grand nombre et instruire par la parole. Fides ex auditu [La foi naît de la prédication – Rm. 10, 17] » (VD. 450-451).

« Raha olon-dehibe na tsy mahay na inona na inona indray no ampianarina, tsy azo atao mihitsy ny maniraka azy hoe : raiso ny bokinareo, dia vakio ; isika no tsy maintsy mampianatra azy ireo, ka atao izay handraisan'ny tsirairay anjara, atao izay hahazoan'ny maro an'isa mandray izay omena azy, ary amin'ny alalan'ny teny no ampianarana azy. Fides ex auditu [Teraka avy amin’ny teny ny finoana]. (Rôm 10, 17) » (VD. 450-451)

Faire le catéchisme, former des catéchistes au sens où l'entend Antoine Chevrier lui parait tellement essentiel qu'il n'hésitera pas à écrire un an avant sa mort : « Ce doit être aujourd'hui le besoin de l'époque et de l'Église. »

Mampianatra katesizy, manofana katekista araka ny heviny izay hiheveran’i Antoine Chevrier azy dia toa tena ilaina izay tsy hisalasala ny nanoratra azy iray taona talohan’ny nahafatesany : « Tokony ho androany ny filan’ny fotoana sy ny Fiangonana. »

Il faut faire son catéchisme soi-même, recommande le P. Chevrier. Une première raison en est qu'à l'époque on ne dispose pas de l'abondante documentation pastorale qu'on trouve de nos jours. Cependant je crois qu'aujourd'hui encore il ferait une recommandation semblable car c'est un moyen de devenir un bon catéchiste.

Tokony hanao fampianarana katesizy ho an’ny tena ihany, araka ny hafatr’i Mompera Chevrier. Antony iray voalohany dia satria tamin’izay fotoana izay dia tsy nanana tahirin-kevitra pasitoraly izay hita amin'ny andronstika izao. Na izany aza, mino aho fa amin’izao fotoana izao dia mbola manao hafatrafatra mitovitovy satria fomba iray hahatonga mpampianatra katesizy tsara izany.

« Avoir un grand cahier ou mieux encore plusieurs cahiers pour écrire soi-même son catéchisme.

« Manàna kahie iray lehibe, na metimety kokoa, kahie maromaro anora­tanao ny katesizy ampianarinao.

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« Il faut commencer ce travail de bonne heure, dès le moment où l'on commence à faire le catéchisme et vous ajoutez, chaque fois que vous faites le catéchisme, quelque chose aux articles; à mesure qu'on lit ou qu'on

« Raha vao manomboka ny fampianarana katesizy ianao, dia ataovy io asa io vetivety fa aza andrasana ela loatra, dia ampio miandalana eny izay efa vitanao isaky ny manao katesizy ianao. Isaky ny mamaky na mianatra ianao,

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étudie une question, on écrit sur la page ce que l'on a appris dans une lecture, dans une instruction, dans ses prières, études ou conversations; et ainsi vous vous enrichissez chaque jour sans effort, sans peine et, au bout d'un certain temps, vous vous trouvez d'avoir, sur toutes les questions religieuses, un travail complet et, pour prêcher et catéchiser, vous n'avez qu'à consulter votre catéchisme et vous trouvez votre sujet tout traité et vous n'avez qu'à réfléchir, prier et coordonner un peu vos idées pour parler en public, et comme c'est votre travail propre, vous avez peu de peine pour le rappeler à votre mémoire » (VD. 452).

dia mariho eo amin'ny toko natokanao ampianarina izay tsapanao fa tsy maintsy ampitainao, na tamin'ny vakiteny izany, na tamin'ny fiofanana na tamin'ny fivavahana, na tamin'ny fianarana sy ny resaka ; amin'izay fotoana izay dia ianao ihany no hahatsapa fa miha-matevina hatrany hatrany ny asanao, ka manamaivana ny ezaka, ny hasasarana, ary hohitanao koa fa raha ny fanabezam-pinoana no resahina dia ho feno mihitsy ny hevitrao, ka na hitory teny ianao na hampianatra katesizy na hampanao fandalinam-pinoana, dia efa vonona mialoha ny asanao, hany ka tsy firy intsony ny hampianao aminy, fa fanampi-pitadidiana ihany no ataonao satria asanao manokana io. » (VD. 452)

A travers ces recommandations pratiques transparaît une intuition : pour annoncer l'Évangile il faut l'avoir tellement assimilé qu'on puisse dans le dialogue montrer avec simplicité comment Jésus Christ est la lumière qui éclaire toute vie humaine. Cela ne se fait pas sans un travail assidu et persévérant.

Tamin’ireny hafatrafatra fampiharana na pratika ireny dia nahitana tsindrimandry iray : raha hanambara ny Evanjely dia tsy maintsy nandalina tsara ny resaka ifamaliana maneho am-pahatsorana ny fomba maha-fahazavana ny fiainan’ olombelona rehetra an’i Jesoa Kristy. Tsy vita anefa izany raha tsy misy asa iray atao am-pahazotoana sy am-pikirizana.

« Que les mystères de Notre Seigneur vous soient si familiers que vous puissiez en parler comme d'une chose qui nous est propre, familière, comme les gens savent parler de leur état, de leur vêtement, de leurs affaires » (Lettre n°64 (67) [4] A Monsieur l'Abbé Jaricot, Lyon, 20 mai 1868).

« Mba ho tena mahazatra anareo anie ny firesahana momban'ny Misterin'i Jesoa Kristy Tompontsika, hitondra fahazarana ho anao ka hahafahanao miresaka an'izany toy ny zavatra efa iainanao manokana, efa mahazatra, tahaka ny fahaizan'ny olona miresaka ny amin'ny toetran'izy ireo, ny akanjony, ny raharaha ataony. » (Taratasy faha-64 (67) [4] Ho an’i Jean-Claude Jaricot (Seminarista), Lyon, 20 Mey 1868)

Cet effort de catéchèse serait resté cependant inopérant s'il n'avait été lié au genre de vie des enfants du Prado. Ils n'étaient pas rassemblés dans cette maison d'abord parce qu'ils pouvaient plus facilement y recevoir les leçons d'enseignement religieux. Ils y étaient pour faire une expérience chrétienne complète, pour être portés à essayer de vivre ce qu'ils apprenaient.

Ity ezaka fampianarana katesizy ity dia nijanona tsy nilaina raha tsy nitohy amin'ny fomba fiainan’ny ankizy ao amin'ny Prado. Tsy novoriana tao amin’ity trano ity izy ireo aloha satria afaka nahazo lesona mora foana ny fampianarana soratra masina izy ireo. Tao izy mba hanana traikefa kristianina feno iray, ary mba hanandrana izany miaina izay nianarany.

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« La foi, l'amour et l'action, voilà les trois effets qu'il faut chercher à produire dans toute instruction.

« Ny finoana, ny fitiavana, ny asa, ireo no vokatra telo tsy maintsy ateraky ny fampianarana ataontsika.

« Donner la foi par la connaissance, les raisonnements, la vue des choses.

« Mampita ny finoana amin'ny alalan'ny fahalalana, ny fanamarinana ny fijerena ny zava-misy.

« Faire naître l'amour pour ce que l'on enseigne.

« Ny marina ampianarina indray no miteraka ny fitiavana ao am-po.

« Et porter à faire des actions en rapport avec la vérité connue et aimée.

« Ka rahefa fantatra sy tiana ilay fahamarinana, dia raisina ka ampiharina amin'ny asa.

« Pour arriver à ces trois effets, il faut prendre tous les moyens possibles et, comme dit saint Paul, il faut enfanter comme une mère, se faire nourrice et père et donner sa vie par charité » (VD. 451-452).

« Mba hahatongavana amin'ireo vokatra telo ireo anefa, dia ilaina ampiasaina daholo izay tetika mety ampiasaina ary manaova toy ny voalazan'i Md. Paoly hoe : miteraha hoatry ny reny, ka sady ray ianao no mpampinono ary manome ny fiainana noho ny fitiavana. » (VD. 451-452)

Le moyen principal c'était qu'au Prado les enfants se sentent vraiment chez eux, en famille :

Ny fomba voalohany dia ao amin'ny Prado no ahatsapan’ ireto ankizy ireto marina fa any aminy izy, eo anivon’ny fianakaviana.

« Nous imiterons Notre Seigneur dans sa bonté pour les enfants, les appelant à lui et leur donnant des témoignages tout particuliers de tendresse et d'affection. Nous leur servirons de père et de mère, nous occupant d'eux avec une sincère affection pour gagner leurs âmes à Dieu. Nous recevrons quand l'occasion se présentera les parents de nos enfants à notre table, ainsi que les pauvres, nous faisant un bonheur de les servir et de leur montrer toute notre affection pour eux » (R, 184).

« Haka tahaka ny Tompontsika amin'ny hatsaram-pony amin'ny ankizy, hiantso azy ireo ho any aminy ary hanome azy ireo vavolombelona tena vavolombelon’ny tambitamby sy fitiavana. Hitondra tena ho toy ny ray sy reny amin’ izy ireo isika amin'ny fikarakarana azy ireo amim-pitiavana marina mba hahazoany ny fanahiny amin’ Andriamanitra. Rehefa tonga ny fotoana dia handray ny ray aman-drenin’ireo ankizintsika hiray latabatra amintsika, ary ho toy izany koa ny mahantra, ary hataontsika hasambarana ny handroso sakafo azy ireo sy hanehoana amin’izy ireo ny fitiavantsika azy ireo. » (R. 184)

Le P. Chevrier était le premier à faire cela et entraînait tout son monde.

Mompera Chevrier no voalohany nanao izany, ary nitarika ny tontolo manodidina azy izany.

Mais n'imaginons pas que l'ambiance au Prado était idyllique. Il ne s'agissait pas simplement de catéchiser des enfants de tradition chrétienne. Il fallait souvent lutter contre leur incrédulité, contre l'erreur, le mensonge et le péché qui règnent dans le monde (VD. 457) et qui se manifestaient aussi à l'intérieur du Prado.

Fa aza maka sary an-tsaina fa ny fiainana ao amin'ny Prado dia feno fitiavana. Tsy hoe fampianarana katesizy fotsiny amin'ny fomba kristianina mahazatra. Tsy maintsy miady matetika amin'ny tsy finoany, amin'ny horohoro, amin'ny lainga sy fahotana izay manjaka amin’ izao tontolo izao (VD 457) ary izay miseho ihany koa ao anatin’ny Prado.

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Tout ce travail d'évangélisation comprenait, comme il se doit, une vie liturgique et sacramentelle.

Ity asa tafika masina ity araka ny tokony ho izy dia nisy fiainana ara-litorjia sy sakramenta.

Le séjour des jeunes au Prado comportait généralement la réception de la confirmation. Ce qui valut à un évêque d'être porté en triomphe par les enfants qui voulaient lui manifester leur sympathie. Il est vrai qu'étant évêque missionnaire en Océanie, celui-ci pouvait plus facilement que d'autres supporter ce genre d'hommage.

Ny fipetrahan’ny tanora ao amin'ny Prado amin'ny ankapobeny dia misy fandraisana ny sakramenta fankaherezana. Izany no mahatonga eveka iray handresy teo amin'ny ankizy izay te-haneho taminy fitiavany azy. Marina fa amin'ny maha eveka misionera azy any Océanie dia afaka manao izany tena mora foana noho ny hafa izy hizaka izany karazana voninahitra izany.

Tout était orienté explicitement vers la Première Communion comme vers la plénitude de l'initiation chrétienne. Le P. Chevrier ne se faisait pas d'illusions : il savait bien qu'en général il ne réussirait pas à former des pratiquants. Il voulait former des croyants et ne pensait pas pouvoir le faire pleinement sans conduire jusqu'à l'Eucharistie. Dans le cadre strictement limité des règles liturgiques du temps, il faisait tout pour qu'à la chapelle du Prado l'assemblée participe avec intelligence aux mystères liturgiques. C'est dans ce but que la chapelle était remplie de statues, de tableaux et d'inscriptions.

Natao ho an’ny komonio voalohany rehetra araka ny fanazavana tahaka ny ho an’ny fahafenoan’ny fanombohana ho kristianina. Tsy nanao hevitra hafa i Mompera Chevrier : fantany tsara fa tsy ho tafita izy amin'ny fanomanana olo-mazoto. Te hanomana mpino izy ary mieritreritra fa tsy ho afaka hanao izany tanteraka tsy mitondra izany hatrany amin'ny Eokaristia. Ao anaty sehatra tena voafetran’ny fitsipika litorjikan’ny fotoana, nanao izany rehetra izany mba handraisan’ny sapely ao amin'ny Prado ka ny fivoriambe dia handray anjara amin'ny zavamiafina litorijika. Ary amin’io tanjona io no mahafeno sary vongana, tabilao, sy fisoratana anarana ny sapely.

Aux séances de catéchisme pour les enfants s'ajoutaient les prédications à la chapelle :

Amin'ny fotoanan’ny fampianarana katesizy ho an’ny ankizy dia ampiana toriteny any amin'ny sapely :

« Quand devons-nous prêcher?

« Rahoviana no tsy maintsy itoriana teny ?

« Tous les jours et les dimanches plusieurs fois. C'est le dimanche surtout qu'il faut prêcher, catéchiser. A chaque instant; un prêtre doit toujours être prêt à parler, comme Notre Seigneur : il parlait, instruisait, reprenait à chaque instant et dans toute occasion.

« Isan'andro vaky, fa amin'ny alahady kosa im-betsaka be. Amin'ny alahady indrindra isika no tsy maintsy mitory teny sy mampianatra katesizy. Na amin'ny fotoana inona na amin'ny fotoana inona dia tsy maintsy vonona hiteny, sahala amin'i Jesoa Kristy Tompontsika mandrakariva ny Pretra. Niteny izy, nampianatra izy, nananatra lalandava izy raha vao nisy hirika kely nanaovany izany.

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« Avant la messe, expliquer la Sainte Messe et réciter hautement les prières de la messe.

« Alohan'ny Lamesa, manazava ny Soratra Masina ary mitanisa ny vavaka atao amin'ny sorona amin'ny feo avo.

« Après l'Évangile, expliquer l'Épître et l'Évangile, simplement.

« Aorian'ny Evanjely, mivaofy ny Epistola sy ny Evanjely, amim-pahatsorana.

« Après les Vêpres, expliquer le rosaire.

« Aorian'ny vavaka hariva, manazava ny rozery.

« Le soir, expliquer le chemin de la croix avant de le faire et le faire en forme d'instruction.

« Ny hariva, manazava ny lalan'ny hazofijaliana aloha, izay vao manao azy ho toy ny fampianarana.

« A la prière, expliquer un commandement de Dieu.

« Eo am-pivavahana, manazava ny iray amin'ny didin'Andriamanitra.

« Pendant l'examen

« Mandritra ny fandinihan-tena :

praedica verbum insta argue obsecra [proclame la Parole, insiste, reprends, menace].

« praedica verbum insta argue obscera. [mitoria ny teny, mahareta amin’izany, manitsia, mananàra, mamporisiha]

« Tous les soirs, l'enseignement de Notre Seigneur Jésus Christ aux fidèles.

« isan'andro vaky, ny fampianaran'i Jesoa Kristy Tompontsika amin'ny mpino.

« Notre Seigneur a dit tout ce qu'il fallait dire : nous n'avons qu'à ouvrir son livre et le lire aux fidèles avec une petite explication » (VD. 449).

« Nambaran'ny Tompontsika avokoa izay rehetra tsy maintsy lazaina : sokafy ny bokiny dia vakio amin'ny mpino ary asio famoaboasany kely fotsiny. » (VD. 449)

Un nombre considérable de gens venait au Prado pour se confesser et demander l'absolution. C'est surtout à cause de ces pénitents si nombreux que le P. Chevrier arrivait souvent très en retard au repas. Il explique lui-même cette conduite :

Misy olona marobe tonga amin'ny Prado mba hikofesy sy hangataka famotsoran-keloka. Noho ireo mpibebaka ireo indrindra raha toa ka marobe no nahatongavan’i Mompera Chevrier matetika tara be amin'ny sakafo. Manazava ity fihetsika ity ny tenany :

« Jeûne de charité, c'est-à-dire que nous ne craindrons pas de retarder notre repas, quand ce sera nécessaire pour exercer la charité, de sortir de table pour aller remplir un autre devoir de charité à l'égard du prochain. Il faut s'oublier soi-même pour les autres; dans ce cas, pour ne déranger personne et n'être pas, pour les autres, un sujet de mécontentement ou de peine, on mangera sa portion qui doit rester sur la table et qu'on aura soin de ne pas

« Fifadian-kanina noho ny fitiavana hanompo ny namana dia toy izao : aza matahotra ny hanemotra ny oran’ny sakafonao raha ohatra ka ny fanompoanao ny namana no mitaky izany ; na mitsangan-komana noho ny fanompoana ny namana ihany koa. Mbà mahay manadino ny tena hanompoana ny sasany ; ka amin’izay fotoana izay, mba tsy hanelingelina na hampatezitra ny sasany, dia avelao eo ambony latabatra ny anjara haninao

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emporter. Si c'est froid, tant pis. Et, si on veut, on fera bien de laver son assiette et verre pour ne causer de dérangement à personne à cause de soi. Il faut savoir souffrir et ne faire souffrir personne » (VD. 353).

fa aza enti-manaraka, ka rehefa tafaverina ianao mihinana azy na dia mangatsiaka aza izy ; rehefa avy mihinana dia sasao ny lovia sy ny vera mba tsy hanomezam-pahasahiranana ny namana. Mahaiza mijaly fa aza mampijaly olona. » (VD. 353)

Au dire du médecin cette manière de faire fut une cause aggravante, sinon la cause, de la maladie d'estomac dont il mourut à cinquante-trois ans, réalisant ce qu'il avait enseigné : « Il vaut bien mieux vivre dix ans de moins en travaillant pour Dieu que de vivre dix ans de plus en ne faisant rien » (R. 179).

Araka ny filazan’ny mpitsabo ity fomba fanao ity dia antony mitera-doza, raha tsy izay dia antony aretim-bavony izayy namono azy tamin'ny faha-telo ambidimampolo taonany eo am-panatanterahana izay nampianariny : « Aleo miaina latsaky ny folo taona miasa ho an’ Andriamanitra toy izay miaina folo taona mihoatra tsy manao na inona na inona. » (R. 179)

Mais pour bien le comprendre à ce sujet il faut aussi entendre d'autres paroles.

Nefa mba ahazoana tsara izany lohahevitra izany dia tsy maintsy mandre teny hafa.

« Vous m'avez appris que notre ami Delorme va un peu mieux; que Dieu en soit loué! Ayez-en bien soin et ne craignez pas de faire les dépenses nécessaires pour sa santé, et quand il y a quelqu'un de malade parmi vous, soyez pleins de bonté et de charité pour lui être utile, faites toutes les dépenses nécessaires pour conserver la santé nécessaire pour travailler avec courage à la gloire de Dieu; il faut qu'un bon ouvrier ait une bonne santé, quoique cependant il arrive parfois que les souffrants glorifient autant Dieu que les autres, par le sacrifice qu'ils font tous les jours de leurs peines » (Lettre n°86 (113) [A Claude Farissier] [St. Fons, juin 1872]).

« Nampahafantatra ahy ianareo fa efa mihatsara i Delorme namantsika, hoderaina anie Andriamanitra amin'izany. Karakarao tsara izy ary aza matahotra ny hanao fandaniana izay rehetra ilaina amin'ny fahasalamany ; ary raha misy iray marary eo aminareo, aoka ianareo ho feno hatsaram-pò sy fitiavana mba hahasoa azy, ataovy daholo izay fandaniana rehetra ilaina mba hikajiana ny fahasalamany, mba hiasàna amin-jotom-pò ho amin'ny voninahitr'Andriamanitra ; tsy maintsy hanana fahasalamana tsara ny mpiasa iray. Nefa na izany aza misy ny fijaliana midera an’ Andriamanitra tahaka ny hafa amin’ny fanoloran-tena izay ataony isan’ andro ao anatin’ny alahelony. » (Taratasy 86 (113) Ho an'i Claude Farissier, [St Fons, jona 1872]

Les lettres du P. Chevrier donnent fréquemment des avis semblables et il aurait dit à la fin de sa vie :

Ny taratasin’i Mompera Chevrier nanome hevitra mitovitovy matetika ary niteny izany izy teo amin'ny fiainany :

« Je regrette bien les morceaux de pain dont je me suis privé,

« Malahelo ny sombi-mofo izay tsy nohaniko aho »

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j'aurais pu travailler plus longtemps à la gloire de Dieu » (P. IV, 151).

« ho afaka miasa fotoana be kokoa ho an’ny voninahitr’ Andriamanitra aho » (P. IV, 151).

La réputation d'Antoine Chevrier fit qu'on lui amena à plusieurs reprises des gens qu'on supposait possédés du démon. Il est certain qu'il pratiqua les exorcismes à la chapelle du Prado. On retrouve parmi cette clientèle assez étrange un dénommé Gay qu'on avait déjà envoyé au curé d'Ars. Nous ne savons rien, par le P. Chevrier lui-même, sur cet aspect de son ministère. L'abbé Boulachon, son ami, aumônier de prison, participait aux opérations. Soeur Marie qui a assisté aux exorcismes en dit peu de chose. Un autre témoin, Françoise Chapuis, donne au contraire force détails sur les « possédés » et les apparitions du démon. On peut, sans rationalisme exagéré, attribuer à l'imagination de Françoise une bonne part de ce qu'elle avance.

Ny lazan’i Antoine Chevrier dia nahatonga azy itondrana olona izay noheverina fa itoeran’ny demony imbetsaka. Marina fa nanao fandroahana demony izy tao amin'ny sapelin’ny Prado. Hita anisan’ity mpandalo hafahafa ity olona iray antsoina hoe Gay izay efa nalefa tany amin'ny Curé d’Ars. Tsy mahalala na inona na inona tamin'ny Mompera Chevrier izahay mahakasika ny endriky ny ministerany. Ny Abbé Boulachon namany, mpiandraikitra tany amin'ny fonja nandray anjara tamin'ny asa. Niteny zavatra vitsy tamin’ izany i Masera Marie izay nanatrika fandroahana demony. Vavolombelona hafa iray, Françoise Chapuis, dia nanome antsipirihany amin’ireo « voafatotra » sy ny fomba fisehon’ny demony, nifanohitra amin'ny an’i Masera Marie. Azo atao fa tsy filazana tafahoatra ny miombon-kevitra amin'ny eritreritr’i Françoise amin’ny zavatra tsara kely izay lazainy.

Le cardinal Caverot qui devint archevêque de Lyon en 1876 demanda au P. Chevrier de ne plus s'occuper de telles choses. Il pensait sans doute que ce prêtre avait mieux à faire pour combattre réellement le Mauvais.

Ny kardinaly Caverot izay lasa arisevekan’i Lyon tamin'ny 1876 dia nangataka tamin’i Mompera Chevrier tsy hisahana zavatra toy izany intsony. Ataony fa nanana asa tsaratsara kokoa mba iadiana amin'ny Ratsy.

En effet, Antoine Chevrier avait surtout à combattre la fausse religion et le mauvais esprit parmi ses collaborateurs et collaboratrices.

Araka izany dia manana asa atao iadiana amin'ny fomba fivavahana sandoka sy ny asan’ny fanahy ratsy eo amin'ny mpiara-miasa lahy sy vavy i Antoine Chevrier.

A propos des combats de Jésus contre la fausse religion des pharisiens, il remarque :

Momba ny adin’i Jesoa amin'ny fivavahana sandoky ny Farisianina dia izao no marihiny :

« Recommandations que Notre Seigneur Jésus nous fait à nous prêtres surtout; instruction de Notre Seigneur sur le pharisaïsme. Faites bien attention. Gardez-vous du levain des pharisiens (Mt 26,6), rien n'est plus opposé à l'esprit et à la religion de Notre Seigneur » (VD. 460, n° 3).

« hafatr'i Jesoa Kristy Tompontsika ho antsika pretra indrindra indrindra ny fampianarana nomen'ny Tompontsika momba ny toe-tsain'ny farisiana. Tandremo tsara. Malimalina ianareo amin'ny lalivain'ny farisiana (Mt 26, 6) fa tena mifanohitra mafy amin'ny toe-tsaina sy ny fivavahan'ny Tompontsika izany. » (VD. 460, n° 3)

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Il menait un combat en ramenant sans cesse tous ses compagnons à l'Évangile, à la connaissance de Jésus Christ. La rudesse de certaines paroles fait pressentir l'âpreté de la lutte :

Niady tokoa izy hitarika ny namany any amin'ny Evanjely, ho amin'ny fahalalana an’i Jesoa Kristy. Ny hamafin’ny teny sasany dia ahatsapana ny hamafin’ny ady :

« Combien ceux qui n'ont pas le bon esprit sont nuisibles et à craindre dans une maison, dans une communauté ! Comme ils font du mal aux autres par leurs paroles et par leurs exemples! Ils sont constamment à dire du mal de celui-ci, de celui-là, de celle-là; ils ressemblent, comme dit Notre Seigneur, à ces petites vipères, ces serpents qui sont là à épier le moment où ils pourront vous mordre pour répandre le poison qu'ils portent continuellement dans leur sein.

« Mpandrava laka sady tena tsy mahasoa mihitsy anie ny olona tsy manana io fanahy tsara io e, ary tena atahorana mihitsy ao an-trano, ao amin'ny Kominote. Manafintohina sy manorisory ny sasany amin'ny teniny sy ny ohatra omeny ; manaratsy na mifosa namana foana no ataony ; tena ilay lazain'ny Tompontsika hoe : toy ny menarana mitsikilo mandrakariva ny fotoana hanaikerany anareo ka handefasany ny poizina avy ao anatiny.

« Paroles de blâme, de critiques, paroles à tort et à travers, inutiles, perte de temps, bouffonneries, etc.

« Tevateva, tsikera, teny tsy voahevitra, tsy ilaina, fanariam-potoana, hadalana, sns…

« Il faudrait leur mettre un bâillon à la bouche, jusqu'à ce qu'ils se soient convertis.

« Tokony ho fehezin-damba mihitsy aza ny vavany mandram-pibebahany.

« Races de vipères, disait Notre Seigneur en parlant aux pharisiens, parce que leur cœur était mauvais et qu'ils ne cherchaient qu'à le mordre et à répandre leur méchanceté sur lui et ses apôtres.

« Taranaky ny menarana, hoy ny Tompontsika, miteny ny Farisiana satria ratsy fo izy ireo, ka tsy mikaroka afa-tsy izay hamelezana azy sy ny Apôstôly mba hiampangana azy.

« Et, ordinairement, ce sont ceux-là qui veulent dominer et qui cherchent toujours à dominer par leur esprit malin et de critique; ils sont orgueilleux et veulent toujours avoir l'empire sur les autres.

« Ary matetika izy ireny no te-hanapaka ary mikaroka fanapahana mandrakariva noho ny haratsian-tsaina sy ny fitsikerana, miavonavona anie izany e ! ary te-hanjakazaka amin'ny hafa foana.

« Il faut surveiller ces mauvais esprits et ne pas les garder parce qu'ils sont une peste et un venin qui seront toujours nuisibles et mortels et qui, non seulement empêchent le bien, mais ruinent les maisons et les détruisent.

« Tsy maintsy arahi-maso ireny fanahy ratsy ireny, ary roahina fa pesta mampiditra angano, poizina mampidi-doza mahafaty satria tsy vitan'izy manakana ny tsara fa mbola mandrava efa sy mamotika ny trano.

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« Ces gens, dans une maison, ressemblent à des démolisseurs; ils font plus d'ouvrage en un moment que trente autres n'en font dans une matinée.

« Ao an-trano ireny karazan'olona ireny dia mitovy amin'ny mpandrava ny vita : bebe kokoa ny zavatra ravany ao anatin'ny fotoana fohy noho ny naorin'ny olona telopolo mandritra ny maraina tontolo.

« Quand il y en a qui cherchent à bâtir et d'autres qui démolissent continuellement, il est inutile de perdre son temps à bâtir; les démolisseurs iront toujours plus vite que les bâtisseurs » (VD. 231-232).

« Raha misy te-hanorina nefa ravan'ny sasany foana, dia tsy misy zava-tsara ho vita fa fotoam-bery fotsiny. Mavitribitrika kokoa noho ny mpanorina ny mpandrava. » (VD. 231-232)

Des bâtisseurs de l’Œuvre de Dieu, voilà ce que cherchait inlassablement le P. Chevrier. Il était persuadé qu'il ne suffisait pas d'accueillir des gens de bonne volonté ayant donné des signes de vocation. Il fallait les former. Surchargé par les diverses tâches qui l'accaparaient, il n'oubliait pas sa tâche personnelle principale, la formation d'apôtres pauvres pour les pauvres.

Mpanorina ny asan’ Andriamanitra, izany no nitadiavin’i Mompera Chevrier tsy nahatalany vizana. Nihevitra izy fa tsy ampy ny mandray olona tsara sitrapo ka manana famantarana fiantsoana. Tokony hofanina izy ireny. Feno asa loatra noho ny asa isan-karazany izay mihazona azy, dia ny tsy adinony ny asany lehibe manokana, dia ny fanofanana apôstôly mahantra ho an’ny mahantra.

Pour eux il poursuivra, tant que ses forces le lui permettront, la rédaction d'un livre : le Prêtre selon l'Évangile ou le Véritable Disciple de Notre Seigneur Jésus Christ.

Ho azy ireo dia hanohy izy raha mbola tratry ny heriny ny fanoratana boky iray : Ny pretra araka ny Evanjely na ny Mpianatry ny Tompontsika Jesoa Kristy.

Dès l'époque de sa conversion Antoine Chevrier avait senti le besoin de mettre par écrit son projet de vie. Progressivement il a compris qu'il devait exposer toute sa pensée pour la communiquer à ceux qui viendraient travailler avec lui. A l'aide des nombreux documents écrits qu'il a laissés on peut suivre à la trace un travail opiniâtre. Les principales étapes de ce travail sont au début un règlement de vie, fruit d'une retraite faite en 1857, puis un essai intitulé le Sacerdoce et au terme le Véritable Disciple tel que nous l'avons. Nous savons explicitement l'intention de l'auteur :

Nahatsapa ny filàna hametraka an-tsoratra ny fikasany ho an’ny fiainana raha vao manomboka ny fotoan’ny fiovam-pony i Antoine Chevrier. Azony tsikelikely miandalana teny fa tokony ho avoakany ny eritreriny rehetra amin’ireo izay tonga hiasa miaraka aminy. Tamin'ny alalan’ny tahirin-kevitra marobe izay navelany dia afaka manaraka ny dian’ny asa mangidy iray ny olona. Ny dingana lehiben’io asa io dia ao amin'ny fiantombohan’ny fitsipi-piainana, vokatra azo tamin'ny fisintahana natao tamin'ny 1857 sy tao amin'ny andrana iray nantsoina hoe Sacerdoce ary amin'ny teny hoe ny Mpianatra Marina ary amin'ny farany araka izay ananantsika azy. Fantatsika mazava ny fanirian’ny mpanoratra :

« Voilà comment je pense faire : achever mon petit

Izao no heveriko fa hataoko : mamita ireo asako

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travail sur le Véritable Disciple et le faire examiner par des prêtres sérieux, et marcher avec leur approbation. Si Monseigneur vient à Rome, je le lui montrerai, et nous suivrons cette règle » (Lettre n°148 (83) [7] [A Jean-Claude Jaricot] [Rome, fin avril 1877]).

momba ny "Mpianatra Marina", mampandinika izany eo amin'ireo Pretra matotra, ary mandeha miaraka amin'ny faneken'izy ireo. Ary rehefa tonga eto Rome i Monsenera, dia hasehoko azy izany ary dia ho arahintsika ny fitsipika. » (Taratasy faha-148 (83) [7] Ho an’i Jean Claude Jaricot, [Rome, faran’ny volana Avrily 1877]

Ce livre est le témoignage le plus clair de la persévérance d'Antoine Chevrier. C'est le fruit de son intuition essentielle. Il explicite de plus en plus cette intuition, au fur et à mesure que grandit son expérience et en cultivant sans cesse la connaissance de Jésus Christ, par l'étude minutieuse de l'Évangile et de saint Paul.

Vavolombelona tena mazava indrindra amin’ny filofosan’i Antoine Chevrier io boky io. Vokatry ny eritreriny manokana. Manazava hatrany ity tsindrimandry ity izy arakaraka ny itomboan’ny traikefany ary ikolokolo any tsy an-kijanona ny fahalalana an’i Jesoa Kristy amin'ny fianarana lalina ny Evanjely sy Masindahy Paoly.

Connaître Jésus Christ, c'est tout.
Mahalala an’i Jesoa Kristy, izay ihany.

« Tout est renfermé dans la connaissance de Dieu et de Notre Seigneur Jésus Christ.

« Mitambatra ao amin’ny fahalalana an’ Andriamanitra sy i Jesoa Kristy Tompontsika daholo ny zavatra rehetra.

« Haec est vita aeterna ut cognoscant te solum Deum verum et quem misisti Jesum Christum. [La vie éternelle c’est qu’ils te connaissent toi, le seul vrai Dieu et ton envoyé Jésus Christ.]

« Haec est vita aeterna ut cognoscant te solum deum verum et quem misisti Jesum Christum [Izao no fiainana mandrakizay, dia ny mahalala Anao hany Andriamanitra marina sy i Jesoa Kristy Izay nirahinao].

« Jésus Christ, c'est le Verbe éternel, c'est la parole vivante du Père sur la terre, c'est sa science et sa sagesse. En lui sont tous les trésors de science et de sagesse.

« I Jesoa Kristy dia ny Teny mandrakizay. Teny velon’ny Ray eto ambonin’ny tany. Fahalalany sy Fahendrena rehetra. Ao Aminy avokoa ny tahirin-drakitry ny fahalalana sy ny fahendrena.

« Aussi saint Paul ne souhaite-t-il rien d'autre à ses fidèles que de connaître Jésus Christ.

« Izany no mahatonga an’i Md. Paoly tsy haniry zavatra hafa ho an’ny mpino afa-tsy ny fahalalana an’i Jesoa Kristy.

« Je fléchis le s genoux devant le Père de Notre Seigneur Jésus Christ, de qui découle toute paternité dans le ciel et sur la terre. Afin qu'il vous donne, selon les richesses de sa gloire, d'être fortifiés dans l'homme intérieur par son Esprit, qu'il fasse que Jésus Christ habite par la foi dans vos cœurs, et qu'étant enracinés et fondés dans la charité vous puissiez comprendre avec tous les

« Izaho mandohalika eo anoloan’ny Rain’i Jesoa Kristy Tompontsika, izay loharano nipoiran’ny zavatra rehetra any an-danitra sy ety an-tany. Mba hanomezany anareo ny harena ao amin’ny voninahiny, ianareo izay nankahereziny ara-panahy noho ny Fanahy Masina, mba honenan’i Jesoa Kristy ao am-ponareo noho ny finoana, ary noho ianareo niorim-paka sy miray fototra ao anatin’ny fitiavana, dia mba hahazoanareo mandray, miaraka amin’ny

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saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de ce mystère et connaître l'amour de Jésus Christ envers nous, qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez remplis des dons de Dieu dans toute leur plénitude. A celui qui, par la puissance dont il agit en nous, peut faire infiniment plus que nous demandons et tout ce que nous pensons, gloire dans l'Église par Jésus Christ, dans les siècles des siècles (Ep 3, 14).

olomasina an-tsakany sy an-davany, ny haavo sy ny halalinan’ny zava-miafina ao amin’ny fahalalana an’i Jesoa Kristy sy ny fitiavany anareo, izay mihoatra ny fahalalana rehetra, mba ho fenon’ny fanomezan’Andriamanitra amin’ny hafenoany rehetra ianareo. Ary ho an’Andriamanitra izay mahay manao mihoatra noho ny zavatra rehetra, eny, mihoatra lavitra noho izay angatahintsika na heverintsika aza, araka ny heriny miasa ato amintsika amin’ny taona rehetra mifandimby. (Ef 3, 14)

« Aucune étude, aucune science ne doit être préférée à celle-là. C'est la plus nécessaire, la plus utile, la plus importante, surtout à celui qui veut être prêtre, son disciple, parce que cette connaissance seule peut faire les prêtres. Les autres sciences ne sont qu'accessoires et de circonstance » (VD. 113).

« Tsy nisy fianarana na fahalalana tokony homena toerana ambonimbonin’io. Io no tena ilaina, tena ahitan-tsoa, tena manan-danja, indrindra ho an’izay te-ho Pretra, mpianany, satria io fahalalana io irery no hahatongavana ho Pretra. Fanampiny tsy ilaina loatra ny fahalalana hafa rehetra. » (VD. 113)

Persévérance pour étudier l'Évangile et pour rédiger le Véritable Disciple, mais n'oublions pas une autre persévérance sans laquelle le livre n'aurait eu aucune utilité : persévérance pour former des apôtres comme Jésus Christ formant les Douze.

Filofosana hianatra ny Evanjely ary hanoratra ny Mpianatra Marina, fa aza adinoantsika ny filofosana hafa iray raha tsy izany tsy nisy nilàna azy ny boky : filofosana hanofana apôstôly tahaka an’i Jesoa nanofana ny Roa ambin’ny folo.

« Pendant les trois ans qu'il a passé avec eux pour les former à la vie évangélique et apostolique, nous ne le voyons pas du tout s'appliquer à leur donner des formes extérieures et régulières, disciplinaires; ils vivaient selon le temps, comme ils pouvaient.

« Nandritra ny telo taona niarahany tamin’izy ireo, ka nanofanany azy tamin’ny Evanjely sy ny asa anirahana azy, dia tsy hitantsika mihitsy i Jesoa Kristy nanafatra ny mpianany mba hanana fomba na fihetsika ety ivelany fotsiny na fitsipika ety ivelany, fa ny nanafarany azy fatratra dia ny iainany ao anaty ny zava-misy sy ny zava-mitranga araka ny isehoany.

« Mais nous le voyons s'occuper constamment de la transformation intérieure de ses apôtres. Il les instruisait sans cesse, il les reprenait à chaque instant, il les mettait à tout, les formait à tout » (VD. 222).

« Ny tena nimasoany dia ny fanovana ny ati-panahin’ireo Apôstôly. Nampianatra azy tsy tapaka Izy, nananatra azy ireo isak’izay ilàna izany koa ; nampanao azy ny asa rehetra ary nanofana azy ireo amin’ny zavatra rehetra. » (VD. 222)

A l'époque où vinrent les premiers enfants de l'école

Tamin’ny fotoana izay nahatongavan’ny mpianatra voalohany tany an-tsekolim-

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cléricale, se présentèrent aussi deux jeunes gens qui voulaient devenir prêtres et acceptaient de travailler au Prado. Il s'agissait d'un dénommé Martinet et de Jean-Claude Jaricot. Le premier, ancien Frère des Écoles chrétiennes, était entré au Prado comme catéchiste, et fut ordonné en 1866. Le second, qui avait été au grand séminaire de Lyon, fut ordonné en 1869.

mpinoana dia tonga tanora roa izay te-hanao pretra, ary nanaiky hiasa ao amin'ny Prado. Ilay nantsoina hoe Martinet sy Jean-Claude Jaricot izay. Ny voalohany maintimolaly tao amin'ny Freran’ny Sekoly Kristianina (Frères des Écoles Chrétiennes) dia niditra tao amin'ny Prado ho katekista ary nohamasinina tamin'ny 1866. Ny faharoa izay tao amin'ny « Grand Séminaire » de Lyon dia nohamasinana tamin'ny 1869.

L'ordination de l'abbé Martinet coïncidait avec la mise en route d'une expérience très importante aux yeux du P. Chevrier. A la limite du diocèse de Lyon mais dans le diocèse voisin de Grenoble, au lieu-dit du Moulin à Vent, on voulait fonder une nouvelle paroisse. Les habitants du quartier étaient en général des maraîchers. On offrit au P. Chevrier de devenir curé de cette paroisse et il accepta. Il était autorisé à demeurer au Prado et à faire desservir habituellement la paroisse par l'abbé Martinet. Cette affaire lui tenait profondément à cœur car il voyait le Moulin à Vent comme un terrain favorable pour réaliser ses idées sur le ministère paroissial, ce qu'il appelait l'ceuvre des prêtres pauvres pour les paroisses.

Ny fanamasinana ho pretra ny Abbé Martinet dia nifanindry tamin'ny fampandehanana ny traikefa tena lehibe teo ambany mason’i Mompera Chevrier. Teo amin'ny sisitanin’ny diosezin’i Lyon fa tao amin'ny diosezy mifanolobodorindrina amin’i Grenoble, fa tsy eo amin'ny toerana antsoina hoe Moulin à Vent no tiana hanorenana Fiangonana vaovao iray. Mpivaro-boakazo ny mponina teo amin'ny fokontany amin'ny ankapobeny. Nanolotra tamin'i Mompera Chevrier mba ho pretra amin’ity fiangonana ity ary nanaiky izy. Nahazo alalana hipetraka ao amin'ny Prado sy hiasa mandrakariva ao amin'ny fiangonana tamin'ny Abbé Martinet izy. Noraisiny am-po lalina ity asa ity satria nahita ny Moulin à Vent tahaka ny tany tsara hanatanterahana ny heviny momba ny ministeran’ny fiangonana izy, ilay antsoina hoe asan’ny pretra mahantra ho an’ny fiangonana.

On se mit au travail. Une petite équipe de soeurs fut de la partie. La présence de Soeur Marie dans cette équipe montre l'importance qu'avait cette entreprise aux yeux du nouveau curé.

Niasa tamin’izay izy. Ekipa kelin-dry masera no nanao ny asa. Ny fisian’i masera Marie tao amin’ity ekipa ity dia mampiseho ny maha zava-dehibe an’ity orinasa ity teo ambany mason’ny Curé vaovao.

Cependant les choses n'allèrent pas toujours facilement. D'après ce qui nous a été rapporté, les habitants du quartier furent très contents, mais il semble que la manière « évangélique » d'Antoine Chevrier suscita des difficultés. On peut supposer qu'elles naquirent parmi les collègues des environs, probablement au sujet de

Fa na izany na tsy izany dia tsy mandeha mora foana ny toe-javatra. Araka izay no taterina taminay, tena faly ny mponina teo amin'ny fokontany, fa toa ny fomba mifanaraka amin’ny evanjely, teo amin’i Antoine Chevrier no niteraka olana. Azo heverina fa niteraka disadisa teo amin'ny mpiara-miasa manodidina izany indrindra momba ny tsy fandoavam-bola ao amin'ny ministera, resaka voalohany ho an’ny mpanorina ny Prado izany.

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la gratuité du ministère, question de premier plan pour le fondateur du Prado. Des réclamations allèrent jusqu'à l'évêché de Grenoble tant et si bien qu'en juin 1871 le curé du Moulin à Vent apprit indirectement qu'il avait un successeur en la personne de son vicaire l'abbé Martinet nommé officiellement curé. A partir de ce moment, ce dernier eut le bon goût de s'écarter du Prado et trouva sans doute plus commode de ne plus gêner les confrères d'alentour en acceptant de faire comme tout le monde.

Nisy fitakiana tonga hatrany amin'ny evekan’i Grenoble ka teo amin'ny taona 1871 dia ny Curé-n’ny Moulin à Vent dia nandre tsy mivantana fa nanana mpandimby izy dia ny vikerany, ny Abbé Martinet voatendry Curé tamin'ny fomba ofisialy. Nanomboka tamin’io fotoana io dia nihevitra ny hisintaka teo amin'ny Prado izy, tsy nisalasala fa tsara ny tsy hanelingelina intsony ny rahalahy manodidina teo am-panekana hanao tahaka ny olona rehetra.

Le P. Chevrier ne fit rien pour revendiquer un peu plus d'égards pour sa personne. Il souffrit beaucoup de cet échec mais pardonna volontiers à l'abbé Martinet. Les soeurs revinrent au Prado. En lisant ce qu'ont rapporté les témoins, on sent que l'entourage du Père pardonnait moins facilement ce qu'on regardait comme une sorte de trahison.

Tsy nanao na inona na inona mba itadiavana fiheverana ny tenany i Mompera Chevrier. Nampijaly azy tokoa ity tsy fahombiazana ity fa namela an-tsitrapo ny Abbé Martinet izy. Niverina tao amin'ny Prado ry Masera. Eo am-pamakiana izay notaterin’ny vavolombelona, dia tsapa fa namela mora foana ny manodidina an’ny Mompera izay hita tahaka ny karazana famadihana.

Jean-Claude Jaricot fut lui aussi cause de déception. Assez rapidement le P. Chevrier comprit qu'il ne pouvait compter beaucoup sur ce compagnon. Certes, ce dernier était bien décidé pour la vie évangélique mais il ne pouvait être un véritable appui et encore moins pouvait-on envisager qu'il fût un jour à la tête du Prado. Non seulement le P. Jaricot était peu doué intellectuellement, mais il était encore peu doué quant au jugement. Antoine Chevrier ignorait encore l'épreuve que lui réservait Jean-Claude Jaricot pour la fin de sa vie.

Jean-Claude Jaricot koa no anton’ny fahadisom-panantenana. Vetivety teo dia fantatr’i Mompera Chevrier fa tsy afaka miantehitra be amin’io namana io izy. Marina fa tena tapa-kevitra ho an’ny fiainana evanjelika ity farany ity fa tsy afaka ho  namana azo iankinana, marina ary fara-fahakeliny azo atao ve ny maminavina fa hitarika ao amin'ny Prado izy indray andro. Tsy hoe tsy tena manam-pahaizana i Mompera Jaricot fa mbola tsy afaka tsara izy raha amin'ny fitsarana. Tsy mbola fantatr’i Mompera Chevrier ny fitsapana izay ao an-tsain’i Jean-Claude Jaricot ho an’ny fiafaran’ny fiainany.

« Il ne faut compter sur personne dans le monde, pas même sur ceux qui sont avec nous, à moins qu'ils n'aient

« Tsy misy olona azo ianteherana ao amin’izao tontolo izao, eny fa na dia ireo milaza fa tsy misaraka aminao aza, raha tsy hoe

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donné des preuves certaines de fidélité et de persévérance et ces preuves sont dans la souffrance.

angaha ka efa nanome porofo fa niara-kory taminao ka naharitra tao anatin’ny fijaliana noho ny fitokisana nomeny.

« Vous êtes demeurés avec moi dans mes tentations, disait Notre Seigneur à ses apôtres.

« Nitoetra tamiko tao amin’ny fijaliako ianareo, hoy ny Tompontsika tamin’ny Apôstôliny.

« La souffrance est la seule preuve de fidélité.

« Porofo tokana anambarana ny fifampitokisana ny fiaraha-miory marina.

« Quand vous aurez souffert, je compterai sur vous. C'est pour cela qu'il ne faut jamais engager personne à rien avant qu'il n'ait donné des preuves certaines de fidélité à l'œuvre par la souffrance » (VD. 320).

« Rahefa avy nijaly ianao, dia miantehitra aminao aho. Izany no antony tsy hanankinana ninoninona amin’ny olona tsy mbola nanome porofo fa tena azo itokisana marina izy ka mety ianteherana satria efa avy nijaly. » (VD. 320)

En 1870, la guerre entre la France et la Prusse avait inévitablement perturbé la vie du Prado. A Lyon, spécialement à la Guillotière, la chute de l'Empire et la proclamation de la République sont accompagnées d'une vague d'anticléricalisme. En 1871 une « Commune » tente de s'installer comme à Paris. Elle ne dure guère qu'un mois.

Nanembatsembana tsy azo ihodivirana ny fiainan’ny Prado ny ady teo amin'ny France sy ny Prusse tamin'ny taona 1870. Tany Lyon marimarina kokoa tany amin'ny Guillotière ny programan’ny Empire sy ny fanambarana ny Repoblika dia narahin’ny onjan’ny tsy fanekana ny fivavahana, tamin'ny taona 1871, nisy ny « Kaominina » iray izay nanandrana hipetraka tahaka ny any Paris. Tsy naharitra iray volana mihitsy izy.

Antoine Chevrier ne perd pas son sang-froid. Il écrit simplement à sa mère qu'il a envoyée à la campagne : « Je t'engage à rester à Chatanay, tu y seras plus en sûreté. Je ferai bien comme je pourrai » (Lettre n°7). A un prêtre il envoie cette lettre

Tsy nanary toky i Antoine Chevrier. Nanoratra fotsiny ho an’ny reniny izay nalefany tany ambanivohitra izy : « Mamporisika anao hijanona any Chatanay, ho tsara antoka ianao any. Ataoko izay azoko atao. » (Taratasy faha-7). Nalefany ho an’ny pretra iray hafa ity taratasy ity :

« Je ne vous engage pas à revenir encore à Lyon, à moins que vous ne teniez à être de la garde nationale. Nous avons reçu ce matin l'ordre de faire partie de la garde, sous peine d'amende et de prison et non seulement nous, mais aussi Messieurs les curés et vicaires.

« Tsy manery anao mba hiverina indray any Lyon aho, raha tsy hoe angaha tianao ny ho tonga "garde nationale". Nahazo baiko mba ho anisan'ny ao amin'ny "garde nationale"izahay androany maraina, fa raha tsy izany dia voasazy mandoa lamandy na hampiditra am-ponja, tsy hoe izahay ihany fa ao koa ry Andriamatoa isany Curés sy Vicaires.

« Je viens de l'archevêché. Monsieur Pagnon nous dit que les prêtres sont exempts par la loi, mais aujourd'hui il n'y a plus de loi. J'espère bien que ce n'est qu'un orage et que ce ne sera qu'une contrariété faite à la

« Avy any amin'ny "archevêché" aho izao. Nilaza taminay Andriamatoa Pagnon, fa tsy hiharan'ny lalàna ny pretra, sady ankehitriny koa moa tsy misy intsony izany lalàna izany. Manantena aho fa ho oram-baratra ihany izany ary sorisory ateraky

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soutane. Vous voyez tout de même que ce n'est pas très gai.

ny fanaovana akanjo fanamian'ny pretra. Ianareo ihany anie dia mahita fa tsy tsara ê !

« On nous a peu contrariés jusqu'à ce jour » (Lettre n°42 (39) [17] A Monsieur l’Abbé Bernerd, [Octobre 1870]).

« Somary notoherina ihany izahay hatramin'izao fotoana hitenanay izao. » (Taratasy faha-42 (39) [17] Ho an’i L’Abbé Bernerd, [Oktôbra 1870])

La guerre terminée, les choses reprennent leur cours habituel au Prado, c'est-à-dire, avec bien des joies, les soucis, le travail accablant, les contradictions. Au milieu de tout cela le grand espoir reste l'école cléricale dont les premiers élèves grandissent.

Rehefa vita ny ady dia niverina tao amin'ny fiainana mahazatra tao amin'ny Prado, izany hoe tao anatin’ny fifaliana, ny ahiahy, ny asa nahavizana, ny fifanoherana. Tao anatin’izany rehetra izany dia nijanona tao amin'ny sekoly evanjelika izay nitomboan’ny mpianatra voalohany.

Progressivement le P. Chevrier leur communique sa pensée, les associe à son action et à sa vie autant qu'il peut. Vient l'été 1871 où s'achèvent les études secondaires. Il faut songer aux études philosophiques et théologiques. Impossible pratiquement de poursuivre la formation intellectuelle au Prado. D'ailleurs le nouvel archevêque de Lyon doute que le P. Chevrier soit capable de former des prêtres. Les élèves iront donc au séminaire de philosophie puis au séminaire de théologie du diocèse de Lyon.

Nampitain’i Mompera Chevrier tamin’izy ireo tsikelikely ny heviny, nampiarahany tamin'ny asany sy ny fiainany araka izay azony atao. Tonga ny lohataona 1871 izay namarana ny fianarana ambaratonga faharoa. Tsy maintsy eritreretina ny fianarana filozofia sy teolojia. Tsy azo atao ny manaraka fianarana ankapobeny ao amin'ny Prado. Rahateo ny arseveka vaovaon’i Lyon dia misalasala fa afaka manofana pretra Mompera Chevrier. Araka izany dia ho any amin'ny seminera ny mpianatra hanao filozofia ary ho any amin'ny semineran’ny diosezin’i Lyon hanao teolojia.

Et comme en matière de formation apostolique il faut savoir vivre selon le temps (cf. p. 107, VD. 222), on s'organise. Les garçons ont à l'intérieur du séminaire une vie d'équipe particulière. Ainsi ils s'entraident fraternellement pour maintenir l'orientation qu'ils ont déjà reçue. Ils restent en relation constante avec leur père par lettres et par les visites que celui-ci leur fait. Ils sont totalement pris en charge financièrement par le Prado. Le temps des vacances les ramène au Prado où ils retrouvent la vie avec les pauvres et avec le P. Chevrier.

Ary ny amin'ny taranja fanomanana apôstôlika dia hahay miaina araka ny fotoana (jereo p. 107, VD. 222), dia manao fandaminana. Ny ankizilahy dia manana fiainana ekipa manokana iray ao anatin’ny seminera. Arak’izany dia mifanampy amim-pirahalahiana mba hitazonana ny fiantohana izay efa azony izany. Mijanona mifandray tsy tapaka amin'ny rain’izy ireo amin'ny alalan’ny taratasy ary ny famangiana izay ataon’izy ireo azy. Raisina an-tanana manontolo ara-bola miaraka amin'ny Prado izy ireo. Amin'ny fotoanan’ny fialan-tsasatra dia aterina ao amin'ny Prado izay ahitany ny fiainana miaraka amin'ny mahantra sy miaraka amin'ny Mompera Chevrier.

Plus de cinquante lettres concernant ce temps de formation

Misy taratasy mihoatra ny dimampolo momba io fotoan’ny fiofanana io.

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ont été conservées. Nous sommes donc bien informés. Dans cette documentation on remarque l'esprit de famille qui existe entre les correspondants. Antoine Chevrier s'intéresse à tous les aspects de la vie de ses jeunes disciples et leur parle à cœur ouvert de ce qu'il fait lui-même, de ses projets, de ses préoccupations; il les entretient de la vie du Prado et les associe à son action. Entre eux existent vraiment, malgré la séparation, les liens d'une véritable famille spirituelle :

izay voatahiry. Araka izany dia mahazo vaovao tsara izahay. Amin’ity tahirin-kevitra ity dia voamarika ao ny fiainam-pianakaviana izay misy eo amin'ny samy mpifandray. Tena liana amin'ny endri-piainana rehetran’ireo tanora mpianany ireo i Antoine Chevrier ary miresaka amin’izy ireo amin'ny fo tsotra izay ataony, dia ny tetikasany, ny zavatra sahaniny, koa kajiany ho amin'ny fiainan’ny Prado izy ireo ary ampiarahany amin'ny asany. Misy fifandraisana fianakaviana ara-panahy marina na dia eo aza ny fisarahana :

« Et quand cette famille existe réellement, nous devons trouver dans cette famille tout ce qui se trouve dans une véritable famille : l'amour, l'union, le support, la charité, tous les soins spirituels et temporels qui sont nécessaires à chacun des membres, sans avoir besoin d'aller chercher ailleurs ce qui est nécessaire pour les besoins de l'âme ou du corps, autrement la famille n'est pas entière ni véritable» (VD. 152).

« Ary raha tafajoro marina araka izany io fianakaviana io, dia tsy maintsy hita hiainany ireo hatsaram-panahy maha fianakaviana marina ny fianakaviana ireto : ny fitiavana, ny firaisan-kina, ny fifandeferana, ny fifankatiavana, ny fifampitsimbinana ara-panahy sy ara-batana ilain’ny isambatan’olona, ka tsy ilaina akory ny hitady any ivelany na ny ilain’ny fanahy na ny ilain’ny vatana ; raha tsy izany dia sady tsy tomombana no tsy marina io fianakaviana io. » (VD. 152)

Mais il n'oublie pas quel est le lien essentiel qui fait exister la famille spirituelle :

Fa tsy adinony hoe inona ny fifandraisana izay mampisy ny fianakaviana ara-panahy :

« Quand deux âmes, éclairées par l'Esprit-Saint, écoutent la parole de Dieu et la comprennent, il se forme dans ces deux âmes une union d'esprit très intime dont Dieu est le principe et le noeud.

« Raha fanahy roa samy entanin’ny Fanahy Masina no miara-mihaino ny tenin’ Andriamanitra, sy mahazo azy tsara, dia miorina ao amin’izy ireo ilay fatoram-pihavanana ao anaty ka Andriamanitra no sady fiandohany no vona mamehy azy.

« C'est le véritable lien de la religion, le véritable lien de l'âme et du cœur.

« Io no fatoram-pinoana marina, fifamatoran’ny fanahy tena azo antoka, fifandraisan’ny fo tsy mizarazara.

« Cette connaissance de Dieu produit d'abord l'amour de Dieu et aussi l'amour de celui qui pense comme nous et selon Dieu; et ce lien d'esprit, fondé sur Dieu, est

« Voalohany indrindra dia miteraka fitiavana an’Andriamanitra sy fitiavana izay miray hevitra amintsika araka an’Andriamanitra io fahalalana an’Andriamanitra io, ary io fifamatorana ara-panahy miorina amin’Andriamanitra io,

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infiniment plus intime et plus fort que tout autre lien naturel.

dia sady ao am-po tsy miloaka no mafy fototra bebe kokoa noho ny fifamatorana natoraly.

« Et quand, à ce lien spirituel, vient se joindre la pratique de cette même parole, alors se forme une famille vraiment spirituelle, une communauté chrétienne, ayant Dieu pour fondement, sa divine parole pour lien et les mêmes pratiques pour but.

« Ary rahefa miaraka ny fifamatorana ara-panahy sy ny fitandremana ny tenin’ Andriamanitra, dia tena mari-pototra ny fiainam-pianakaviana ara-panahy, fiaraha-miaina kristianina ka Andriamanitra no fototra, ny Teniny masina no fatorana ary ny fampiharana azy no tanjona.

« Et il ne peut y avoir de famille ou de communauté chrétienne sans cette union d'esprit fondée sur la connaissance de Jésus Christ, de sa divine parole, et la pratique des mêmes œuvres.

« Tsy misy fianakaviana ara-panahy, na firaisan-kina kristianina afa-mijoro, raha tsy eo io toe-tsaina miorina amin’ny fahalalana an’i Jesoa Kristy, fahalalana ny Teniny avy amin’Andriamanitra, ary ny fampiharana izany amin’ny asa nomeny io.

« L'amour de Jésus Christ, le désir de garder sa parole est le fondement de toute famille chrétienne et nous ne serons réellement unis d'esprit et de cœur qu'autant que ce précieux fondement sera posé au milieu de nous » (VD. 151).

« Ny fitiavana an’i Jesoa Kristy, ny faniriana ny hitandrina ny Teniny no fototra iorenan’ny fianakaviana kristianina, ary tsy ho afaka hinamana ara-panahy isika raha tsy tafiorina eo am-povoantsika io fototra sarobidy io. » (VD. 151)

Aussi bien, presque toutes les lettres parlent de la connaissance de Jésus Christ, de l'Esprit-Saint ou de la mission sous une forme ou une autre. On y trouve exprimé en résumé, et parfois vigoureusement, ce qui est développé dans les pages du Véritable Disciple :

Na koa saika miteny momba ny fahalalana an’i Jesoa Kristy, ny Fanahy Masina na ny iraka amin'ny endrika iray na hafa ny taratasy rehetra. Hita ao aseho amin'ny fibangoana, ary matetika mafy, izay novelabelarina tanaty pejin’ny Mpianatra Marina :

« Entendez souvent dans vos prières, dans vos méditations, dans vos recueillements ces paroles du bon Maître Sequere me [Suis-moi], ces paroles qui ont amené Pierre, Jacques, Jean, Philippe et les autres de sa suite et ont fait d'eux des apôtres qui ont marché si courageusement et si vaillamment dans la voie de la pauvreté, de la souffrance et de l'amour.

« Aoka ho renareo matetika ao anatin’ny vavakareo, ao amin’ny fandinihan-tenanareo, ary ao amin’ny fieritreretanareo ireto tenin’Andriamanitra ireto : Sequere me, Sequere me, teny izay nitaona an’i Piera, Jakoba Filipo sy ireo sisa nanaraka azy taty aoriana, ary nanao azy ireo ho tonga apôstôly izay mandeha amin-jotom-po sy amim-pandresena ao amin’ny lalan’ny fahantrana, fahoriana, ary fitiavana.

« Je prie pour vous, chers enfants, vous êtes ma consolation

« Mivavaka ho anareo aho, ry zanaka malala isany,

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dans mes peines et mon espérance dans mes ennuis.

ianareo no fiononako amin’ny alaheloko, fanantenako ao aminy.

« Quand je pense que vous catéchiserez un jour les pauvres, que vous vous dévouerez un jour au service du bon Maître, que vous ferez ce que je n'ai pu faire moi-même, que vous deviendrez un jour des saints, que vous travaillez à devenir vraiment d'autres Jésus Christ, que la charité embrasera vos cœurs et vous fera porter de bons fruits qui demeureront toujours, je suis heureux.

« Rehefa mieritreritra aho fa indray andro any ianareo dia hampianatra katesizy amin’ny mahantra, hikely aina ho amin’ny fanaovana ny asan’Andriamanitra, hanao izay rehetra tsy azon’ny tenako natao, ho tonga olona masina, hiasa mba ho tonga olona manahaka tanteraka an’i Jesoa Kristy, hiredareda ao am-ponareo ny fitiavana ary hampamokatra anareo voa tsara izay hitoetra mandrakizay, dia faly.

« Oh! devenez des saints! c'est là tout votre travail de chaque jour. Croissez dans l'amour de Dieu, croissez pour y arriver dans la connaissance de Jésus Christ parce que c'est la clef de tout. Connaître Dieu et son Christ, c'est là tout l'homme, tout le prêtre, tout le saint; puissiez-vous y arriver » (Lettre n°105 (132) [A Nicolas Delorme] [Prado,] 2 janvier 1875).

« Tonga olona masina ! Io no tena vontoatin’ny asanareo isan’andro. Mitomboa ao amin’ny fitiavan’Andriamanitra, aoka ianareo hitombo mba hatongavanareo ao amin’ny fahalalana an’i Jesoa Kristy satria io no fanalahidin’ny zavatra rehetra. Hahafantatra an’Andriamanitra sy Kristy voahosotra ho azy. Io no tena maha-olona, maha-pretra, maha-masina ; enga anie ianareo mba ho tonga amin’izany. » (Taratasy faha-105 (132) Ho an’i Nicolas Delorme, [Prado] 2 janoary 1875)

A l'occasion des vacances scolaires le P. Chevrier se met volontiers en retraite avec ses garçons à Saint-Fons. Cette localité est limitrophe de Lyon. En ce temps-là, malgré le développement de l'industrie chimique dans cette zone, on est encore à la campagne sur le plateau qui domine la vallée du Rhône. On a fait don au P. Chevrier d'une maisonnette qui se trouve sur ce plateau au milieu des champs. Cette maisonnette qui servait d'abri aux cultivateurs fut transformée en habitation rudimentaire par le nouveau propriétaire et aménagée comme maison de retraites avec une petite chapelle. Dans la salle du rez-de-chaussée où se trouvait une mangeoire pour les animaux le P. Chevrier eut l'idée de reproduire sur les murs un tableau qu'il avait

Noho ny fialan-tsasatry ny sekoly dia miasa an-tsitrapo manao fisintahana miaraka amin'ny ankizilahy ary amin'ny Saint-Fons i Mompera Chevrier. Akaikin’ny Lyon ity toerana ity. Amin’io fotoana io, na dia teo aza ny fandrosoan’ny indostria simika eo amin’ity faritra ity, dia mbola any ambanivohitra eo amin'ny tendrombohitra izay hatsinjovana tsara ny lohasahan’ny Rhône. Natao fanomezana ho an’i Mompera Chevrier trano kely iray izay eo amin’ity tendrombohitra ao afovoan’ny saha ity. Nampiasaina ho fialofan’ny mpamboly ity trano kely ity ary novana ho trano fonenana tsizarizary novan’ny tompon-trano vaovao ary namboarina ho toy ny trano fanaovana fisintahana miaraka amin'ny sapely kely iray. Ao amin'ny efitra ambany indrindra izay nisy fihinanan’ny biby iray, dia nananan’ny Mompera Chevrier hevitra hanaovana tabilao iray eo aminy

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déjà inscrit depuis longtemps sur papier. D'où l'habitude prise au Prado d'appeler ce tableau : tableau de Saint-Fons (voir la reproduction p. 141). Il est composé de trois parties, la crèche, le calvaire, le tabernacle, et veut résumer ainsi la doctrine du prêtre selon l'Évangile :

efa nosoratany hatramin’ny ela tamin'ny taratasy. Ary dia izany  ny fahazarana ao amin'ny Prado niantsoana ity tabilao ity hoe : « Tabilaon’ny Saint Fons » (hita ao amin'ny p. 141 ny fanehoana an-tsary). Misy fizarana telo izany : ny tranon’omby, ny hazofijaliana, ny tabernakla, ary te-hamitina ny fotokevitry ny pretra araka ny Evanjely.

« le prêtre est un homme dépouillé,

« Ny pretra dia olona nahafoy ny zavatra rehetra,

le prêtre est un homme crucifié,

Ny pretra dia olona voafantsika amin’ny hazofijaliana,

le prêtre est un homme mangé » (VD. 535).

Ny pretra dia olona lany ho sakafo » (VD. 535)

Au mois d'octobre 1873 les quatre premiers séminaristes pradosiens, François Duret, Jean Broche, Nicolas Delorme et Claude Farissier vont entrer au séminaire de théologie. On profite de cette étape pour une retraite à Saint-Fons. Le but de cette retraite est spécial : ces séminaristes se préparent à faire une profession. Antoine Chevrier attache à cet acte d'engagement une importance particulière pour vous, dit-il, pour la maison, pour moi, pour l'œuvre, pour l'Église (R. 252).

Ny volana oktobra 1873, ireo seminarista efatra pradozianina voalohany, François Duret, Jean Broche, Nicolas Delorme ary Claude Farissier dia hiditra ao amin'ny semineran’ny teolojia. Hararaotina ity fotoana kely fijanonana ity hanaovana fisintahana ao amin'ny Saint Fons. Manokana ny tanjon’ity fisintahana ity : miomana hanao asa iray ireo seminarista ireo. Tena ataon’i Antoine Chevrier ho vaindohan-draharaha mihitsy ity asa fanoloran-tena ity ho anareo, hoy izy, ho an’ny trano, ho azy, ho an’ny asa, ho an’ny Eglizy (R. 252).

En effet, le fondateur du Prado voit bien que l'avenir de son œuvre est assuré si d'autres se décident fermement à s'engager avec lui sur la même route. Jusqu'ici, mis à part Jean-Claude Jaricot, il a eu des aides temporaires dont beaucoup ne comprenaient guère ses véritables intentions. D'autres sont restés et resteront encore un temps au Prado, même après la mort du P. Chevrier, mais ils ne comprennent pas mieux pour autant. Il a fallu accepter ces collaborations pour faire face aux multiples tâches de la maison. Mais l'avenir n'est pas assuré pour autant. L'avenir de l'œuvre ne dépend pas d'abord du nombre des collaborateurs mais de la décision avec laquelle on s'y consacre.

Tena marina, fa hitan’ny mpanorina ny Prado tsara fa ny ho avin’ny asany dia tsara antoka raha tapa-kevitra am-pahamatorana hanolo tena ao amin'ny lalana iray miaraka aminy ny olon-kafa. Hatreto dia natokana i Jean-Claude Jaricot, manana fanampiana maharitra izay tsy azon’ny betsaka mihitsy ny faniriany marina. Mijanona ary mbola hijanona fotoana fohy ao amin'ny Prado ny sasany, ary na aorian’ny fahafatesan’i Mompera Chevrier, aza fa tsy nahazo tsara ny amin’izany izy ireo. Tsy maintsy nekena ireny fiaraha-miasa ireny mba hiatrehana ireo asa isan-karasany ao amin'ny trano. Fa tsy azo antoka ny ho avy na izany aza. Tsy miankina amin'ny isan’ny mpiara-miasa aloha ny ho avin’ny asa fa izay fanapahan-kevitra atokany iaraka aminy.

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Ceux qui peuvent faire l'œuvre de Dieu sont :

Ireo izay afaka hanao ny asan’ Andriamanitra dia ireto avy :

« …des hommes généreux, dévoués, qui savent souffrir, animés de l'esprit de Dieu.

« Ny olona, olona tsara sitrapò, mahafoy tena, mahay mihafy, entanin’ny Fanahin’Andriamanitra no manao azy.

« Voilà ce qu'il faut pour faire les œuvres.

« Izany no ilaina amin’ny asan’Andriamanitra.

« Donnez-moi une âme qui soit généreuse, dévouée, qui sache souffrir, elle vaudra plus qu'un million; et quand, à côté de cette âme, il s'en joint une autre du même désir et marchant vers le même but et unies ensemble par l'amour de Dieu, l'œuvre est fondée » (VD. 308).

« Omeo fanahy mazoto, mahafoy tena, mahay mihafy aho, fa hahavita be lavitra izy noho ny tapitrisa ; ary raha tonga hanampy azy, hiray hina aminy, hiara-dia aminy ao anatin’ny fitiavana an’Andriamanitra ny fanahy iray mitovy aminy, dia tafiorina ilay sahan’asa tian’Andriamanitra atao. » (VD. 308)

Fort de cette conviction, Antoine Chevrier propose donc aux quatre jeunes gens de se prononcer pour mener ensemble, avec lui, le genre de vie évangélique qu'ils ont connu au Prado et pour se consacrer, autant qu'il dépend d'eux, à évangéliser les pauvres.

Resy lahatra tamin’ity resaka ity dia noho izany nanao soso-kevitra tamin'ny tanora efatra i Antoine Chevrier mba hiara-manao ny karazana fiainana evanjelika izay fantatr’izy ireo tao amin'ny Prado ary mba hanolo-tena, araka izay iankinany amin’izy ireo dia ny hampianatra soratra masina ny mahantra.

Pour donner un support juridique au petit groupe qui se forme, cet engagement sera lié à la profession dans le Tiers-Ordre franciscain, mais la partie principale de la formule d'engagement a été rédigée spécialement par le P. Chevrier à cette occasion. Elle reprend, dans le cadre du Tableau de Saint-Fons, le projet de vie du prêtre selon l'Évangile.

Mba hanomezana fanampiana ara-dalàna ny fikambanana kely izay miforona hiaraka amin'ny asa izay hatao any amin'ny Tiers-Ordre fransisikana ity fanolorana tena ity, fa ny faritra lehibe indrindra amin’ity fanoloran-tena ity dia nosoratan’i Mompera Chevrier manokana amin’ity fotoana ity. Miverina indray izany ao amin'ny Tabilaon’ny Saint-Fons, ny fikasana amin'ny fiainan’ny pretra araka ny Evanjely.

Après cette retraite les séminaristes rejoignent le Grand Séminaire.

Tao aorian’ity fisintahana ity, dia niverina tany amin'ny Grand Séminaire ny seminarista.

Au cours des années 1872-1874 le Prado qui était né au cœur de la Guillotière et avait pris pied vers le sud au Moulin à Vent et à Saint-Fons, pousse un rejet au Nord, dans la campagne des Monts d'Or à Limonest. Sur le territoire de cette commune, au lieu-dit Saint-André, le P. Chevrier fit l'acquisition d'une propriété.

Nandritra ny taona 1872-1874, ny Prado izay teraka teo anivon’ny La Guillotière ary nitatra hatrany avaratra tao amin'ny Moulin à Vent sy Saint-Fons, dia nanasika tany avaratra, tany ambanivohitry Mont d’Or any Limonest. Tao amin'ny faritr’ity kaomina ity, teo amin'ny toerana antsoina hoe Saint-André, dia nahazo trano iray i Mompera Chevrier.

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Cela devenait nécessaire car on ne pouvait plus loger au Prado de Lyon tous ceux qui s'y présentaient, soit pour le catéchisme, soit pour l'école cléricale. La somme nécessaire à cet achat fut donnée par des bienfaiteurs, surtout par deux personnes, Mlles Mercier et Bonnard. Celles-ci avaient été paroissiennes à Saint-André de la Guillotière. Depuis ce temps elles n'avaient cessé d'aider le P. Chevrier avec une fidélité et un effacement qui méritent bien qu'elles soient nommées ici. Il songeait plus particulièrement à elles quand il ébauchait un projet d'organisation économique avec des pères ou des mères temporels (VD. 305 et 319).

Nanjary nilaina izany satria tsy azo nitoerana intsony tao amin'ny Pradon’i Lyon, ireo izay tonga tao na hianatra katesizy na ho any amin'ny sekoly fianarana ho pretra. Ny vola ilaina amin'ny fividianana ity dia nomen’ny mpanao asa soa, indrindra avy amin'ny olona roa, Ramatoakely Mercier izany sy Bonnard. Mpivavaka tany amin'ny fiangonana Saint André de la Guillotière. Hatramin’io fotoana io dia tsy nitsahatra nanampy an’i Mompera Chevrier tamim-pahazotoana sy fiafenana izay mendrika ho lazaina eto ny anarany. Nieritreritra azy ireo manokana izy rehefa mamolavola tetikasa izay fikambanana ara-toerana miaraka amin'ny ray na reny (VD. 305 sy 319).

Des enfants du catéchisme seront installés à Limonest. On y regroupe ceux qui sont retardés mentalement.

Hapetraka any Limonest ny ankizy mpianatra katesizy. Akambana ao ireo izay malemy saina.

Mais Limonest comme Saint-Fons deviendra aussi lieu de retraite pour la réflexion et la prière, surtout lorsque la mauvaise santé du P. Chevrier l'obligera à séjourner dans un lieu plus confortable que la maison de Saint-Fons.

Fa Limonest mitovy amin'ny Saint-Fons dia hanjary toerana fisintahana koa ho an’ny fandinihan-tena sy ny fivavahana, indrindra moa rehefa voaterin’ny tsy fahatombanan’ny fahasalamana i Mompera Chevrier ka voatery hiala sasatra any amin'ny toerana iray manara-penitra noho ny tranon’ny Saint-Fons.

Désormais le Prado a la configuration qu'il aura jusqu'à la mort de son fondateur.

Hatramin’izay no nananan’ny Prado ny endrika izay hananany hatramin’ny fahafatesan’ny mpanorina azy.

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Accomplir

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Manatanteraka

Au printemps de 1874 le P. Chevrier tombe gravement malade. Souvent déjà il a été contraint de prendre du repos pour se soigner. Mais cette fois on a craint pour sa vie. Transporté à Limonest, il reste absent du Prado pendant de longues semaines, presque trois mois.

Narary be i Mompera Chevrier ny taona 1874. Efa voatery hiala sasatra mba hitsabo tena matetika. Fa tamin’ity indray ity dia natahorana ny ainy. Nentina tany Limonest, ary nijanona tsy tao amin'ny Prado nandritra ny herinandro maromaro saika telo volana.

Dès lors il s'efforce de mettre la dernière main à son œuvre en mettant à profit le temps qui lui reste car il pressent que ce temps sera bref. Il est tendu vers un terme proche maintenant, mais qui lui paraît encore trop éloigné vu le peu de forces qui lui restent. Ce terme, c'est l'ordination sacerdotale de ses quatre premiers disciples.

Hatramin’izay dia niezaka nametraka ny dian-tanany tamin'ny asany izy teo am-panararaotana ny fotoana izay kely sisa ho azy satria nanana tsindrimandry izy fa ho fohy io fotoana io. Toa mandeha any amin'ny fotoana farany akaiky izao izy, fa ho azy dia toa mbola lavitra izany raha ny hery kely sisa ananany no jerena. Ity fetra ity dia fanamasinana ho pretra ireo mpianany efatra voalohany.

Il sent le besoin d'organiser davantage le Prado et c'est la raison d'un troisième voyage à Rome en 1875. Ce qui se passe alors est difficile à tirer au clair entièrement. Il semble que sous l'influence des Capucins et de quelque autre personnage le P. Chevrier ait commencé

Nahatsapa ny filana handamina bebe kokoa ny Prado izy ar izay no anton-diany fahatelo tani Rome tamin'ny taona 1875. Izay zavatra niseho dia sarotra hohazavaina manontolo. Toa hoe fa noho ny fitarihan’ny Capucins sy olona vitsivitsy hafa no nanambohan’ny Mompera Chevrier

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des démarches pour obtenir du Saint-Siège l'approbation du Prado comme congrégation religieuse. L'archevêché de Lyon s'étonne de cette tentative et n'est pas disposé à l'appuyer. Le P. Chevrier n'insiste pas, il retire sa demande, il restera prêtre séculier.

fombafomba mba ahazoana ny fankatoavan’ny Saint- Siège ny Prado ho kongregasiona ara-pivavahana. Ny Arsevekan’i Lyon dia gagan’ity andrana ity ary tsy vonona ny hanohana azy. Tsy nisisika i Mompera Chevrier ary nosintoniny ny fangatahiny hijanona ho pretra tsotra izy.

En décembre de la même année, les quatre grands séminaristes vont recevoir le sous-diaconat. Antoine Chevrier en profite pour les mettre à nouveau devant le choix qu'ils ont fait afin de le renouveler librement.

Ny volana desambran’io taona io ihany dia nahazo ny sous-diaconat ny seminarista efatra. Nohararaotin’i ach izn mba hametrahana azy ireo indray eo anoloan’ny safidy izay nataon’izy ireo mba hanaaozana izany indray an-kalalahana.

« Je vous envoie six mille francs pour votre titre clérical.

« Andefasako vola 6000 francs ianao ho an'ny anaram-bononahitra maha-pretra anao.

« Si votre intention est de vous dévouer au service du Prado, acceptez-le, je vous le donne de bon cœur.

« Raha toa ka hanokan-tena manontolo ho an'ny asan'ny Prado ny fanirianao, dia ekeo izany ny vola alefako aminao izany fa atolotro anao amin'ny foko manontolo.

« Vous le placerez sur la Maison du Prado, et je m'engage à vous donner chaque année 300 francs de rente, c'est-à-dire de pourvoir à tous vos besoins, comme un bon père doit le faire pour ses enfants.

« Hapetrakao ao amin'ny tranon'ny Prado io vola io, ary dia manaiky marina aho fa hanome anao vola 300 francs isan-taona izany hoe mba hitsinjovana izay zavatra mety ilainao tahaka izay tokony hataon'ny Ray ho amin'ireo zanany.

« Si ce n'était pas votre intention, renvoyez-moi simplement la somme en me disant que vous préférez signer l'engagement à la caisse ecclésiastique » (Lettre n°107 (133) Mr L'abbé Delorme, [Lyon,] 11 décembre 1875).

« Fa raha toa ka tsy izany kosa ny fanirianao dia avereno amiko tsotra izao ilay vola amin'ny filazanao amiko fa tianao kokoa ny manao sonia fanomezana toky handray andraikitra handrotsaka vola ao amin'ny tahirim-bola eklesiatika. (Taratasy faha-107 (133) Ho an'Andriamatoa Abbé Delorme, [Lyon], 11 Desambra 1875)

Cette lettre demande peut-être quelques explications pour être comprise. Quand un évêque ordonne un homme au ministère, la subsistance de celui-ci doit être assurée pour l'avenir. Pratiquement l'évêque qui ordonne un prêtre pour son diocèse s'engage à lui confier un poste où ce prêtre recevra de quoi vivre. C'était ce qui se passait quand, à la veille des ordinations décisives, les séminaristes souscrivaient l'engagement à la caisse ecclésiastique. Antoine Chevrier propose aux jeunes

Ity taratasy fangatahana ity angamba fanazavana vitsivitsy natao ho azo. Rehefa manamasina olona iray ao amin'ny ministera ny Eveka iray, ny hamafisin’ity farany ity tokony hho azo antoka amin'ny ho avy. Matetika ny eveka izay manamasina pretra iray ho an’ny dioseziny dia vonona hanome toerana iray izay handraisan’io pretra io izay ivelomany. Izany no niseho, rehefa anatin’ny fanamasinana tanteraka, dia nanao fanekena tamin'ny tahiry « ecclésiastique » ny seminarista ary nanome izany sosokevitra izany tamin'ny tanora i Antoine Chevrier,

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pradosiens une somme d'argent qui sera évidemment remise dans le circuit économique du Prado, moyennant quoi il s'engage devant l'autorité diocésaine â pourvoir aux besoins des prêtres du Prado.

nanome vola izay mazava loatra haverina ao amin'ny tahirin’ny toekarenan’ny Prado, izay enti-manana eo anoloan’ny fahefana ao amin'ny diosesy hitsinjovana ny filan’ny pretra ao amin'ny Prado.

Cette attitude est profondément significative.

Izao fihetsika izao dia tena misy dikany.

D'une part, elle évoque la question de Jésus â ses disciples : « Et vous, n'avez-vous pas envie de partir? » (Jn 6,67).

Etsy andaniny, dia mampahatsiahy ny fanontanian’i Jesoa tamin'ny mpianany izy : « Ary ianareo ve tsy te-handeha ? » (Jo 6,67)

« Qu'avons-nous à discuter avec Jésus Christ, le divin Maître? Ou vous voulez être parfait, ou non. Si vous ne le voulez pas, dites simplement : je ne veux pas suivre cette voie et rester dans la voie inférieure et puis c'est fini par là » (VD. 123).

« Inona tokoa moa no adihevitra azontsika atao amin’i Jesoa Kristy Mpampianatra antsika avy amin’Andriamanitra ? Izay iray tianareo, na te ho lavorary na tsia. Raha tsy tia ianao, milazà tsotra izao : tsy tiako ny hanaraka io làlana io, fa avelao aho hizotra amin’ilay ambanimbany dia vita eo. » (VD. 123)

D'autre part cette attitude montre bien que si Antoine Chevrier et ses jeunes prêtres vont rester prêtres séculiers, ce n'est pas pour faire n'importe quoi. Dans la dépendance immédiate de leur évêque ils sont ordonnés pour les pauvres.

Ankilany indray toa mampiseho tsara fa raha te-hijanona ho pretra « séculier » i Antoine Chevrier sy ireo tanorany, tsy hoe hanaotao foana. Amin'ny fiankinandoha ary hatrany amin'ny evekan’ izy ireo, dia nohamasinina pretra ho an’ny mahantra izy ireo.

Dans le même sens le P. Chevrier mûrit silencieusement un projet : il veut reprendre avec lui les quatre séminaristes pour leur donner une dernière formation avant la prêtrise. Il s'y prépare de trois façons : il se réserve davantage de temps pour avancer la rédaction du Véritable Disciple, il fait une nouvelle maladie qui l'oblige à suivre une cure à Vichy, il demande au nouvel archevêque de Lyon l'autorisation d'envoyer à Rome les quatre séminaristes devenus diacres.

Ao anatin’izay dia nanamatotra tetikasa iray i Mompera Chevrier : tiany halaina indray hiaraka aminy ireo seminarista efatra mba omeny faramparany fiofanana alohan’ny hanaovana pretra. Miomana amin'ny fomba telo amin’ izany izy tenany manokana fotoana bebe kokoa izy mba androsoana ny fanoratana ny « Mpianatra Marina », nahazo aretina vaovao izay nanery azy hitsabo ny tenany tany Vichy. Nangataka fahazoan-dalana tamin'ny Arseveka vaovao tany Lyon izy ny handefasana any Roma ny seminarista efatra lasa diakra.

L'archevêque refuse d'abord mais, cette fois-ci, Antoine Chevrier se fait insistant et la permission est enfin accordée.

Nandà aloha ny arseveka, fa tamin’ity indray mandeha ity dia nisisika mafy i Antoine Chevrier ary dia nekena ihany fy fahazoan-dalana.

Pourquoi vouloir cette année de formation spéciale?

Nahoana moa no naniry fiofanana manokana amin’ ity taona ity ?

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D'abord à mission particulière doit correspondre une formation adaptée. C'est cet argument qui a été présenté à l'archevêque. Mais dans la pensée du P. Chevrier il ne s'agit pas seulement d'un temps de spécialisation qui interviendrait lorsque les bases essentielles sont bien en place. Non, il s'agit au contraire de revenir à la base, au fondement pour mieux l'assurer car, il faut le dire, le P. Chevrier n'a pas entièrement confiance dans la formation donnée au Grand Séminaire du diocèse. Il a observé ses quatre diacres et ceux-ci donnent des signes d'un certain embourgeoisement.

Voalohany amin'ny iraka manokana dia tokony hisy fanofanana mifanaraka amin’ ity hevitra ity no naseho ny arseveka fa ny tao an’eritreritr’i Mompera Chevrier dia tsy fotoana fanamafisana fotsiny izay hiseho rehea tafapetraka tsara ny fototra tena ilaina. Tsy hoe hiverina amin'ny fototra akory, fa amin'ny fanorenana mba hampahazo antoka azy, fa tokony ho lazaina ity, tsy matoky tanteraka amin'ny fanofanana omena ao amin'ny grand séminaire ny diosezy izy. Narahiny maso ny diakrany efatra ary manome famantarana fiavonavonan-toetra izy ireo.

« C'est parce qu'on ne sait pas se contenter du nécessaire que l'on manque à la pauvreté.

« Ny tsy fahaizana mihanina amin’izay ilaina indrindra manko no tsy hahafaha-miaina ny toe-panahin’ny fahantrana.

« On commence bien par la pauvreté mais, peu à peu, on trouve que ce n'est pas assez commode, pas suffisant, que ce n'est pas assez solide, pas assez propre… que ça ne dure pas assez et mille autres raisons spécieuses; et alors, on ajoute, on change, on embellit, on trouve que c'est plus convenable, que ça dure plus et, peu à peu, on se trouve d'avoir une chambre commode, à l'aise, où rien ne manque; d'avoir une table confortable où l'on trouve au-delà du nécessaire; d'avoir des habits convenables, qui durent davantage, qui sont plus solides et mieux en rapport avec les goûts du monde; de changement en changement, on arrive à faire comme le monde et à perdre l'esprit de pauvreté » (VD. 295).

« Atomboka ilay fahantrana dia ialana tsikelikely satria tsy ahazoam-pahafinaretana, tsy ampy, tsy mafy, tsy madio… fa lasa lavitra dia omena daholo izao antony rehetra mamohehitra an’arivony izao ; dia ampiana, hatsaraina, dia hita fa mendrimendrika kokoa, maharitraritra kokoa, dia tsikelikely miravaka ny efitrano, tsy misy zava-tsy hita ao satria ahazoam-pahafinaretana, dia ampitomboina toa izany koa ny hanin-kohanina, tsy misy avela tsy ho eo, na dia tsy ilaina aza ; dia zairina ny akanjo metimety, mafimafy, maharitraritra, mifanaraka kokoa amin’ny ilain’ny toetr’andron’izao tontolo izao ; miova, dia farany lasa manahaka an’izao tontolo izao fa tsy eo intsony ilay toe-panahin’ny fahantrana. » (VD. 295)

Comment remédier aux déformations qui ont pu s'introduire dans la tête et le cœur des quatre jeunes gens? En revenant à l'essentiel :

Ahoana ny hitsaboana ny fiovana izay tafiditra ao an-doha sy ao am-pon’ireto olona efatra ireto ? Andeha hiverenana ny tena ilaina :

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« Ce qui est fondé sur Jésus Christ seul peut demeurer, ce qui est fondé sur un autre fondement ne peut durer, ni être solide. Ainsi tous les actes extérieurs d'obéissance, d'humilité, de charité, de mortification extérieure ne sont rien s'ils ne sont pas sortis de la connaissance de Jésus Christ, de l'amour de Jésus Christ et si Jésus Christ n'en est pas le principe. Ces choses extérieures viennent naturellement quand la vie de Jésus Christ y est; au contraire, elles ne sont que des actes illusoires, forcés ou hypocrites quand ils ne viennent pas de ce principe qui est Jésus Christ.

« Izay naorina eo ambonin’i Jesoa Kristy ihany no maharitra, fa an-koatr’izay dia zava-mandalo daholo ka tsy azo ianteherana ho mafy orina. Koa noho izany, izay hatao rehetra ety ivelany ka azo itarafana ny fanekena, ny fanetren-tena, ny fifankatiavana, ny fampijalian-tena dia tsy misy fotony avokoa raha tsy miainga avy ao amin’ny fahalalana an’i Jesoa Kristy, ny fitiavan’i Jesoa Kristy, ary raha tsy i Jesoa Kristy no niandohany. Tonga ho azy ireny famantarana ivelany ireny raha i Jesoa no ao aminy ; raha tsy izany kosa, dia zava-manodoka, atao an-keriny, na fiatsarambelatsihy fotsiny izy ireny raha tsy i Kristy no iandohany.

« C'est donc à lui à tout faire, à choisir, à appeler, à bâtir, à rejeter, à appeler qui il lui plaira.

« Izy noho izany, no manao ny zavatra rehetra, mifidy, miantso, manorina, manala na mamerina izay ankasitrahany

« Tout ce que nous pouvons faire, c'est de montrer le chemin, de faire connaître ce que Notre Seigneur a dit lui-même, la voie qu'il a suivie, et à chacun de voir ensuite s'il veut suivre Notre Seigneur ainsi et prendre place dans la maison de Dieu…

« Ny mety ho anjarantsika amin’izany dia ny manoro ny làlana, ny mampahalala ny efa nambaran’ny Tompontsika tamintsika, ny làlana efa nombany, ka ny isam-batan’olona indray avy eo no misafidy raha te-hanaraka an’i Jesoa Kristy ao an-tranon’ny Ray izy…

« Il ne suffit pas de commencer avec Dieu, il faut agir et finir avec Dieu » (VD. 103, n" 1).

« Tsy ampy ny manomboka miaraka amin’Andriamanitra ; tsy maintsy miezaka mba hiara-miasa sy mamita izany miaraka Aminy koa. » (VD. 103, n" 1)

C'est pourquoi le programme de cette année d'approfondissement est tout trouvé : ce sera l'étude en commun du Véritable Disciple.

Izany no anton’ny fandaharam-pianarana amin’ity taona ity ho nandalina izay ahitana ny rehetra hisy fianarana mitambatra ny Mpianatra Marina.

Mais les quatre étudiants doivent achever le cycle des études théologiques. Pourquoi choisir d'aller à Rome pour cela? Le P. Chevrier ne s'est pas expliqué sur ce point, nous ne pouvons faire que des conjectures.

Fa tokony hamarana ny taona fianarana teolojika ilay mpianatra efatra. Nahoana no mifidy handeha any Rome ho an’izany ? Tsy nohazavain’i Mompera Chevrier ity teboka, tsy afaka manao afa tsy tombatombana isika.

Il était impossible d'organiser un enseignement théologique au Prado et on ne pouvait proposer que les quatre diacres suivent comme élèves externes les cours

Sarotra ny mandamina fampianarana teolojika iray ao amin'ny Prado ary tsy afaka nanao soso-kevitra afa tsy ny diakra efatra hanaraka fianarana tahaka ny mpianatra kilasimody

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du Grand Séminaire. Cette exception eût été difficilement acceptée. Il fallait donc trouver hors de la région lyonnaise un institut d'enseignement théologique qui ne serait pas en même temps un internat. Pratiquement, une seule solution s'offrait à cette époque : Rome.

ao amin'ny Grand Séminaire ity, sarotra ekena ity fangatahana manokana ity. Noho izany dia tsy maintsy mitady toerana iray fampianarana teolojia ivelan’ny faritry Lyon izay tsy ho kilasimandry koa anefa. Raha jerena dia vahaolana iray no hita tamin’ity taona ity : Rome.

Rome constituait donc un projet présentable á l'autorité diocésaine. Il faut cependant ajouter une autre conjecture.

Noho izany Rome no tetikasa azo atolotra ny mpanam-pahefana ao amin'ny diosezy. Tsy maintsy ampiana tombatomba na iray hafa na izany aza.

Quand il y rejoindra les quatre diacres, Antoine Chevrier fera son quatrième voyage à Rome. Or il n'a jamais mis les pieds à Paris, et ses seuls déplacements un peu importants, Lourdes, Paray-le-Monial, ont pour motif un pèlerinage. S'il va quatre fois à Rome c'est pour des motifs proportionnés à l'importance du déplacement.

Rehefa hampiana any ny diakra efatra, hanao ny diany faha efatra any Rome i Antoine Chevrier. Nefa tsy mbola nandia an’i Paris ny tongony ary ireo fivezivezeny izay dia zava-dehibe; Lourdes, Paray-le-Monial, dia antonyy fivahinianana masina. Raha mandeha in-efatra any Rome izy dia noho ny antony ambanin-javatra raha oharina amin'ny maha zava-dehibe ny fivezivezena.

Sans doute est-il porté par le courant de dévotion á Rome qui s'est développé à cette époque. Mais il entre dans ce courant consciemment, fidèle à sa vocation. Dès son premier voyage en 1859, il avait donné son appréciation sur un certain déploiement de faste qui ne provoquait pas chez lui l'admiration que pouvaient souhaiter les maîtres de cérémonies :

Tsy azo isalasalana fa voatariky ny rivotry ny fanoloran-tena izay mivelatra be izy tamin’ity fotoana ity. Fa manaraka am-bokony ity rivotra ity, noho ny antso izay tsy azo ialana. Vao tamin'ny diany voalohany tamin'ny 1859, dia nanome ny fanamarihany ny amin'ny famela-belarana ny tantaran’ asan-kerimpo izay tsy misy akory teo aminy ny fitsiriritana izay araka izay nanirian’ny lehiben’ny fankalazana azy :

« J'ai assisté hier jeudi, jour de l'Épiphanie, à l'office de la chapelle Sixtine. Représentez-vous une grande et vaste nef toute peinte à fresque magnifique, de haut en bas y compris le plafond représentant des sujets du Nouveau Testament où plus de mille personnages y figurent en teintes variées et donnant à cette chapelle un aspect que l'on ne trouve nulle part, trois bancs tapissés sur lesquels siégeaient trente cardinaux en vêtements rouges et mosette blanche, le Pape ensuite

« Nanatrika ny Sorona Masina tao amin’ny Chapelle Sixtine aho omaly alakamisy andron’ny Epifania. Ataovy an-tsaina ny lalan-tsara malalaka sy lehibe, voaloko amin’ny karazan-doko mahafinaritra, hatrany ambony ka hatrany ambany ary ny valin-drihana misy sarin’ny olona ao amin’ny vaovao mahafaly, dia hita eo olona an’arivony amin’izay voaloko isan-karazany, manome endrika hafa kely tsy fahita na hatraiza na hatraiza ity sapela ity, misy dabilio telo no temerina, eo no ipetrahan’ny kardinaly telopolo manao akanjo mena sy mosette fotsy, rehefa avy eo tonga ny Papa Ray masina miaraka

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arrivant avec toute sa suite de prélats, d'évêques et d'archevêques, il faut avouer que tout cela est imposant et que nulle part la religion ne revêt plus de grandiose et de splendeur; cependant j'aurais préféré voir la crèche du bon Jésus et être berger pour avoir le bonheur d'être dans l'étable du bon Sauveur » (Lettre n°15 (535) A Monsieur Paul Du Bourg, Rome, 7 janvier 1859).

amin’ireo mpanara-dia azy : ny eveka, ny arseveka, ny kardinaly. Tsorina aloha fa tena misongadina izany rehetra izany, ary na taiza na taiza tsy mbola nitafy fahalehibeazana sy famirapiratana toy izany ny fotoam-pivavahana, kanefa naleoko ihany mahita ny tranon’ombin’i Jesoa tsara fanahy ary ho mpiandry ondriny mba hanana fahasambarana ao anatin’ny tranon’ombin’ilay Mpamonjy tsara fanahy. » (Taratasy faha-15 (535) Ho an’Andriamatoa Paul du Bourg, Rôma, faha 7 janoary 1859)

Malgré ces choses qui ne lui convenaient pas beaucoup, il a toujours attendu de Rome, du Pape, une approbation, une confirmation qu'il jugeait indispensable. C'est pourquoi, au moment d'achever la préparation de ses diacres au sacerdoce, il est heureux de pouvoir le faire auprès du successeur de Pierre.

Na dia eo aza ireo zavatra izay tsy tena mety aminy, dia nisy zavatra foana nandrasany tamin’i Rome, tamin'ny Papa, ny fankatoavana, ny fanamafisana iray izay noheveriny ho tena ilaina. Ary izany no antony nahasambatra azy fa afaka manao izany teo amin'ny mpandimby an’i Piera tamin'ny fotoana namaranana ny fanomanana ny diakrany.

Pour la rentrée scolaire de 1876 les jeunes gens sont à Rome. Le P. Chevrier les rejoint le 19 mars 1877. Ce n'est pas l'accord parfait. Même dans cette équipe qui devrait être si unie, il faut comme à Lyon suivre Jésus Christ dans ses combats (VD. 453-464).

Ho an’ny fidiran’ny sekoly ny 1876 efa any Rome ny tanora. Namonjy azy tany i Mompera Chevrier ny 19 marsa 1877. Tsy tena fanekena tanteraka izany. Na dia tao amin’ity ekipa izay tokony ho tena iray, dia tsy maintsy ho tahaka ny any Lyon hanaraka an’i Jesoa Kristy ao amin'ny adiny (Mpianatra Marina 153-464).

« Suivez-moi dans mes combats. Les fausses idées des juifs et de ses apôtres. Il a combattu le mauvais esprit, le mauvais esprit des apôtres et des juifs » (VD. 464, n° 1).

« Manaraha ahy amin'ny ady ataoko. Ireo hevi-dison'ny Jody sy ireo apôstôliny. Niadiany mafy ny sain-dratsy, saindratsin'ny apôstôly sy ny Jody. » (VD. 464, n° 1)

Il écrit à Jean-Claude Jaricot :

Nanoratra tany amin’i Jean-Claude Jaricot izy :

« Quant à nos jeunes abbés, je sens que mon autorité est bien faible. Duret et Delorme semblent mieux entrer dans nos pensées, et mieux comprendre la pauvreté et la vie du Prado. Broche et Farissier ont beaucoup de raisonnements; Broche surtout ne dit rien et semble avoir d'autres idées arrêtées, il raisonne, il est savant; l'autorité de MM. Jaillet, Dutel et du séminaire ont du poids sur eux. Il faut prier » (Lettre n°147 (82) [6] [A Jean-Claude Jaricot] [Rome, avril 1877]).

« Raha ny amin'ireo pretra tanora indray dia hinoako fa malemy ny fahefako. Miara-miombon-kevitra aminay i Duret sy Delorme ary mahafantatra tsara ny fahantrana sy ny fiainana eto amin'ny Prado. Manana hevitra maro i Broche sy Farissier ; Broche izany moa indrindra indrindra, tsy miteny ary tahaka ny efa misy hevitra raikitra ao an-dohany, misaina izy no sady manam-pahaizana rahateo ihany koa. Manan-danja eo amin'izy ireo ny fahefan-dry Jaillet, Dutel ary ny ao amin'ny seminera. » (Taratasy faha-147 (82) [6] Ho an’i Jean-Claude Jaricot, [Rome, Avrily 1877])

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Jean-Claude Jaricot a sans doute fort bien prié puisque le P. Broche devint par la suite un supérieur du Prado très attaché au style de pauvreté hérité du P. Chevrier.

Tsy isalasalana fa nivavaka mafy i Jean-Claude Jaricot satria nanjary lehiben’ny Prado i Mompera Broche rehefa avy eo ary tena voafatotry ny hevitry ny fahantrana izay nolovaina tamin'i Mompera Chevrier.

L'ordination sacerdotale a lieu le 26 mai à Saint Jean de Latran. C'est le sommet de la vie d'Antoine Chevrier. Il commente lui-même l'événement en écrivant aux ordinands qui font la retraite préparatoire chez les Lazaristes :

Ny fanamasinana ho pretra dia natao ny 26 mey tany Saint Jean de Latran. Fara-tampon’ny fiainan’i Antoine Chevrier izany. Nandinika ny fotoana nanoratany ho an’ireo nohamasininy izay manao fisintahana fiomanana eny amin'ny Lazarista :

« Que vous allez être grands quand vous serez prêtres, mais qu'il faudra être petits en même temps pour être véritablement de nouveaux Jésus Christ sur la terre. Rappelez-vous bien qu'il faut que vous représentiez la Crèche, le Calvaire, le Tabernacle : que ces trois signes doivent être comme les stigmates qu'il faudra porter continuellement sur vous; les derniers sur la terre, les serviteurs de tous, les esclaves des autres par la charité, les derniers de tous par l'humilité. Que c'est beau, mais que c'est difficile! Il n'y a que le Saint-Esprit qui puisse nous le faire comprendre. Puissiez-vous le recevoir avec abondance! Vous aurez tout si vous le recevez dans votre ordination, et j'aurai réellement fait une œuvre agréable à Dieu, en vous faisant prêtres et j'aurai au moins des enfants qui prieront pour moi et qui demanderont grâce et miséricorde quand le bon Dieu m'appellera à lui et j'aurai des enfants qui continueront son œuvre sur la terre, l'œuvre d'évangéliser les pauvres qui était la grande mission de Jésus Christ sur la terre : misit me Evangelizare pauperibus. Puissiez-vous bien le comprendre et ne pas sortir de cette belle mission » (Lettre n°121 (117) [A Claude Farissier] [Rome, 22 mai 1877]).

« Ho tonga olon-dehibe tokoa ianao rahatrizay, ka ho tonga pretra, kanefa dia tsy maintsy tonga madinika koa etsy an-danin'izany mba ho tena Jesoa Kristy vaovao eto an-tany ; aoka ho tsaroanareo mandrakariva fa ianareo dia tokony haneho ny tranon'omby, ny kalvery ary tabernakila, ka ireo famantarana telo ireo dia tokony ho tahaka ny holatra izay tsy maintsy entinareo mandrakariva eny aminareo ; farany eto an-tany, mpanompon'ny rehetra, andevon'ny hafa amin'ny alalan'ny fitiavana, farany amin'ny rehetra amin'ny alalan'ny fanetren-tena. Tena tsara indrindra izany kanefa koa dia tena sarotra. Tsy misy afa-tsy ny Fanahy Masina no afaka mampahafantatra antsika an'izany. Enga anie ianareo ka handray an'izany Fanahy Masina izany be dia be tokoa, ho azonareo ny zavatra rehetra raha toa ka raisinareo izy ao amin'ny fanamasinana anareo ho pretra. Tena asa lehibe sady ankasitrahan'Andriamanitra tokoa no ho vitako amin'ny fanokanana anareo ho pretra, na farafahakeliny mba hanana ankizy izay hivavaka ho ahy sy hangataka fahasoavana sy famindram-po rehefa antsoin'Andriamanitra ho any aminy aho, amin'izay manko dia hanana ankizy aho, hanohy ny asan'Andriamanitra eto an-tany, asam-pitoriana ny Evanjely tsara amin'ireo mahantra izay asa lehibe notanterahin'i Jesoa Kristy teto an-tany : Misit me Evangelizare pauperibus. Enga anie ianareo hahafantatra tsara izany ary tsy hivaona amin'io iraka tsara io. (Taratasy faha-121 (117) Ho an'i Claude Farissier, Rome, 22 Mey 1877)

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Arrivé à ce point, il est temps de poser une question : pourquoi Antoine Chevrier donne-t-il une si grande importance au prêtre? De son temps, la chose n'étonnait personne, elle n'étonnait même pas les anticléricaux pour qui le prêtre était l'adversaire principal. Aujourd'hui au contraire nous craignons toute exaltation trop facile de la personne du prêtre et de ses fonctions propres.

Tonga teo amin'ny fotoana hametrahana fanontaniana iray : nahoana moa no dia manova ho tena zava-dehibe ny pretra i Antoine Chevrier ? Tamin'ny fotoany, tsy mahagaga ny olona izany zavatra izany na ireo tsy mankasitraka ny pretra izay mandray ny pretra ho tena fahavalo aza. Ankehitriny mifanohitra izany dia matahotra ny fanehoana mora loatra ny pretra sy ny tena asany izahay.

Le P. Chevrier a toujours pensé qu'il y avait place pour d'autres apôtres que le prêtre : sa vie l'a bien montré. Mais il n'a guère le sens du laïcat, au sens moderne du mot; il ne l'a ni plus ni moins que l'Église de son temps. Il faut attendre Cardijn et Pie XI pour que se forme un laïcat chrétien en monde ouvrier.

Nieritreritra i Mompera Chevrier fa nisy toerana ho an’ny apôstôly hafa noho ny pretra : nasehoan’ny fiainany azy tsara izany. Fa tsy fantany velively ny dikan’ny lahika amin'ny dikany moderin’ny teny izy, tsy nananany na mihoatra na latsaka noho ny Eglizy tamin'ny androny izy. Tsy maintsy miandry an’i Cardjin sy Pie XI mba hiforonan’ny lahika kristianina teo amin'ny tontolon’ny mpiasa.

A cette époque on attend surtout que les laïcs chrétiens donnent l'exemple d'une vie droite conforme à la foi et à la morale. Parmi ces laïcs, certains sont appelés à seconder le prêtre dans son travail, par exemple comme catéchistes. Souvent ils deviennent alors religieux ou assimilés. C'est un peu ce qui s'est passé au Prado.

Nandrasan’ny olona indrindra ny lahika kristianina no hanome oha-piainana mety amin'ny finoana sy ny fitondratena tamin’ireo laîka ireo, dia nisy voaantso hanampy ny pretra amin'ny asany, ohatra ho katesista. Matetika dia manjary mpitondra fivavahana na mpitovitovy amin’izany izy ireo. Izany no zavatra miseho ao amin'ny Prado.

Dans ces conditions, on comprend que le P. Chevrier ait donné aux Soeurs aussi bien qu'aux prêtres le Tableau de Saint-Fons se contentant de supprimer pour elles la mention des « pouvoirs » du prêtre. Ce faisant il voit juste car sa pensée est fondamentalement apostolique. C'est-à-dire qu'il se réfère toujours aux Apôtres, au groupe des Douze qui ont été autour de Jésus les premiers du peuple de la Nouvelle Alliance. Toutes les vocations chrétiennes ont été comme condensées en leurs personnes. Il ne s'agit donc pas de proposer à tous la spiritualité du prêtre mais d'indiquer à tous, laïcs,

Amin’ireny pretra ireny, dia fantatra fa i Mompera Chevrier no nanome an-dry Masera na koa ho an’ny Pretra ny tabilaon’ny Saint-Fons ary mionona amin'ny fanafoanana eo amin’izy ireo ny hevitra « fahefana » ny pretra. Raha vita izany dia hitany mahitsy satria ny eritreriny dia apôstôlika raiki-tapisaka. Izany hoe mijery mandrakariva ny Apôstôly izy, an’ireo fikambanan’ny Roa ambin’ny fololahy izay vahoaka voalohany manodidina an’i Jesoa ao amin'ny fiekem-pihavanana vaovao. Tahaka ny hoe raiki-tapisaka amin'ny fiainany ny fiantsoana kristianina rehetra. Tsy hoe manome soso-kevitra ny rehetra ny amin'ny fiainana ara-panahin’ny pretra fa manoro amin'ny rehetra, lahika,

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religieux, prêtres, la référence aux Douze disciples de Jésus, les Apôtres. C'est ce que le P. Chevrier fait en particulier pour le prêtre quand il lui applique la parole de Jésus aux disciples : « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21). Il commente :

relijiozy, pretra, ny fijerena ny mpianatra Roa ambin’ny folon’i Jesoa ny Apôstôly. Izany no ataon’i Mompera Chevrier indrindra ho an’ny pretra rehefa manao fampiharana ny tenin’i Jesoa tamin'ny mpianatra izy hoe : « Tahaka ny nanirahan’ny Ray ahy, no anirahako anareo koa » (Jo 20,21). Manao fandinihana anakampo izy hoe :

« Jésus Christ est l'envoyé de son Père.

« I Jesoa Kristy dia Iraky ny Ray.

« Le prêtre est l'envoyé de Jésus Christ.

« Ny pretra dia irak’i Jesoa Kristy.

« Tout ce que Jésus Christ dit de lui-même sous ce titre, le prêtre doit se l'appliquer à lui-même.

« Izay lazain’i Jesoa Kristy momba ny tenany, dia tsy maintsy hain’ny Pretra koa ny mampihatra azy amin’ny tenany.

« Il est revêtu, comme Jésus Christ, des caractères d'un envoyé et doit en remplir les obligations » (Ms, X, 715[10]).

« Mitafy ireo toetra maha-irak’i Jesoa Kristy ireo izy ka tsy maintsy miaina izay takiana aminy. » (Ms, X, 715[11])

Cependant il est clair que pour Antoine Chevrier, le prêtre tient dans le dessein de Dieu une place particulièrement décisive :

Na izany aza, mazava fa ho an’i Mompera Chevrier, ny pretra dia mitana araka ny fanirian’ Andriamanitra toerana tena manokana tsara :

« Si quelqu'un doit travailler sur la terre, c'est bien surtout le prêtre puisque son travail est si relevé, si important, pour lui et pour les autres.

« Raha misy olona azo lazaina fa tsy maintsy miasa eto ambonin’ny tany, dia ny pretra no loha laharana amin’izany satria sady ambony no avo lenta ka tsy voasolon’iza na iza ny asany, ho azy sy ho an’ny hafa.

« Puisque sa mission vient de Dieu et que de son travail sur la terre dépendent la gloire de Dieu et le salut des âmes, le bonheur ou le malheur des hommes, dans ce temps et dans l'éternité; devant une pareille mission, un si grand devoir, le prêtre doit-il un seul instant cesser de travailler puisque en cessant de travailler il peut être cause que beaucoup d'âmes se perdent.

« Avy amin’Andriamanitra manko ny iraka azony, avy amin’ny asany no iankinan’ny Voninahitr’Andriamanitra, ny famonjena ny fanahy, ny fahasambarana na ny fijalian’ny olombelona, amin’izao andro izao sy amin’ny mandrakizay ; koa manoloana io iraka azony io, tsy azon’ny pretra atao ny mipetra-potsiny tsy miasa, satria raha vao mipetra-potsiny izy, dia fanahy maro dia maro no mety ho very, ka adidy sy andraikitra iantsorohany izany, ary hitsarana azy amin’ny andro farany.

« Ó prêtre, combien ta responsabilité est grande et comme tu dois te consumer dans le travail pour la gloire de Dieu et le salut des âmes! » (VD. 191).

« Ry pretra ô, lehibe anie ny andraikitrao ê ! Diniho ny tsy maintsy handanianao mondron-kery hiasa ho an’ny voninahitr’Andriamanitra sy ny famonjena fanahy ! » (VD. 191)

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Il est vrai qu'à l'heure actuelle on aimerait que ces choses soient dites autrement. Mais qu'on le veuille ou non, aujourd'hui, comme hier et comme demain, il est extrêmement important qu'il y ait des prêtres pauvres pour annoncer l'Évangile aux pauvres. La tradition catholique ne se trompe pas en donnant tant d'importance à la mission propre des évêques et des prêtres et ce n'est pas en sous-estimant cette importance qu'on évitera le cléricalisme. La vraie solution c'est qu'il y ait des prêtres – et aussi des évêques – selon l'Évangile. Jésus n'a jamais caché aux Douze la grandeur irremplaçable de leur mission mais il les a appelés à le suivre pour être, à sa suite, ceux qui ne sont pas venus pour être servis mais pour servir (cf. Mt 20, 20-28). Antoine Chevrier, comme le curé d'Ars, a toujours pensé que la mission du prêtre était grande au-delà de ce qu'on peut concevoir mais il y voyait justement une raison impérative pour être serviteur comme son Maître. Le titre du Tableau de Saint-Fons, Sacerdos alter Christus, le prêtre est un autre Christ, ne signifie pas autre chose que l'union nécessaire de la grandeur de la mission et de l'humilité du missionnaire.

Marina fa amin’izao ora izao dia tiana fa ireny zavatra ireny dia tokony ho lazaina amin'ny fomba hafa. Nefa na tiana na tsy tiana anio toy ny omaly sy rahampitso, dia tena zava-dehibe raha misy pretra mahantra mba hanambara ny Evanjely amin'ny mahantra. Ny fahazarana katôlika dia tsy diso raha manindry manao ho zava-dehibe amin'ny iraka manokana ny eveka sy ny pretra ary tsy amin'ny fanambaniana ity zava-dehibe ity no hialana amin'ny fianarana ho pretra. Ny tena ala olana marina dia ny isian’ny pretra ary koa ny eveka araka ny Evanjely. Tsy nafenin’i Jesoa tamin’izy Roa ambin’ny folo mihitsy ny halehibe tsy azo soloina ny fiantsoana azy fa nantsoiny hanaraka Azy izy ireo, ka amin'ny fanarahana Azy, ireo izay tsy tonga mba ho tompoina fa hanompo (jereo Mt 20,20-28). Nieritreritra toy ny Curé d’Ars i Antoine Chevrier fa ny iraka ataon’ny pretra dia lehibe ivelan’ny izay azo atao fa izay mihitsy no nahitany antony iray tsy maintsy anaovana mpanompo tahaka ny Mpampianatra azy. Ny lohatenin’ny tabilao Saint Fons, « Sacerdos alter Christus », « Kristy hafa koa ny pretra », dia tsy midika zavatra hafa noho ny firaisana ilain’ny haben’ny iraka sy ny fanetren-tenan’ny misionera.

« Tout ce que Jésus Christ a dit de lui-même, le prêtre doit pouvoir le dire aussi de lui-même.

« Izay nolazain’i Jesoa Kristy momba ny Tenany, dia tsy maintsy ataon’ny Pretra izay ahazoana milaza azy momba ny tenany koa.

« Notre union à Jésus Christ doit être si intime, si visible, si parfaite que les hommes doivent dire en nous voyant : voilà un autre Jésus Christ.

« Ny firaisantsika aina amin’i Jesoa Kristy dia tsy maintsy akaiky, hita, lavorary tokoa, ka hampiloa-bava ny olona mahita antsika hoe : i Jesoa Kristy hafa iny.

« Nous devons reproduire, à l'extérieur et à l'intérieur, les vertus de Jésus Christ, sa pauvreté, ses souffrances, sa prière, sa charité. Nous devons représenter

« Tsy maintsy asehontsika ao anaty sy ety ivelany ireo hatsaram-panahin’i Jesoa Kristy, ny fahantrany, ny fijaliany, ny fivavahany, ny fitiavany. Tsy maintsy hita taratra

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Jésus Christ pauvre dans sa crèche, Jésus Christ souffrant dans sa passion, Jésus Christ se laissant manger dans la Sainte Eucharistie » (VD. 101, n. 1).

eo amintsika i Jesoa Kristy, mahantra ao an-tranon’omby, i Jesoa Kristy mijaly mba hanavotra antsika, i Jesoa Kristy mety hohanina ao amin’ny Eokaristia Masina. » (VD. 101, n. 1)

Et encore :

Ary koa :

« Pour suivre Notre Seigneur et imiter son humilité, nous choisirons, comme lui, ce qu'il y a de plus humble et de plus pauvre sur la terre.

« Mba hanarahantsika ny Tompontsika sy hakantsika tahaka ny fanetreny tena dia hofidintsika izay tsotra sy mahantra indrindra eto an-tany.

« Nous demanderons à Notre Seigneur cette humilité de cœur afin de ne pas le faire par contrainte mais par attrait et par amour. Humble de cœur.

« Hangatahintsika amin'ny Tompo izany fanetren-tena marina izany ka hotanterahintsika tsy an-keriny fotsiny fa amin'ny fo feno fitiavana : manetry tena ao am-po.

« Nous choisirons de préférence la compagnie des pauvres et des pécheurs.

« Hofidintsika hatrany ny fiarahan-dia amin'ny mahantra sy ny mpanota.

« Nous cacherons tout ce qui peut nous élever aux yeux des hommes.

« Hafenintsika izay mety hanandratan'ny olona antsika ety ivelany.

« Nous saurons nous cacher pour éviter la gloire et les honneurs.

« Hahay miasa mangingina isika mba tsy hisintonana ny mason'ny olona sy ny fiderany.

« Nous ne ferons rien pour nous faire aimer ou connaître ou glorifier.

« Tsy hanao na inona na inona mba hiderana sy hitiavana ary hahalalana antsika isika.

« Nous rapporterons tout à Dieu.

« Ho tanterintsika amin’ Andriamanitra ny rehetra.

« Nous parlerons aisément de ce qui peut nous abaisser ou nous humilier.

« Ho lazaintsika malalaka tsara izay mety hanombany na hanala baraka antsika.

« Nous ne craindrons pas de faire les actions les plus basses et les plus humiliantes.

« Ny toerana ambany indrindra mandrakariva no halaintsika eo amin'izao tontolo izao sy any rehetra any.

« Nous supporterons les humiliations sans nous plaindre et en silence.

« Zakaintsika amim-pitiavana ny fanambaniana, ka sady tsy hitarainana no atao amim-pahanginana.

« Nous éviterons de nous vanter en quoi que ce soit, de faire connaître nos actions aux hommes.

« Tsy hidoka tena na oviana na oviana ary na amin'inona na amin'inona mihitsy isika, tsy hanao izay hahalalana ny asantsika amin'ny olombelona.

« Nous ne craindrons rien tant que les louanges et honneurs » (VD. 402).

« Ny haja sy ny voninahitra no tsy maintsy hatahorantsika indrindra.

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Quelques mois avant l'ordination sacerdotale il avait écrit aux quatre diacres :

Volana vitsivitsy talohan’ny fanamasinana pretra dia nanoratra ho an’ireo efatra izy :

« Je suis bien heureux d'apprendre que vous avez eu le bonheur de voir notre Saint-Père le pape Pie IX, et qu'il vous a bénis, et qu'il a béni en vous les pauvres, les pauvres que vous devez évangéliser, instruire, et que nous avons tous été bénis par lui en vous. Benedictio pauperibus [Bénédiction aux pauvres]. Comme la parole du Vicaire de Jésus Christ s'accorde bien avec celle du Maître : « Bienheureux les pauvres. » Oui, soyons toujours les pauvres du bon Dieu, restons toujours pauvres, travaillons sur les pauvres. Que la pauvreté et la simplicité soient toujours le caractère distinctif de notre vie, et nous aurons la bénédiction de Dieu et de notre Père. Comme il fait bon travailler sur les pauvres! on sent qu'ils sont les amis de Dieu et que l'on ne travaille pas en vain sur leurs âmes. Aimez donc bien les pauvres, les petits; ne travaillez pas à grandir et à vous élever, mais travaillez à vous faire petits et à vous rapetisser tellement que vous soyez à l'égal des pauvres, pour être avec eux, vivre avec eux, mourir avec eux; et ne craignons pas les reproches que les Juifs adressaient à Notre Seigneur : votre Maître est toujours avec les pauvres, les publicains et les gens de mauvaise vie. C'est un reproche qui doit nous honorer au lieu de nous abaisser. Notre Seigneur est venu chercher les pauvres. Misit me evangelizare pauperibus. [Il m’a envoyé évangéliser les pauvres.] Apprenez donc à bien aimer les pauvres et que cette bénédiction de Pie IX notre chef visible et vrai représentant de Jésus Christ vous soit de bon augure

« Faly tokoa aho naheno fa nahasambatra anareo ny nihaona tamin’ny Papa Raintsika Masina Pie IX, ary nitso-drano anareo izy no sady nitso-drano koa ireo mahantra tao aminareo, ireo mahantra izay tokony hitoriana teny sy ampianarina ; ary voatso-drano tamin’ny alalany tao aminareo koa izahay : Benedictio pauperibus [fitsodrano ho an’ny mahantra]. Tena mifanaraka tsara amin’izay nambaran’ny Tompo ny tenin’i « Vicaire de Jesus Christ » : Sambatra ny mahantra. Eny, ho mahantra mandrakariva ao amin’Andriamanitra anie isika, hipetraka ho mahantra mandrakariva ary hiasa ho an’ny mahantra isika, ny fahantrana sy ny fahatsorana anie no ho toetra miavaka eo amin’ny fiainantsika, ary dia hahazo ny tso-dranon’Andriamanitra sy ny Raintsika isika. Ho tsara tokoa raha miasa amin’ireny mahantra ireny isika satria tsapa fa naman’Andriamanitra izy ireny, ary tsy miasa maina foana amin’ny fanahin’izy ireny isika, koa miezaha àry ianareo hitia ny mahantra sy ny madinika. Aza miasa ho amin’ny fahalehibiazana sy izay hisandratanareo ianareo, fa miasà kosa mba ho toy ireny madinika ireny ary manetre-tena ho tena mitovy amin’ny mahantra, hiara-miaina aminy, ho eo aminy ary hiara-maty aminy ianareo, ary aoka tsy hanahy ny amin’ireo fanomezan-tsiny izay nataon’ny Jody tamin’i Jesoa Kristy Tompontsika isika. Niaraka mandrakariva tamin’ireo mahantra, ny poblikana ary ireo olona ratsy fitondrantena ny Tomponareo. Fanomezan-tsiny izay tokony hanomezana voninahitra antsika izany fa tsy hanambaniana velively akory ! Tonga mba haka ireo mahantra i Jesoa Kristy Tompontsika. Misit me evangelizare pauperibus [Naniraka ahy hitory ny Vaovao Mahafaly ho an’ny mahantra]. Koa mianara àry ianareo mba hitia ny mahantra, ka ny tso-dranon’i Pie IX, ilay lehibe hitantsika maso sady solontenan’i Jesoa Kristy anie no mpaminany tsara ho anareo

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et vous fasse aimer les pauvres et rester toujours dans la sainte pauvreté » (Lettre n°114 (97) [A Jean Broche] [Novembre, 1876]).

ka hahatonga anareo hitia ny mahantra sy hitoetra lalandava ao anatin’ny fahantrana masina. » (Taratasy faha-114 (97) Ho an’i Jean Broche, [Novembra, 1876])

Cette conception du sacerdoce et de la vie sacerdotale est trop profondément traditionnelle pour être démodée.

Ity hevitra momba ny fisoronana ity sy ny fiainana mahampisorona dia tena nentim-paharazana mba tsy ho lany andro.

Après l'ordination, le P. Chevrier ne laisse pas son équipe s'éterniser à Rome. L'œuvre de Dieu attend les ouvriers, il faut rentrer à Lyon. L'archevêque s'est engagé à laisser les nouveaux prêtres à la disposition du Prado. On répartit les tâches et on se met au travail qui ne manque pas : l'école cléricale est très nombreuse. Les forces du P. Chevrier déclinent encore, il est souvent condamné au repos. Heureusement les jeunes prêtres sont là.

Aorian’ny fanamasinana dia tsy navelan’i Mompera Chevrier hilentika any Rome ny ekipany. Miandry ny mpiasa amin’ny asan’ Andriamanitra, tsy maintsy miverina any Lyon. Nanolotena hamela ny pretra vaovao hampiasain’ny Prado ny Arseveka. Nozaraina ny asa dia samy miasa izay tsy tapitra : ny sekolin’ny pretra dia tena marobe. Mbola mitotongona ny herin’i Mompera Chevrier, matetika no voaozona miala sasatra izy. Soa ihany fa ao ireo pretra tanora.

Le 25 janvier 1878 le cardinal Caverot vient en visite officielle au Prado. C'est la première fois qu'un archevêque de Lyon fait ce geste. Il donne son approbation au règlement de vie pour les prêtres du Prado. Ce règlement est un condensé du Véritable Disciple (R. 176 et 189).

Tamin'ny 25 janoary 1878, dia tonga namangy ny Prado tamin'ny fomba ofisialy ny kardinaly Caverot. Sambany mba nanao io fitsidihana io ny arsevekan’i Lyon. Nanome fankatoavana ny amin'ny fitsipi-piainana ho an’ny pretran’ny Prado izy. Voafintina ao amin'ny Mpianatra Marina na Véritable Disciple ity fitsipika ity. (R. 176 et 189)

Survient alors la grande épreuve, celle qu'on n'avait pas imaginée : Antoine Chevrier doit consentir à voir s'écrouler l'œuvre de sa vie. Pour comprendre cette épreuve il suffit de lire la lettre envoyée à Jean-Claude Jaricot qui vient de se découvrir une vocation de trappiste et qui a rejoint le monastère d'Aiguebelle dans le diocèse de Valence :

Dia hatreo tonga ny fitsapana lehibe izay tsy novinavinaina ; tokony hanaiky hahita ny asany ho rava amin'ny fiainany i Antoine Chevrier. Mba hanekena ity fitsapana ity dia ampy ny famakiana ny taratasy nalefa tany amin’i Jean-Claude Jaricot izay vao nahazo ny fiantsoana ho « Trappiste » ary nandeha eny amin'ny monasiteran’ny Aiguebelle any amin'ny diosezin’ny Valence :

« Votre exemple produit des effets admirables!

« Nahazoam-bokatra mampitolagaga ny ohatra nataonao !

« L'abbé Duret, depuis plusieurs jours, me dit qu'il

« Nandritra ny andro vitsivitsy izay dia nanambara tamiko i Mompera Duret fa

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n'est pas capable de faire le catéchisme, qu'il faut faire son salut avant tout, qu'un homme n'est pas nécessaire à une œuvre aussi belle, que Dieu saura bien le remplacer, que Dieu ne m'abandonnera pas; qu'il sent le besoin de retraite et de travailler, qu'il faut qu'il aille à la Grande Chartreuse; qu'il aurait mieux fait de rester frère et de se dévouer à à l’Œuvre sans prendre la responsabilité du prêtre, que cette responsabilité du prêtre lui fait peur, et qu'il a peur du jugement de Dieu; que quand il aura passé quelques années à la Grande Chartreuse, il reviendra plus fort et plus sûr de sa vocation; que pourtant la vocation du Prado est bien belle, qu'il n'en choisira pas d'autre, mais qu'il faut qu'il s'en aille… Je ne sais si, après cette série, il ne s'en ira pas.

tsy ho afaka ny hampianatra katesizy intsony izy, tsy maintsy mamonjy ny fanahiny izy alohan'ny zava-drehetra, tsy dia ilaina amin'ny asa tsara toy izao raha olona toa azy, ho hain'Andriamanitra ny hanolo azy olon-kafa, tsy handao ahy Andriamanitra ary mahatsapa ny filàna hanao fiatahana masina sy hiasa izy ka tsy maintsy mandeha mankany Grande Chartreuse, tsaratsara ho azy ny mitoetra ho frera sy mikely aina amin'ny asa iray, kanefa tsy mandray ny adidy aman'andraikitry ny Pretra mampatahotra azy io adidy aman'andraikitra io, ary matahotra ny fitsaran'Andriamanitra izy, ary koa rehefa avy mandany taona maromaro any Grande Chartreuse izy dia hiverina indray hatanjaka sy hahazo antoka amin'ny antso izay napetrak'Andriamanitra tao aminy, tsara anefa ny fiantsoana tao amin'ny Prado ka tsy hifidy hafa intsony izy ; kanefa dia tsy maintsy andeha. Ary tsy fantatra raha aorian'izao fitanisana izao raha tsy handeha indray izy.

« L'abbé Farissier a toujours l'envie d'être missionnaire et laisse, de temps en temps, percer son envie d'aller en Chine.

« Manam-paniriana lalandava ny ho lasa misionera i Mompera Farissier ary mampiseho hatrany ny faniriany andeha ho any Chine.

« L'abbé Broche préfère bien Limonest au Prado et restera, je pense, avec Monsieur Jaillet.

« Aleon'i Mompera Broche kokoa i Limonest toy izay ao amin'ny Prado ary hitoetra miaraka amin'Andriamatoa Jaillet izy araky ny hevitro.

« L'abbé Delorme n'a pas de santé, et ne pourra faire seul, malgré son courage; il aurait besoin de passer quelques mois à la campagne, et le départ de ses compagnons ne l'encouragera guère.

« Tsy dia matanjaka ara-pahasalamana i Mompera Delorme ka tsy ho afaka ny hiasa irery na dia eo aza ny herim-pony, mila mandany volana vitsivitsy mihitsy izy hitoerana any ambanivohitra ny fandehanan'ireo namany koa dia tena tsy hanome hery azy mihitsy.

« Si la chose réussit ainsi, je prierai messieurs les latinistes d'aller au Séminaire et je ne pourrai reprendre des enfants pour la première communion. Je ne me sens ni la santé, ni le courage, de faire maintenant comme autrefois. Le bon Dieu m'avait donné des aides, de bons Coadjuteurs, il me les reprend : que son saint nom soit béni. Le bon Dieu me prouve d'une manière évidente alors qu'il n'a besoin de personne pour faire son œuvre.

« Raha toy izao ny fahombiazana dia hiangavy ireo Andriamatoa latinista aho mba handeha any amin'ny Seminaire ; tsy afaka koa aho ny handray indray ireo zaza ireo ho amin'ny komonio voalohany. Tsy manana tanjaka na fahasalamana hanao toy ny teo aloha aho. Nanome ahy mpanampy maro, pretra mpanampy tsara fanahy Andriamanitra, nalainy tamiko indray izy ireny, ho deraina noho ny amin'izany anie ny anaran'Andriamanitra. Hanaporofo amiko Andriamanitra, amin'ny fomba tsy azo lavina, fa tsy mila olona mba hanao ny asany ;

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Vous dites tous que le bon Dieu n'a besoin de personne, qu'il fera bien sans nous, c'est évident; je pense qu'après nous le bon Dieu en enverra d'autres qui feront mieux que nous; c'est ma seule consolation et ma seule espérance, car j'éprouverais tout de même une certaine peine de voir le Prado désert et sans enfants, lorsque, pendant dix-huit ans, il a été le lieu de tant de sueurs et de travaux et de conversions.

lazainareo rehetra fa tsy mila olona Andriamanitra, ka ataony tsara izany tsy miaraka amintsika, tsy azo lavina izany. Inoako fa aorinantsika dia handefa olon-kafa mahay lavitra noho isika ilay Andriamanitra tsara. Izay ihany ny mba fiononako sy hany fanantenako, satria na dia eo aza izany rehetra izany, dia mahatsiaro ory sy tena, onena ihany aho hahita an'i Prado hangadihady ary tsy misy ankizy raha nandritra ny 18 taona izy no toerana nirotsahan'ny hatsembohana, nisian'ny asa sy ny fanahy maro mibebaka.

« Allez-vous-en tous prier et faire pénitence dans le cloître. Je regrette de ne pouvoir y aller moi-même, car j'en ai bien plus besoin que vous, étant plus âgé et par conséquent ayant beaucoup plus de péchés que vous. Mais, si je n'y vais pas, j'irai peut-être à Saint-Fons, et j'aurai la consolation d'avoir fait des trappistes et des chartreux et des missionnaires, si je n'ai pas réussi à faire des catéchistes ; quoique, ce me semble, ce doit être aujourd'hui le besoin de l'époque et de l'Église.

« Mandehana daholo ianareo rehetra mivavaka ary manaova asa fivalozana eny amin'ny toeram-pihibohana. Malahelo mihitsy aho amin'ny tsy ahafahan'ny tenako mandeha any satria mila izany koa aho, ary mihoatra lavitra noho ny anareo amin'ny maha-antitra ahy ka vokatr’izany be lavitra noho ny anareo ny fahotako, kanefa na tsy mankany aza aho dia mba ho afaka kosa angamba ny ho any St Fons. Ary hanana fiononana aho tamin'ny nampiofanako trappistes sy chartreux ary misionera raha toa ka tsy nahavita nanofana olona hampianatra katesizy, izay heveriko anefa fa ilain'ny vaninandro sy ny fiangonana kokoa ankehitriny.

« A Dieu, mon cher ami, priez pour nous et pour moi surtout qui pensais avoir fait quelque chose, une œuvre, et je vois que je n'ai rien fait. Puisse cette humiliation m'instruire et expier tous mes péchés d'orgueil et autres de ma vie.

« Mivavàha amin'Andriamanitra, ry namako, ho antsika ary ho ahy indrindra indrindra izay mihevitra fa mba nahavita zavatra kelikely, asa iray, nefa dia hitako ankehitriny fa tsy nanao na inona na inona aho. Enga anie izao fanetren-tena izao mba hananatra ahy ka hanadio ahy amin'ny fahotana vokatry ny fiavonavonana sy ny zavatra hafa tao amin'ny fiainako.

« Votre frère en Jésus Christ délaissé sur sa croix » (Lettre n°153 (88) [12] [A Jean-Claude Jaricot] [Prado.] 9 avril 1878).

« Ilay rahalahinao ao amin'i Jesoa Kristy navela eo amin'ny hazo fijaliany. » (Taratasy faha-153 (88) [12] [Ho an’i Jean Claude Jaricot] [Prado,] 9 Avrily 1878).

Remarquons la pensée exacte du P. Chevrier. Il se déclare peiné si le travail auprès des enfants du Prado est interrompu mais il dit clairement que l'échec porte sur le travail de formation apostolique des prêtres : Je croyais avoir fait des catéchistes et je vois que je n'ai rien fait.

Andao ho jerentsika ny tena eritreritr’i Mompera Chevrier. Niteny izy fa sahiran-tsaina raha tapaka ny asa ho an’ny ankizy ao amin'ny Prado ary niteny mazava tsara izy fa ny tsy fahombiazana dia teo amin'ny asa fiofanana apostolikan’ny pretra : ataoko fa efa nampianatra katekista aho ary hitako fa tsy nanao na inona na inona aho.

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Il n'assistera pas à la destruction de son œuvre mais il devra remettre à Dieu le soin de consolider ce qui n'avait fait que commencer. Il ne lui reste que dix-sept mois de vie, dix-sept mois de maladie.

Tsy hanatrika amin'ny faharavan’ny asany fa tokony hametraka amin’ Andriamanitra ny tokony hanamafy izay efa natombony. Tsy manana afa-tsy fito ambin’ny folo volana intsony izy hahavelona azy, fito ambin’ny folo ao anatin’ny aretina.

Le P. Jaricot revient. Ne sachant quelle figure faire il va directement au sanctuaire de Notre-Dame de Fourvière où le P. Chevrier lui-même va le chercher, disant simplement au fugitif repenti[12] : « Je vous attendais, »

Niverina i Mompera Jaricot. Tsy mahalala hoe endrika toa inona no hasehony dia mandeha ho an’ny fiangonana Notre-Dame de Fourvières izay toerana hitadiavan’i Mompera Chevrier azy ary hitenenany tsotra amin’ity mpandositra miova fo ity : « Niandry anao aho. »

Une nouvelle cure à Vichy n'apporte pas d'amélioration de santé. Un traitement à l'hôpital homéopathique Saint-Luc ne fait pas mieux. Antoine Chevrier comprend qu'il est temps de trouver un successeur. Après réflexion, il propose à l'archevêque de Lyon de désigner François Duret qui n'a que vingt-sept ans. Il rédige une sorte de guide du supérieur dont voici les premières lignes :

Tsy nitondra fanatsarana ho azy ny fitsaboana vaovao tany Vichy. Fitsaboana iray tao amin'ny hopitaly homéopathique Md Lioka tsy mbola mahatsara koa. Fantatr’i Antoine Chevrier fa tonga ny fotoana hitadiavana mpandimby. Taorian’ny fieritreretana dia nanome soso-kevitra ny arsevekan’i Lyon izy mba hanendry an’i François Duret izay mbola fito amby roapolo taona monja. Nanoratra karazana torolalana izy ho an’ny lehibe ary toy izao ny andininy voalohany :

« A mon frère François Duret,

« Ho an'i Fançois Duret, rahalahiko,

« Supérieur de la Providence du Prado.

« Lehiben'ny Providence dy Prado

« Avertissement.

« Fampitandremana.

« Il faut bien vous rappeler qu'il n'y a qu'un seul Maître et Supérieur dans le ciel et sur la terre, qui est Jésus Christ à qui Dieu a donné toute puissance et toute autorité dans le monde. Que, par conséquent, un supérieur quelconque n'est que le représentant de Jésus Christ et qu'il ne doit agir et parler qu'en union avec Jésus Christ. Et que si Notre Seigneur dit de lui-même

« Tadidio mandrakariva fa iray ihany ny Mpampianatra sy lehibe any an-danitra sy ety an-tany dia i Jesoa Kristy izay nomen' Andriamanitra ny fahefana sy ny fizakana an'izao tontolo izao. Koa noho izay, izay nomena ny fitondrana na iza izy na iza dia misolo tena an'i Jesoa Kristy ka tsy mahazo manao na inona na inona na miteny na inona na inona raha tsy miombona amin'i Jesoa Kristy. Ary raha izy Tompontsika aza nilaza

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qu'il ne dit et ne fait rien de lui-même, à plus forte raison un supérieur de la terre ne doit rien dire ou faire de lui-même mais qu'il doit tout dire et tout faire par Jésus Christ, ou avec Jésus Christ, et en union avec Jésus Christ et qu'il doit tellement être uni à Jésus Christ, le seul et véritable Maître, qu'il puisse dire avec vérité : ce n'est pas moi qui parle ou commande, c'est Jésus Christ qui parle et commande en moi.

fa tsy miteny na manao na inona na inona noho ny tenany manokana, mainka ve fa ny lehibe eto an-tany ka ho afa-milaza na manao na inona na inona amin'ny anaran'ny tenany fa tsy maintsy lazainy sy ataony ny zava-drehetra, avy amin'i Jesoa Kristy, miaraka amin'i Jesoa Kristy, miombona amin'i Jesoa Kristy, ary tsy maintsy miombona marina tokoa amin'i Jesoa Kristy ilay tena Mpampianatra marina sy tokana izy mba ho afa-milaza amim-pahamarinana ; tsy izaho intsony no miteny na mandidy fa i Jesoa Kristy no miteny sy mandidy ato amiko.

C'est là la première vérité dont il faut bien vous pénétrer pour devenir un bon supérieur » (VD. 527).

Io no fahamarinana voalohany indrindra tsy maintsy latsa-paka ao am-ponao raha te-ho mpitondra marina ianao » (VD. 527).

La nomination de François Duret est notifiée le 6 janvier 1879.

Natao tamin'ny 6 janoary 1879 ny fanendrena an’i François Duret.

Le P. Chevrier passe les derniers mois de sa vie alité à Limonest mais quand il sent la fin imminente il demande de revenir au Prado à Lyon. Il veut mourir au milieu du peuple de la Guillotière, mourir dans sa pauvre baraque comme il disait, là où il avait voulu être à l'égal des pauvres, pour être avec eux, vivre avec eux, mourir avec eux. Il avait fait partie de ce peuple pendant plus de vingt-neuf ans.

Nandalo ny volana farany teo amin'ny fiainany tany Limonest i Mompera Chevrier fa rehefa tsapany ny farany tsy azo ivalozana dia nangataka ny hiverina any Prado tany Lyon izy. Te-ho faty eo anivon’ny mponin’ny Guillotière, ho faty ao amin'ny trano bongo ny mahantra araka izay nolazainy any izy dia te-hitovy amin'ny mahantra mba ho amin’ izy ireo, miaina miaraka amin’izy ireo, maty miaraka amin’izy ireo. Tao aminy io vahoaka io nandritra ny sivy amby roapolo taona.

Revenu au Prado, il meurt trois jours après, le 2 octobre 1879. Lors des funérailles tout le quartier de la Guillotière est dans la rue pour voir passer le cortège et on trouve normal de donner une sépulture exceptionnelle à ce pauvre prêtre qui avait voulu renoncer à tout privilège : on l'ensevelit dans la chapelle du Prado. Sa tombe s'y trouve encore.

Rehefa tonga tao amin'ny Prado izy dia maty telo andro aoriana, tamin'ny 2 oktobra 1879. Nandritra ny fandevenana azy ny fokontany manontolon’ny Guillotière dia teny an-dalana mba hahita fandalovan’ny kortezy ary hita ho mandeha ho azy ny nanome voninahitra manokana ity pretra mahantra izay namela tamin'ny tombontsoa rehetra nalevina tao amin'ny sapelin’ny Prado izy. Mbola ao izany fasany izany izao.

Ces funérailles triomphales sont un signe pour les survivants, surtout pour ses héritiers et aussi pour tel confrère qui s'était cru bien inspiré en disant un jour :

Ny fandevenana malaza dia fambara ho an’ny velona indrindra ho an’ny mpandova azy ary koa ho an’ny rahalahy izay nino nahazo fianarana tsara ka hitany indray andro hoe :

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« Ce Monsieur Chevrier enchante son monde par ses petits chemins de croix, mais cela ne tiendra pas » (P. II, 38). Il est vrai que depuis, l'histoire du Prado n'a rien de triomphal et qu'on doit toujours dire ce qu'écrivait le fondateur :

« Io Andriamatoa Chevrier dia namalifaly ny tontolony tamin'ny lalan’ny hazofijaliana, fa tsy nihazona izy » (P. II, 38). Marina fa hatramin’izay, ny tantaran’ny Prado dia tsy nisy voninahitra toy izany ka tokony ho lazaina foana izay nosoratan’ny mpanorina hoe :

« On ne voit pas sur qui on peut s'appuyer dans cette pauvre baraque. Il n'y a vraiment que le bon Dieu qui la tient » (Lettre n°57 (54) [6] à Monsieur l'Abbé Gourdon, 3 juin 1866).

« Tsy nahitana intsony hoe iza no hianteherana ato amin'ity trano bongokely mahantra ity. Tena marina raha tsy misy afa-tsy Andriamanitra irery ihany sisa no mitana ity trano ity » (Taratasy faha-57 (54) [6] Ho an'i L'Abbé Gourdon, 3 Jona 1866).

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Note : On a retenu le texte qui est effectivement visible dans la maisonnette de Saint Fons

Le Tableau de Saint Fons

Ny Tabilaon’i Saint-Fons

SACERDOS ALTER CHRISTUS
[LE PR
ÊTRE EST UN AUTRE CHRIST]

SACERDOS ALTER CHRISTUS
[KRISTY HAFA KOA NY PRETRA]

 

Mur de droite – Crèche

Rindrina an-kavanana – Tranon’omby

Verbum caro factum est et habitavit in nobis
[Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous]

Verbum caro factum est et habitavit in nobis
[Tonga nofo ny Teny ary nonina tety amintsika]

EXEMPLUM DEDI VOBIS
[C’EST UN EXEMPE QUE JE VOUS AI DONNÉ]

EXEMPLUM DEDI VOBIS
[OHATRA NO NOMEKO ANAREO]

PAUVRE

ET HUMBLE

MAHANTRA

SY MANETRY TENA

dans

 

Amin’

 

Le logement

D’esprit

Ny fonenana

Ao an-tsaina

Le vêtement

De cœur

Ny fitafiana

Ao am-po

La nourriture

Vis-à-vis

Ny sakafo

Eo anatrehan’

Les biens

De Dieu

Ny fananana

Andriamanitra

Le travail

Des hommes

Ny asa

Ny olona

Le ministère

De soi-même.

Ny fanompoana.

Ny tena

PAUVRETÉ

FAHANTRANA

Le prêtre est un homme dépouillé

Ny pretra dia olona nahafoy ny zavatra rehetra

Plus on est s’abaisse plus on glorifie Dieu

Arakaraka ny fanetre-tena no hanomezam-boninahitra an’ Andriamanitra

Plus on est s’abaisse plus on est utile au prochain

Arakaraka ny fanetre-tena no hanampy ny hafa

 

 

Mur de gauche – Croix

Rindrina an-kavia – Hazofijaliana

EXEMPLUM DEDI VOBIS
[C’EST UN EXEMPE QUE JE VOUS AI DONNÉ]

EXEMPLUM DEDI VOBIS
[OHATRA NO NOMEKO ANAREO]

MORT A SOI-MÊME

FAHAFATESANA AO AMIN’NY TENA

Mourir

S’immoler

Maty

Manolo-tena

 

dans

 

amin’ny alalan’

à son corps

la solitude

ny vatany

ny fahanginana

à son esprit

la prière

ny sainy

ny vavaka

à sa volonté

la pénitence

ny sitrapony

ny asa

à sa réputation

le travail

ny voninahiny

ny fivalozana

à sa famille

la souffrance

ny fianakaviany

ny fijaliana

et au monde

la mort

ary an’izao tontolo izao

ny fahafatesana

LE PRÊTRE EST UN HOMME CRUCIFIÉ

NY PRETRA DIA OLONA VOAFANTSIKA AMIN’NY HAZOFIJALIANA

Plus on est mort plus on donne la vie

Arakaraka ny hahafatesana no hahafahana manome ny fianana

 

 

 

Mur central – Tabernacle, Eucharistie

Rindrina afovoany – Tabernakila, Eokaristia

SACERDOS ALTER CHRISTUS
[LE PR
ÊTRE EST UN AUTRE CHRIST]

SACERDOS ALTER CHRISTUS
[KRISTY HAFA KOA NY PRETRA]

EXEMPLUM DEDI VOBIS
[C’EST UN EXEMPE QUE JE VOUS AI DONNÉ]

EXEMPLUM DEDI VOBIS
[OHATRA NO NOMEKO ANAREO]

CHARITÉ

FITIAVA-NAMANA

DONNER

DONNER LA VIE

MANOME

MANOME NY AINA

 

par

 

amin’ny alalan’

son corps

sa foi

ny tenany

ny finoany

son esprit

sa doctrine

ny fanahiny

ny fampianarany

ses biens

ses prières

ny fotoany

ny teniny

son temps

ses paroles

ny fananany

ny fivavany

sa santé

ses pouvoirs

ny fahasalamany

ny fahefany

sa vie

ses exemples

ny fiainany

ny ohatra nomeny

LE PRÊTRE

IL FAUT

NY PRETRA

TSY MAINTSY

Est un homme mangé

Devenir du bon pain

dia olona lany ho sakafo

tonga mofo tsara

 

 

 

 


[1]          Jean-Marie Laffay est entré à l'école cléricale du Prado vers 1871. 11 était âgé de 10 ans et a pu voir de près le P. Chevrier pendant six ans.

[2]          Naoty NON TRADUIT

[3]          Cité par P. Droitiers. « L'Épiscopat devant la question ouvrière en France sous la Monarchie de Juillet », Revue Historique, avril juin 1963, p. 346.

[4]          Cité par P. Droitiers. « L'Épiscopat devant la question ouvrière en France sous la Monarchie de Juillet », Revue Historique, avril juin 1963, p. 346.

[5]          P. Droitiers, article cité, p. 350,

[6]          P. Droitiers, article cité, p. 350,

[7]          1. Bourdifaille : le mot n'est pas français et semble n'avoir eu qu'un emploi familier très localise. On voit d'après le contexte ce qu'il signifie.

[8]          Camille Rambaud sera ordonné prêtre le 25 mai 1861.

[9]          Nanamasina pretra i Camille Rambaud tamin’ny 25 mey 1861.

[10]         Cette référence renvoie à la copie manuscrite. Ce texte n'a pas été reproduit dans l'édition polycopiée des « Règlements o.

[11]         NON TRADUIT

[12]         Repentir provisoire. Jean-Claude Jaricot repartira définitivement pour la Trappe après la mort du P. Chevrier. De même, Delorme et Farissier s'éloigneront plut tard du Prado.

août 26, 2017

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